Bayer cherche une alternative au Roundup sans lâcher le glyphosate

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Sortir de la spirale "Monsanto", tel semble être l'objectif du géant allemand qui affirme toutefois que s'il veut offrir plus de choix aux cultivateurs, le glyphosate restera un incontournable.

Bayer veut-il sortir de la spirale "Monsanto" et des procès multiples soulignant les effets destructeurs du Roundup? Le géant chimique allemand annonce dans un communiqué sa volonté de développer des alternatives au glyphosate.

Il dégage une enveloppe de quelque 5 milliards d'euros pour trouver, dans la prochaine décennie, une variante du célèbre herbicide. "Cela fera partie du budget annuel actuel de 2,5 milliards d'euros que Bayer attribue à la recherche et au développement de phytotechniques", indique le porte-parole, Tino Andrese. La société s'attend aussi dans les prochaines années à une croissance accrue de son segment "semences" et ses projets de "fermes digitales"; de quoi générer des revenus supplémentaires.

Si le glyphosate continuera d'occuper un rôle important dans l'agriculture et dans le portefeuille de Bayer, nous voulons offrir plus de choix aux cultivateurs.
Bayer

Les ONG et autres associations de défense prennent cette annonce avec scepticisme.  Beatrice Olivastri, directrice générale au Canada des "Amis de la Terre", parle d'une "campagne de charme" équivalente à un gaspillage d'argent de la part des actionnaires. "Cela semble davantage ressortir d'une tactique". 

Nouvel enregistrement du Roundup

La société annonce également préparer les procédures en vue d'un nouvel enregistrement en Europe du produit controversé afin d'apaiser les inquiétudes du public. Scientifiques, journalistes, ONG seront appelés à participer à ce processus. En décembre 2017, l'exécutif européen avait en effet renouvelé la licence du glyphosate dans l'Union pour cinq ans, au terme d'une controverse de plus de deux ans. L'Allemand, comme les autres fabricants du glyphosate, doivent donc entamer une procédure de certification pour pouvoir continuer à vendre ces produits chimiques en Europe après le délai du 15 décembre 2022. 

"Si le glyphosate continuera d'occuper un rôle important dans l'agriculture et dans le portefeuille de Bayer. Mais il n'y a pas de solution unique pour la nature. Le succès mondial du glyphosate a entraîné une utilisation généralisée, des semences résistantes et parfois involontairement de mauvaises applications. Les cultivateurs ont droit à davantage de choix", lit-on dans un communiqué.

Dans un mail interne, le CEO Werner Baumann avance "être engagé à fournir à travers le monde le meilleur de la technologie agricole et localement les formations qui y sont associées". 

10 milliards $
procès
Les analystes tablent désormais sur une facture totale de 10 milliards de dollars pour les dédommagements du Roundup.

Bayer compte coûte que coûte de réhabiliter son image mise à mal par les multiples procès et condamnations liées à l'utilisation du Roundup. Mi-mai, il était ainsi à nouveau condamné aux États-Unis. Cette fois, le montant des dédommagements exigés dépassait les 2 milliards de dollars. Rien que pour les États-Unis , Bayer fait face à quelque 13.400 plaintes. Les analystes tablent désormais sur une facture totale de 10 milliards de dollars, là où Bayer avait déboursé il y a un an 63 milliards de dollars pour acquérir Monsanto. 

Une entreprise "durable"

Bayer a par ailleurs déjà annoncé qu'il promettait de réduire son impact environnemental de 30% à l'horizon 2030. "Nous écoutons, nous apprenons", déclare Bayer sur son site affirmant vouloir être davantage responsable et promouvoir une agriculture plus respectueuse de la société et de la planète. Concrètement, Bayer parle de "conserver la biodiversité, combattre le changement climatique et tirer le meilleur des ressources naturelles."

L'action Bayer est en berne. Elle a récemment touché son plus bas en 7 ans et reculé de 44% depuis l'acquisition de Monsanto. La valorisation boursière du groupe s'affiche à 56 milliards de dollars, soit sous le prix d'acquisition de Monsanto; de quoi renforcer la pression sur le CEO qui avait défendu cette acquisition face aux actionnaires. 

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