Une banque islamique bientôt en Belgique?

Le vent tourne pour la finance islamique. Après la suspicion engendrée par les attentats du 11 septembre 2001, c’est plutôt un intérêt grandissant que suscitent les capitaux en provenance notamment du Moyen-Orient et des 15 millions de consommateurs musulmans établis en Europe.

Le Royaume-Uni (1,5 million de musulmans) a accueilli le premier établissement européen répondant explicitement aux prescrits du Coran (pas d’usure ni d’investissements dans des secteurs "haram" comme l’armement, l’alcool ou la pornographie): l’Islamic Bank of Britain (IBB). L’Allemagne (3 millions de musulmans) a quant à elle octroyé une licence bancaire à une société turco-kowetienne alors que la France (6 millions de musulmans) a engagé les discussions pour pouvoir accueillir ce type d’activité. Quant au Luxembourg, il s’est très clairement profilé dans l’émission d’obligations islamiques depuis quelque temps.

La Belgique, qui compte au moins 500.000 musulmans sur son territoire, reste frileuse.

Une réflexion a bien été initiée en 2005 par le ministre des Finances Didier Reynders, mais, depuis, plus rien.

Mohamed Boulif, économiste et consultant en finance islamique établi à Bruxelles, attend son successeur avec une certaine impatience. Car "s’il y a une volonté politique d’aller dans le sens non pas d’un chamboulement du cadre réglemantaire belge mais d’une interprétation peut-être un peu différente des textes en vigueur, les choses pourraient aller très vite".

Des produits financiers "halal"? "Des contacts ont été pris avec les principales banques belges. Mais il semble qu’elles attendent de voir ce qui va se passer en France avant d’agir", poursuit l’expert, prudent mais déterminé à mettre un projet sur la table avec l’appui de Bruno Bernard, consultant pour les entreprises exportatrices et spécialiste des marchés "halal".

Avec l'aide du Koweit et du Qatar

Et si les banques disent non, il compte créer son propre établissement avec l’aide de capitaux étrangers.

"Des investisseurs, en particulier du Koweit et du Qatar, ont des capitaux et sont intéressés par l’Europe. La Belgique est certes peu connue, mais une fois que vous leur expliquez son fonctionnement, ils comprennent que c’est une région stable et sont prêts à agir", assure Mohamed Boulif.

Une banque de détail donc, qui "permettrait notamment d’inclure les communautés turques et marocaines, très dynamiques dans la création de PME. Ce serait aussi lever un frein à l’acquisition d’un bien immobilier: selon une récente enquête, le taux de propriété n’est que de 30 à 35% dans ces communautés alors qu’il s’élève à 75% dans l’ensemble de la population belge."

A noter que deux établissements sont déjà présents sur le segment à Bruxelles, dont la Attijariwafa Bank, première banque du Maroc.

Si le taux de pénétration de cette dernière reste faible et surtout concentré sur les transferts d’argent vers l’étranger, elle a déjà établi des filiales dédiées à la "finance participative" et aux "produits alternatifs". Très prudent sur les mots, Mohamed Boulif préfère en effet parler de nouvelles formes de "produits éthiques" tels qu’il en existe déjà et en tout cas ouverts à tous, insiste-t-il.

Côté banque d’affaire, la présence d’un établissement islamique pourrait aussi attirer les capitaux du Golfe vers des projets d’investissement en Belgique.

Le marché mondial de la finance islamique est estimé entre 500 et 700 milliards de dollars et son potentiel atteinndrait 4.000 milliards de dollars, selon une étude publiée en France.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés