interview

Tom Dechaene, directeur de la BNB: "Les banques devront faire le sale boulot"

©JONAS LAMPENS

Le directeur de la BNB estime que les banques doivent faire preuve de prudence alors que l'impact de la pandémie et de la crise économique n'est pas encore connu.

Il est un peu le shérif des banques belges. Reconduit pour un second mandat comme directeur de la Banque nationale de Belgique (BNB) en décembre dernier, Tom Dechaene est également membre du conseil de surveillance prudentielle de la Banque centrale européenne (BCE).

Récemment,  Tom Dechaene, en tant que membre du Collège de résolution belge,  a reçu un message alarmant. Atomium Bank, une institution belge fictive, filiale d’un groupe autrichien tout aussi factice, se trouvait au bord du précipice. Le service Collège de résolution, dirigé par Steven Vanackere, disposaient d’à peine 48h pour trouver une solution avec l’Autorité européenne de résolution. Si cet exercice demeure purement théorique, il révèle l’essence de la fonction préventive du directeur Dechaene.

Alors que les banques belges s'apprêtent à dévoiler leurs résultats 2020 à tour de rôle (KBC ouvre le bal ce jeudi) et que l'année 2021 s'annonce particulièrement rude du point de vue de la conjoncture, il se veut rassurant sur l'état du système bancaire du royaume, même si les points d'attention sont nombreux. "On nous paie pour être paranoïaques", plaisante-t-il.

"En Belgique, nous avons le luxe d'avoir des banques plus rentables que dans d'autres pays de la zone euro. C'est comme ça qu'elles ont pu constituer des provisions et continuer à accorder des prêts."
Tom Dechaene
Directeur BNB

Les banques sont toujours encouragées à constituer des provisions pour faire face aux futurs défauts de crédit. Sont-elles suffisamment armées alors que 2021 devra révéler l'ampleur de la crise?

Il est encore assez difficile d'évaluer précisément le risque de crédit. Les banques ne volent peut-être pas à l'aveugle, mais la visibilité est très limitée. Les nouvelles règles comptables rendent l'exercice encore plus compliqué. Quand une banque octroie un prêt, elle doit estimer combien le risque de défaut est important endéans les douze prochains mois. Mais si la solvabilité du client se détériore, elle doit alors estimer le risque de défaut sur la durée entière du crédit. C'est incroyablement compliqué.

C'est pourquoi nous demandons cette année aux banques de demeurer très prudentes dans leur politique de dividende. La BCE l'a recommandé aux grands groupes, et nous formulons le même souhait auprès des filiales de groupes étrangers présents en Belgique et des petites banques qui sont sous notre supervision directe. Les stress tests nous apprennent que les pertes dans cette crise peuvent représenter plusieurs pour cent du capital d'une banque, mais celui-ci est nécessaire pour produire du crédit. En Belgique, nous avons le luxe d'avoir des banques plus rentables que dans d'autres pays de la zone euro. C'est comme ça qu'elles ont pu constituer des provisions et continuer à accorder des prêts.

"Les suspensions de paiements devront bien finir à un moment, et les banques devront alors faire une discrimination entre les entreprises qu'elles soutiendront et les autres. Elles devront alors accomplir le sale boulot."
Tom Dechaene
Directeur BNB

Le soutien des banques à l'économie pose question. Elles ne rempliraient pas leur rôle, selon bon nombre d'entrepreneurs.

Les moratoires sur les remboursements de crédits sont une bonne idée. Mais cette suspension des paiements devra bien finir à un moment, et les banques devront alors faire une discrimination entre les entreprises qu'elles soutiendront et les autres. Elles devront alors accomplir le sale boulot. C'est une des raisons qui vont les rendre moins populaires au cours des prochaines années. Il est important de noter que, contrairement à la crise de 2008, les banques font aujourd'hui partie de la solution.

Les volumes de crédit aux ménages sont restés à niveau l'année passée, ils se trouvent dans la moyenne européenne. Pour les entreprises, cela varie en fonction des secteurs. Au début de la pandémie, les grosses sociétés ont massivement eu recours à leurs lignes de crédit, mais quand elles se sont rendu compte que ce ne serait pas nécessaire, elles ont repris les remboursements. L'octroi de crédits aux entreprises demeure un peu en dessous de la moyenne européenne, et je peux difficilement y apporter une explication. L'exposition à certains secteurs ou le business model de la banque peut y jouer un rôle.

La Belgique a décidé également de restreindre les dividendes des filiales de groupes étrangers, comment la BCE a-t-elle réagi à cela?

Combien de temps avez-vous? (rires) Nous essuyons la critique selon laquelle ce sera négatif pour l'intégration des services bancaires européens. En Belgique, nous avons découvert en 2008 ce que cette discussion implique vraiment. Si des capitaux ou des liquidités remontent vers la maison-mère à l'étranger en temps de crise, vous n'allez pas les revoir rapidement. Les administrateurs d'une société ont l'obligation légale de sauver cette maison mère avant tout le reste. Mais la situation actuelle est que la garantie des dépôts par les autorités du pays de la filiale pourrait être déclenchée si une telle opération crée des trous dans le capital de la filiale. Aussi longtemps qu'il n'y aura pas entre autres de système de garantie européenne, nous nous y opposerons.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés