Quatre partenaires et six doctorants pour phosphorer sur la fertilité des sols

©Bloomberg

La société Prayon et l’Université de Liège constituent le pôle belge d’un partenariat de recherche belgo-marocain. Avec l’Office chérifien des phosphates (OCP) et l’Université de Ben Guerir, ils financent et encadrent six projets de doctorat centrés sur l’interaction entre le sol et les plantes en milieu semi-aride. Prayon et l’OCP,qui financent l’intégralité du partenariat, garderont 100% de la propriété intellectuelle.

Améliorer l’efficience du phosphore et de l’eau dans la fertilisation des sols; utiliser les fertilisants phosphatés pour s’attaquer au problème de la salinité des sols; développer des techniques de précision pour améliorer le rendement des apports en eau et en phosphore. Autant de questions très pointues auxquelles s’attaquent, depuis mars 2019, six doctorants marocains de l’Université Mohammed VI de Ben Guerir, à 70 km de Marrakech.

La particularité, c’est que leurs travaux de recherche sont financés et encadrés par un partenariat public-privé associant, d’une part, l’université de Ben Guerir et son homologue liégeoise, l’ULg, et d’autre part deux des géants mondiaux des phosphates: la société wallonne Prayon et l’Office chérifien des phosphates (OCP).

"Nous avons un objectif global, qui est l’amélioration de l’efficience des sols."
Mohamed Chtouki
Doctorant de l’Université Mohammed VI de Ben guerir

Ce programme de recherche, baptisé SoilPhorLife, d’un budget de 2,2 millions d’euros sur 4 ans, est financé à parts égales par Prayon et par l’OCP (son copropriétaire avec la SRIW). Ce qui explique que les deux universités ont accepté de céder tous les droits de propriété intellectuelle aux partenaires privés.

"Tout tourne autour de la compréhension des interactions entre la plante et le sol, de la manière avec laquelle elle va chercher les molécules dont elle a besoin, et comment, à partir de là, on peut modifier nos engrais pour les rendre plus accessibles à la plante et éviter que la moitié parte dans la nappe phréatique", explique Alain Germeau, directeur de la R&D chez Prayon.

La sécheresse, un problème structurel

"Nous avons un objectif global, qui est l’amélioration de l’efficience des sols, précise Mohamed Chtouki, l’un des doctorants. La sécheresse devient un problème structurel. Il faut donc améliorer l’efficience de l’apport en eau en le portant de 30% à 80%. L’efficience du phosphore, elle, plafonne entre 16% et 20%. Mais là, nous n’avons pas d’objectif chiffré: le problème est très complexe."

Prayon est aujourd’hui le dernier producteur d’acide phosphorique en Europe. Si elle a pu se maintenir dans la course, c’est grâce à un procédé qui lui permet de valoriser un sous-produit de l’acide phosphorique, le sulfate de calcium – ou gypse – d’une qualité suffisante pour permettre une utilisation dans l’industrie du plâtre, en l’occurrence chez ses voisins de Knauf.

Désireuse de moins dépendre des applications techniques (produits pour lave-vaisselle, poudres à lessiver, opacifiants de verres…), qui représentent près de la moitié de ses revenus mais sont soumises à des pressions environnementales, Prayon cherche à élargir les débouchés vers les produits alimentaires (levures chimiques, régulateurs d’acidité des sodas, prévention du noircissement des frites), agricoles et horticoles (les engrais phosphorés). Avec l’Université de Liège, l’Université Mohammed VI et l’OCP, l’entreprise basée à Engis cherche donc à mieux comprendre les interactions entre la plante, le sol et les éléments nutritifs, en particulier le phosphore.

Contrairement au schéma classique du doctorant africain qui vient en Belgique pour développer des recherches pas nécessairement adaptées à son milieu de vie, ce partenariat donne aux doctorants marocains la possibilité de traiter des thèmes et enjeux de leur pays.

"Je ne connais pas de modèle analogue en Afrique, souligne Eric Haubruge, conseiller du recteur de l’ULg en charge du développement régional, de l’innovation et des relations internationales. L’idée, c’est de pouvoir présenter ce modèle avec nos partenaires privés à des organismes comme la Banque Mondiale ou la Fondation Bill Gates pour essayer d’amplifier la dynamique sur d’autres thèmes et avec d’autres acteurs."

Le responsable universitaire appelle de ses vœux un renouvellement de l’expérience avec des entreprises privées. "Les universités sont plus centrées sur la compréhension d’un mécanisme, les entreprises ciblent le côté opérationnel de l’innovation. Mettre les deux ensemble permet de poser les questions différemment, et donc d’élargir le spectre de l’innovation au sein de l’université."

6,8 millions d’euros en plus

La société Prayon possède depuis peu 6,8 millions d’euros supplémentaires en caisse. La Société régionale wallonne d’investissement (SRIW) et l’Office chérifien des phosphates (OCP), qui possèdent chacun 50% des parts de l’entreprise liégeoise, ont en effet injecté chacun 3,2 millions d’euros, portant le capital de l’entreprise à 49,8 millions.

Il s’agit en réalité de la conversion d’un prêt subordonné en augmentation de capital. Cet emprunt avait été contracté dans le cadre de la construction d’une unité de production d’acide sulfurique, Sulfine. Celle-ci produit l’acide sulfurique à partir de soufre liquide, ce qui génère une grosse consommation d’énergie. Celle-ci est récupérée et transformée en vapeur qui est consommée sur le site et en électricité, ce qui contribue à réduire l’impact CO2 de l’usine. "C’est une marque de confiance de nos actionnaires, qui continuent à investir dans l’entreprise parce qu’ils continuent à croire en elle", souligne Alain Germeau, le patron de la R&D chez Prayon. 


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