"Trop cher" le rachat de Monsanto par Bayer?

©Bloomberg

L'entreprise allemande Bayer a mis la main sur le géant des semences OGM Monsanto pour 66 milliards de dollars ou 128 dollars par action. L'opération devrait être finalisée avant la fin 2017.

Le chimiste Bayer a réussi mercredi, au terme de plusieurs renchérissements, à acheter le fabricant controversé de pesticides et semences OGM Monsanto , dans ce qui constitue l'acquisition la plus chère jamais payée par un groupe allemand. Le record était jusque là détenu par le constructeur automobile Daimler, qui avait payé 36 milliards de dollars à la fin des années 1990 pour l'américain Chrysler.

"Bayer et Monsanto ont signé mercredi un accord de fusion ferme", au prix de 128 dollars par action (114 euros) en numéraire, a annoncé Bayer dans un communiqué. Cela donne une valeur de 66 milliards de dollars (presque 59 milliards d'euros) au fabricant américain de l'herbicide Roundup (glyphosate), dont les effets sur la santé humaine sont controversés.

Le rapprochement de Bayer et Monsanto, qu'ils espèrent boucler d'ici fin 2017, devrait gonfler leur bénéfice brut d'exploitation d'environ 1,5 milliard de dollars au bout de trois ans.

→ A la Bourse de Francfort, l'épilogue de cette saga était applaudi. L'action du groupe allemand a fini en hausse de 0,40% à 93,67 euros après être monté en séance jusqu'à 97,71 euros. A Wall Street, Monsanto prenait quant à lui 0,9% à 107,02 dollars au moment de la clôture européenne, loin du prix de l'offre .

"Trop cher"

Mais Monsanto, roi des semences OGM de maïs, blé et autre soja, ne s'est pas laissé convaincre gratuitement, puisque la toute première offre formulée en mai était de 122 dollars par action, soit un montant total déjà conséquent de 55 milliards d'euros.

©Mediafin

Les différents relèvements de prix proposés avaient été déclinés les uns après les autres par Monsanto, qui s'était dit néanmoins ouvert aux discussions tout en faisant savoir qu'un autre chimiste pourrait se mettre sur les rangs pour l'acquérir. Un chevalier blanc qui ne s'est finalement jamais manifesté. L'autre grand nom de la chimie allemande BASF a refusé de se jeter dans l'arène, tout en regardant avec attention les éventuelles cessions d'activités que les autorités de la concurrence pourraient exiger.

Analyste chez DZ Bank, Peter Spengler estime que "Bayer paie vraiment trop cher. En conséquence, il va vraiment falloir qu'il en tire le meilleur." Il ajoute toutefois que "la transaction met ensemble deux activités différentes, mais fortement complémentaires" en termes de semences, d'engrais et de pesticides. A eux deux, Bayer (célèbre pour l'invention de l'aspirine) et Monsanto représenteront un géant mondial pesant 23 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel et regroupant pas loin de 140.000 employés.

Bayer compte financer l'opération par endettement et émission d'actions, mais qui risque de faire tiquer les agences de notation, qui avaient prévenu dès le départ envisager d'abaisser la note du groupe de Leverkusen (ouest).

Des produits controversés

D'un côté, Bayer commercialise un insecticide contenant des néonicotinoïdes, une substance soupçonnées de tuer des abeilles. De l'autre, Monsanto commercialise le RoundUp qui fait polémique en raison du glyphosate qu'il contient et qui aurait des conséquences néfastes sur la santé. Sans compter que Monsanto est spécialisé dans les OGM. Or, l'Allemagne est très sensible sur ce sujet. Cette fusion est donc vue comme un "mariage infernal" par plusieurs ONG et nombre de politiques.

©REUTERS

"L'acquisition de Monsanto signifie davantage d'OGM et de glyphosate dans les campagnes", tout ce que refusent les consommateurs, a averti l'ONG Campact.

Le tout nouveau patron de Bayer, Werner Baumann, a toutefois tenté de rassurer en estimant "pouvoir gérer la réputation de Monsanto", espérant la contrebalancer par l'image de son propre groupe.

Un secteur concentré

Certains agriculteurs aussi craignent de se retrouver pieds et poings liés face à un seul fournisseur pour leur approvisionnement en semences, engrais et pesticides. Car cette fusion n'est que le dernier épisode d'un monde de la chimie en pleine concentration.

Confrontés à la faiblesse mondiale des prix des matières premières, les américains Dow Chemical et DuPont ont décidé de se marier, ce que Bruxelles est en train d'examiner de près. Le chinois ChemChina veut aussi racheter le suisse Syngenta, un temps courtisé par Monsanto.

Découvrez ci-dessous l'histoire de Bayer:


Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect

Messages sponsorisés

n