Si Deutsche Bank et Commerzbank se sauvaient ensemble?

Paul Achleitner, président du conseil de Deutsche Bank ©REUTERS

Deustche Bank veut se recentrer sur la banque de détail en Allemagne et réduire l'activité banque d'investissement. Commerzbank peine à récolter les fruits du rachat de Dresdner. Le président du conseil de Deutsche Bank Paul Achleitner relance donc l'idée d'une fusion.

Et si l'Allemagne disposait d'un secteur bancaire fort et solide grâce à Deutsche Bank ? Paul Achleitner, président du conseil du géant financier allemand, déroule son troisième plan stratégique avec son 4e CEO depuis le début de son mandat en 2012.

Il nous revient ainsi qu'il a rencontré ses grands actionnaires et des représentants du gouvernement afin de leur faire part d'une idée: regrouper Deutsche Bank et Commerzbank .

Christian Sewing, CEO de Deutsche Bank ©AFP

L'idée n'est pas neuve. Tel le monstre du Loch Ness, elle réapparaît régulièrement depuis une décennie avec plus ou moins de vigueur. Mais aujourd'hui, Deutsche Bank est sous pression. La semaine dernière encore, le nouveau CEO, Christian Sewing, s'évertuait à rassurer le personnel face à l'afflux d'articles de presse critiques sur l'établissement.

"Mes chers collègues, les dernières années ont été difficiles. Beaucoup d'entre vous sont fatigués des mauvaises nouvelles. C'est exactement ce que je ressens. Mais il n'y a aucune raison pour que nous soyons découragés. Oui, le prix de notre action est à son plus bas historique. Mais nous prouverons que nous méritons une meilleure évaluation sur les marchés financiers. Nous avons accompli beaucoup de choses dont nous pouvons être fiers. Nous avons réduit les risques de plusieurs milliards d'euros, nous avons renforcé notre capital et réorganisé notre banque."

L'institut a en effet vu sa note rabotée par S&P (A- à BBB+). L'agence de notation émet des doutes quant à la capacité du directoire à réduire la voilure de la banque d'investissement pour se recentrer sur l'Europe et notamment la banque de détail en Allemagne. Et nous y voilà!

Unir les destinées de Deutsche Bank et Commerzbank serait une aubaine pour booster notamment les activités de banque de détail allemandes. Mais il y a un mais... Selon Roy Smith, professeur émérite à la Stern School of Business de l'Université de New York, un tel plan ne peut être couronné de succès que si les deux banques sont capables de combiner leurs activités commerciales, de réduire leurs effectifs et de vendre certains actifs immobiliers ou opérationnels. "C'est comme attacher deux ivrognes en pensant que cela leur apportera plus de stabilité."

Déboires boursiers

C'est que Deutsche Bank doit agir. Le cours de son action est proche de son record le plus bas. Depuis le début de l'année, il a perdu 39% pour une capitalisation boursière réduite à 19,9 milliards d'euros. Le titre Commerzbank ne se porte guère mieux et accuse pour 2018 un recul de 24%, portant la capitalisation boursière à 11,9 milliards d'euros.   

Il y a une semaine, le CFO de Deutsche Bank James von Moltke s'adressait aux investisseurs. Il a reconnu l'échec ces dernières années de nombreux plans de redressement. "Ils n'ont pas permis de générer des revenus justifiant des dépenses, ce qui a entraîné une baisse des notations de crédit et une augmentation des coûts de financement. Une refonte stratégique annoncée en avril devrait finalement renverser la vapeur, créant un 'cercle vertueux'." 

Parler fusion semble donc audacieux. Certes aucune discussion formelle n'est en cours entre les deux acteurs bancaires. Les investisseurs semblent saluer l'idée qui a circulé jeudi sur les marchés. Les certificats de dépôt américains de la banque ont ​​augmenté de 2,7% et se sont échangé 1,4% de plus à New York.

Saluer l'idée, oui, mais de là à approuver une fusion dans l'immédiat, peut-être pas. Le cours de l'action de Deutsche Bank est, on l'a dit, faible et pour les investisseurs fusionner aujourd'hui Deutsche Bank et Commerzbank nécessiterait une augmentation de capital avec un effet dilutif et se traduirait par de lourdes pertes.    

Dans le chef de Deutsche Bank, on n'a pas vraiment confirmé l'information. "Le Président est constamment interrogé sur la question," explique Joerg Eigendorf, porte-parole. "Il répète toujours la même chose: 'tous les arguments pour ou contre sont à lire dans les rapports d’analystes et les médias. Donc qu’en pensez-vous?"

De plus, de telles discussions avaient déjà été menées à l'été 2016 et n'avaient pas abouti; les deux enseignes préférant se concentrer sur la restructuration de leurs activités.

Martin Zielke, CEO de Commerzbank ©Bloomberg

Deux ans plus tard, ces restructurations ne s'inscrivent toujours pas au passé:

→ Deutsche Bank a du mal à contenir la confiance de ses investisseurs face au remaniement tumultueux de sa direction et de sa stratégie 

→ Commerzbank tente d'éviter une troisième année consécutive de recul de ses revenus. Elle incrimine la faiblesse des taux, la concurrence forte sur les activités de crédits aux particuliers et aux grandes entreprises. Son CEO Martin Zielke s'efforce de se renforcer après les années de crise de 2008 et après. Il a ainsi acquis son rival Dresdner Bank.

Une grande banque allemande internationale

On le voit, tant Deutsche Bank que Commerzbank semblent pris par d'autres priorités pour l'heure, mais si on prend un angle plus global sur le secteur bancaire allemand, comment peut-on se positionner face à une telle fusion?

15%
Participation
Le gouvernement allemand détient 15% du capital de Commerzbank.

Il est vrai que les spéculations de rapprochement de ces deux enseignes, ensemble ou avec d'autres acteurs internationaux (Deutsche Bank avec BNP Paribas, par exemple), ne cessent de croître depuis que la société de private-equity, Cerberus, est entrée au capital des deux banques.     

Mais si des synergies sont incontestablement à la clé d'une telle fusion, les pertes d'emplois seront, elles, importantes de par le nombre d'activités doublons sur le marché local; de quoi entamer une guerre ouverte avec les syndicats avec un sérieux coup de pression sur les conseils d'administration. 

Le gouvernement allemand aurait aussi un rôle important. Rappelons qu'il détient 15% du capital de Commerzbank. Il a aussi maintes fois répété que le pays avait besoin d'une banque forte et d'envergure internationale. Un message répété en avril dernier par le ministre des Finances Olaf Scholz.

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