Télétravail, transferts hors des villes... comment les banques s'adaptent au coronavirus

Les banques belges ont déjà pris des mesures par rapport au personnel qui a séjourné dans les zones à risque en termes de contamination au coronavirus. Elles limitent également les réunions et l'accès des visiteurs aux bâtiments. ©Lieven Van Assche

La BCE s'inquiète: les banques européennes sont-elles armées pour éviter toute propagation du virus? Elle les invite à élaborer un plan de continuité et à tester leur système face à des cyberattaques en cas de télétravail accru.

Les banques ont-elles la capacité de continuer à fonctionner au cas où elles seraient directement affectées par l'épidémie du coronavirus? La question a été posée par la Banque centrale européenne (BCE) aux établissements bancaires dans une lettre envoyée en milieu de semaine. Avec cette missive, la BCE se concentre davantage sur l'impact opérationnel de la propagation du virus que sur les retombées économiques. 

"Les entités surveillées doivent revoir les plans de continuité de leurs activités et envisager quelles actions peuvent être prises pour minimiser les effets négatifs potentiels du Covid-19". Les banques sont invitées à tester de manière proactive la capacité de leurs infrastructures IT face à de possibles cyberattaques en cas de recours accru au télétravail et aux services bancaires à distance. Le régulateur craint que des pirates prennent avantage de l'éventuel chaos créé par le Covid-19.

"L'épidémie de coronavirus évolue rapidement et crée un risque pour les perspectives économiques et le fonctionnement des marchés financiers."
Christine Lagarde
Présidente de la BCE

La BCE passe à l'acte...

La BCE a été une des premières à prendre des mesures: suppressions des voyages non essentiels des membres du comité exécutif jusqu'au 20 avril, report des conférences de la BCE à l'exception de la conférence de presse du 12 mars sur la politique monétaire, suspension des visites de l'institution...

"L'épidémie de coronavirus évolue rapidement et crée un risque pour les perspectives économiques et le fonctionnement des marchés financiers", reconnaît Christine Lagarde, présidente de la BCE. "Avec ces mesures, nous tentons de garantir la sécurité et le bien-être de notre personnel, tout en maintenant le fonctionnement de la banque centrale et sa fonction de superviseur bancaire."

... les banques aussi

Les établissements œuvrent déjà à la continuité de leurs activités. En Espagne, BBVA a transféré une centaine d'employés du siège madrilène vers l'extérieur de la ville. D'autres enseignes, comme Bankia, prévoient la même chose. Chez Santander, les réunions impliquant un grand nombre de personnes sont reportées.  

À Londres, HSBC a renvoyé plus de 100 salariés de l'immeuble de Canary Wharf chez eux à la suite d'un employé testé positif au virus. 

L'italien UniCredit a également renvoyé certains salariés chez eux après deux nouveaux cas d'infection détectés au sein de ses équipes (un en Allemagne et un en Italie). Les voyages non essentiels ont tous été annulés.

Chez Deutsche Bank et Credit Suisse, les équipes ont été réparties sur plusieurs sites séparés physiquement les uns des autres pour éviter toute contamination de masse.  

Et en Belgique?

Qu'en est-il au sein de nos banques? Des mesures ont déjà été prises au retour des vacances par rapport au personnel qui a séjourné dans les zones à risque. Désormais, d'autres mesures visent à limiter les réunions et l'accès des visiteurs aux bâtiments. 

Quant au niveau IT, Belfius rappelle, comme il l'avait déjà indiqué lors des attentats bruxellois, avoir des systèmes informatiques suffisamment performants et sécurisés pour permettre le télétravail de "tout ceux qui devront le faire".

Même discours rassurant chez ING Belgique. "Nous avons demandé à nos collaborateurs de reprendre leurs ordinateurs portables en fin de journée. Ceux-ci sont suffisamment sécurisés. Et les capacités IT sont renforcées. Mais actuellement nous ne constatons pas une augmentation du télétravail.

Et chez KBC? "Nous avons une capacité suffisante en IT. Elle est régulièrement mesurée et testée dans le cadre de nos plans de continuité. Il n’y a donc pas un besoin aujourd’hui pour modifier ou augmenter ces capacités."

Les banques américaines font de même

Les banques européennes ne sont pas les seules à prendre des mesures. Aux États-Unis, les traders des grandes banques délaissent leurs bureaux new-yorkais pour des lieux situés dans les faubourgs. Pour les banques, cette mesure d'éloignement des centres-villes minimise le risque de propagation de la contamination via, notamment, l'utilisation des transports publics bondés. 

Il faut dire que la loi sur le secteur, le Federal Deposit Insurance Act, interdit aux banques de fermer les portes de leurs agences sans préavis déposé 90 jours auparavant. Néanmoins, le régulateur se veut souple en cas de "catastrophes naturelles".

Depuis 2007, les régulateurs américains encouragent aussi les banques à établir un plan d'urgence en cas de pandémie pour réduire au maximum les effets négatifs sur l'activité. 

Résilience économique

Outre l'opérationnel, à travers le monde, les banques centrales tentent de maintenir le calme parmi les investisseurs face à un virus qui porte un coup dur aux marchés financiers et à l'économie mondiale. La Réserve fédérale américaine a décidé, mardi, d'une baisse de ses taux, ce qui a permis de raviver quelque peu la confiance des investisseurs. 

Nombre d'intervenants de marché considèrent que la réponse à apporter devrait être beaucoup plus budgétaire que monétaire pour être efficace. Car les premiers effets de l'épidémie sont apparus dans l'économie réelle.

"Les investisseurs anticipent maintenant une nouvelle baisse de 50 à 75 points de base de la Fed lors de la réunion du FOMC (Comité de politique monétaire) prévue les 17 et 18 mars prochains", affirme un analyste marché chez IG France.

Les investisseurs attendent aussi une action de la BCE lors de sa réunion de politique monétaire jeudi prochain. D'autres banques centrales sont dans les starting-blocks, mais nombre d'intervenants de marché considèrent que la réponse à apporter devrait être beaucoup plus budgétaire que monétaire pour être efficace. Car les premiers effets de l'épidémie sont apparus dans l'économie réelle.

Les tech américaines travaillent à domicile

Amazon, Microsoft, Google et Facebook recommandent désormais à leurs employés de l'Etat de Washington (nord-ouest des Etats-Unis) de travailler si possible de chez eux. Sur les douze morts qu'a faits le Covid-19 jusqu'à présent dans le pays, onze décès ont eu lieu dans l'Etat de Washington et un en Californie, qui a déclaré l'état d'urgence.

"Nous recommandons à tous les employés qui peuvent travailler de chez eux de le faire jusqu'au 25 mars", a déclaré Kurt DelBene, vice-président exécutif de Microsoft "Ces mesures assureront votre sécurité et rendront aussi nos locaux plus sûrs pour ceux qui doivent y être." Le groupe informatique a son siège à Redmond, en banlieue de Seattle, la capitale économique de l'Etat de Washington.

Son voisin Amazon, qui emploie plus de 50.000 personnes à Seattle et Bellevue, a fait passer la même consigne, "jusqu'à la fin du mois", a indiqué un porte-parole du géant de l'e-commerce.

Google a aussi conseillé à ses employés dans cet Etat de se connecter de chez eux.

Les trois firmes, Amazon en tête, dominent le marché mondial de l'informatique à distance (cloud), et ne devraient donc pas manquer des ressources nécessaires pour s'organiser différemment.

A San Francisco, Lyft, une plateforme de réservation de voitures avec chauffeurs, a demandé jeudi à ses salariés de rentrer chez eux après avoir appris que l'un d'entre eux avait été en contact avec une personne exposée au nouveau coronavirus. L'employé(e) en question ne présente aucun symptôme, mais "nous agissons en fonction des recommandations du CDC (Centre pour le contrôle et la prévention des maladies, NDLR) et, par principe de précaution, nous encourageons tous nos employés de San Francisco à travailler de chez eux pour le reste de la semaine", a détaillé le concurrent d'Uber. Le siège de l'entreprise devait être lavé de fond en comble pendant la nuit.

De nombreux grands groupes ont aussi restreint les déplacements. "Nous recommandons aux personnes de reporter leurs visites sur les sites du détroit de Puget (à Seattle, NDLR) ou dans la baie (de San Francisco, NDLR) à moins qu'elles ne soient essentielles au bon fonctionnement de Microsoft, précise Kurt DelBene. Tous les voyages d'affaires non essentiels dans les régions où le Covid-19 est actif doivent être annulés. ‘Essentiel’ signifie le travail lié aux opérations, aux ventes et aux services clients."

  • Nous avons demandé à tous nos collaborateurs de prendre leurs laptop en fin de journée chez eux. Ceux-ci sont suffisamment sécurisés. Et les capacités IT sont renforcées. Actuellement nous ne constatons pas une augmentation du teletravail.

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