Thomas Leysen:"Nous réglons nos problèmes nous-mêmes"

Si le bancassureur flamand est à son tour rattrapé par la crise, il conserve des atouts, et en particulier une position de liquidité solide. Première interview de Thomas Leysen depuis son entrée en fonction comme président de KBC, le 1er octobre dernier. Une présidence qui démarre dans des conditions difficiles…

entretien

Vous attendiez-vous, au moment où vous avez accepté la présidence, à démarrer dans des conditions aussi difficiles?

- Thomas Leysen: Au moment où Jan Huyghebaert m’a demandé de prendre sa succession et où nous avons fixé la date, il y a un peu plus d’un an, on espérait que la transition se ferait dans une période un peu plus calme sur les marchés financiers. Les choses se sont avérées différentes. Cela étant, je savais il y a un an que la possibilité existait que ces turbulences persistent.

Quelles sont les principales surprises que vous avez eues en découvrant le monde bancaire?

- Je suis toujours en phase d’apprentissage et de découverte. Il n’y a pas d’énormes surprises. Ce qui m’a le plus frappé, c’est le pouvoir énorme de la régulation sur le quotidien du métier. Le nombre de règles auxquelles il faut aujourd’hui souscrire, c’est quelque chose que je n’ai jamais connu dans l’industrie. Mais beaucoup de ces règles ont un sens, et elles sont la conséquence de ce qui s’est passé en 2008.

Le comité de direction a décidé de renoncer à ses rémunérations variables. N’est-ce pas automatique si les résultats sont dans le rouge sur l’ensemble de l’année?

- Ce serait quasi automatique, mais aujourd’hui, on ne sait pas si les résultats seront dans le rouge sur l’ensemble de 2011, et dans cette mesure-là, je salue le geste pris de sa propre initiative par le comité de direction. Et j’ai le plus grand respect pour l’énorme travail qu’il a accompli sur le fond ces derniers mois, même si cela peut paraître ironique au vu des mauvais résultats qu’on publie.

KBC va rembourser 500 millions au fédéral, sur une aide totale de 7 milliards. Quel signal avez-vous voulu donner?

- Nous voulons montrer que même après un trimestre difficile, nous sommes en bonne voie pour rembourser nos dettes. Dans le contexte turbulent actuel, cela aurait peut-être été imprudent d’aller beaucoup plus loin. Le régulateur, la Banque Nationale, a approuvé ce remboursement. C’est le signe de sa confiance que, malgré toutes les incertitudes sur le marché, nos matelas de capitaux sont suffisamment importants. C’est une caractéristique de KBC que je voudrais souligner: nous résolvons nous-mêmes nos problèmes, et nous remboursons nos dettes.

Chez nous, il n’y a pas de "bad bank", de splitsing ou de démantèlement. À un moment donné, nous avons eu besoin d’une aide publique, mais nous en payons l’addition: les intérêts se montent à 8,5%! Et quand nous remboursons, ce n’est pas 100%, mais 115 à 150%. Nous donnons aux pouvoirs publics un rendement qu’aucun autre investisseur ne peut obtenir. Qu’on arrête de dire que dans les sauvetages bancaires on a privatisé les bénéfices et socialisé les pertes! En tout cas pour ce qui concerne KBC.

Y aura-t-il encore un dividende chez KBC en 2011?

- La décision sera prise après le quatrième trimestre. Mais la probabilité que nous décidions de ne pas payer de dividende existe en effet.

Une augmentation de capital n’est-elle pas inévitable pour KBC?

- Non. Une augmentation de capital n’est pas à l’ordre du jour. La décision de la Banque Nationale sur le calcul des aides publiques dans notre "buffer" en capital fait que désormais, nous pouvons rembourser les pénalités sur ces aides après 2013. Nous avons encore toute une série d’actifs à vendre, et nous aurons des exigences en capital plus faibles que d’autres, n’étant pas considéré comme une banque systémique au niveau mondial. Nous pensons donc pouvoir générer nous-mêmes le capital nécessaire dans les années à venir.

L’environnement est très difficile. KBC ne risque-t-il pas d’être le "domino" suivant?

- Les récents stress tests et les décisions autour des aides d’État montrent que nous appartenons aux institutions les plus solides du secteur, y compris en cas de scénario catastrophe.

Des informations de presse affirmaient que votre première tâche serait de trouver un nouveau CEO pour KBC: ce n’est pas à l’ordre du jour?

- Ce n’est pas à l’ordre du jour. J’ai pu observer Jan Vanhevel de près ces derniers mois, il a une énergie importante! Mais il est clair qu’il est de mon devoir de réfléchir régulièrement au planning de la succession.

Qu’est-ce qui fera que vous direz que vous avez réussi votre mission comme président de KBC le jour où vous passerez le témoin?

- Avoir pu contribuer au retour de ce groupe à son vrai potentiel.

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