Les analystes très divisés sur l'avenir de Recticel

©Dieter Telemans

Tous les observateurs ne partagent pas le même avis sur l'issue de l'offre de 700 millions d'euros formulée par Kingspan pour mettre la main sur deux divisons de Recticel.

Alors que l’effet de l’annonce d’une offre de Kingspan sur deux divisions de Recticel pour 700 millions d’euros retombe quelque peu -le titre reculait de 1,2% en matinée- l’heure est à réflexion et à la spéculation tous azimuts. 

Du côté de Recticel, on estime ne pas disposer, pour l'instant, de toutes les "informations critiques" permettant de "prendre une décision éclairée". Le groupe belge a donc adressé à son concurrent irlandais des demandes de clarification portant notamment sur les risques antitrust liés à cette opération et sur l’identité de la partie tierce censée reprendre au final les activités "mousses souples".

Berenberg très sceptique

Du côté des analystes, cela phosphore également. Chez Berenberg, on estime qu’il y a peu de chances de voir le conseil d’administration Recticel accepter cette offre. Petit détail amusant: Bois Sauvage qui est l’actionnaire de référence de Recticel avec 28% détient également une participation de 12% dans Berenberg.

Même si ce "deal" est approuvé, il devra encore passer par-dessus les obstacles anti-trust ce qui n’est pas gagné vu les chevauchements significatifs des deux groupes en particulier au Royaume-Uni et dans le Benelux ajoutent Lushanthan Mahendrarajah et Christoph Greulich.

Si finalement cette opération devait avoir lieu, Recticel recevrait 700 millions d’euros et conservait ses divisions literies et automobiles. Dans ce scénario, la position de cash nette s’élèverait à 520 millions d’euros comprenant 180 millions de dettes ce qui implique une valeur de 9,4 euros par action, ont calculé les analystes.

Pas de chute du cours en cas de refus

Ils estiment que Recticel pourrait obtenir 50 millions d’euros des deux pôles restants si une vente rapide a lieu. Sans compter les coûts engendrés par la dissolution du groupe, la valeur du titre n’atteindrait, dans ce cas, que 10,3 euros ce qui est inférieur à leur objectif de cours (10,5 euros ; "acheter").

Nous pensons que la validation externe de la valeur des divisions isolation et mousses souples de Recticel apportera un soutien durable au cours du titre.
Lushanthan Mahendrarajah et Christoph Greulich
Analystes chez Berenberg

Chez Berenberg, au regard des acquisitions antérieures réalisées par Kingspan, on ne voit pas le groupe proposer un prix beaucoup plus élevé même s’il dispose de la puissance de feu nécessaire.

Toutefois, en cas de rejet de l’offre, les deux analystes estiment que le gain accumulé par l’action depuis lors, soit 25% environ, ne sera que faiblement entamé. "Nous pensons que la validation externe de la valeur des divisions isolation et mousses souples de Recticel apportera un soutien durable au cours du titre."

Porte de sortie pour Bois Sauvage

Hier, Nathalie Debruyne de Degroof Petercam ("acheter" ; 14,2 euros) qui jugeait l’offre trop basse estimait qu’il serait plus intéressant de voir le groupe irlandais lancer une OPA sur l’ensemble de Recticel et avançait un chiffre de 14,2 euros l’action.

Même avis chez ING. Pour Maxime Stranart ("acheter"; 14 euros) une offre sur l’ensemble de la société serait plus séduisante aux yeux du conseil d’administration. "Le gain en capital issu d’une telle transaction serait exempté de précompte mobilier selon la législation belge."

Contrairement à ses homologues de Berenberg, l’analyste juge que ce rachat a de grandes chances de se concrétiser en raison des capacités financière de Kingspan et la porte de sortie intéressante que cela représente pour Bois Sauvage, l’actionnaire principal de Recticel.

Précisons ici que Bois Sauvage ne compte que trois représentants au conseil d'administration sur un total de dix. Les autres sièges sont occupés par le CEO, Olivier Chapelle, et six administrateurs indépendants. 

De son côté, Wim Hoste de KBC Securities ("acheter"; 10 euros) met en avant l'incertitude entourant les chances de succès de cette opération et les fuites fiscales possibles lors de la redistribution du cash obtenu.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect