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Anna Bertona, CEO d'Azelis: "L'entrée dans le Bel 20 va attirer les investisseurs et de nouveaux employés"

Avec l'entrée d'Azelis dans le Bel20, Anna Bertona sera la seconde femme CEO présente dans l'indice, aux côtés d'Ilham Kadri. ©Kristof Vadino

L'entreprise chimique Azelis fera son entrée dans le Bel 20 à la fin du mois. Peu connue du grand public, elle sert pourtant 65.000 clients sur tous les continents.

Vous ne connaissez pas Azelis? On serait pourtant tenté de dire qu'Azelis vous connait bien. Shampooing, crème solaire, fond de teint, Doliprane, bonbons ou yaourt... Ce ne sont là que quelques articles exposés à l'entrée du siège social de l'entreprise chimique, nichée le long du Ring d'Anvers, à quelques encablures de la gare de Berchem.

Mercredi, Euronext a annoncé intégrer l'entreprise dans le Bel 20, l'indice phare de la Bourse de Bruxelles, à partir du lundi 24 juin. L'occasion de se pencher sur le business model d'Azelis, à la fois distributeur de produits chimiques et développeur de nouvelles applications chimiques. Rencontre avec la CEO, Anna Bertona.

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L'entrée dans le Bel 20, c'est une réussite?

Nous sommes très fiers de cette annonce. Cela va nous ouvrir de nouvelles opportunités puisque l'on va gagner en visibilité. Cela va attirer de nouveaux investisseurs, mais aussi de nouveaux employés. Nous ne sommes pas très connus donc ça pourrait aider pour attirer de nouveaux collaborateurs. Cela dit, l'entrée dans le Bel 20 n'était pas un objectif en soi, c'est surtout le résultat de notre croissance et de nos performances.

"La durabilité et la santé sont devenues beaucoup plus importantes. Il y a dix ans, les entreprises posaient des questions sur ces sujets, mais ne voulaient pas payer pour ces innovations."

Vous dites ne pas être très connus, peut-être parce que votre métier est très particulier?

En effet. Historiquement, Azelis est un distributeur de produits chimiques. Pour des raisons de complexité et de coûts, les grands chimistes comme Solvay ou BASF ne veulent pas s'occuper de la vente de leurs produits à des petits acteurs et/ou pour des petites quantités. Donc, ils délèguent à des distributeurs, comme Azelis et ses 65.000 clients sur tous les continents.

Aujourd'hui, nous avons évolué pour devenir un fournisseur d'innovation (innovation service provider). On aide des PME à innover, parce qu'elles n'ont pas ou peu de capacités de recherche et développement. On leur donne accès aux portfolios des entreprises chimiques que l'on représente et avec lesquelles on a des contrats d'exclusivité par territoire. On donne aussi accès à notre connaissance technique pour développer de nouvelles formulations et de nouveaux usages des produits chimiques. (...) Nous ne produisons pas de molécule nous-mêmes, mais nous étudions comment elles peuvent être utilisées en fonction des demandes de nos clients.

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Par exemple, nous avons aidé une entreprise pharmaceutique qui voulait exporter en Afrique à développer une formule pour un médicament de sorte qu'il soit sous forme de gel et ne nécessite pas d'eau pour être avalé. On a également développé de la farine qui est moins volatile que la farine traditionnelle, et donc moins nocive pour les boulangers qui travaillent avec.

"Nous avons de vraies ambitions de croissance, que ce soit organiquement ou par acquisition."

Votre nomination en tant que CEO date de l'été dernier, mais vous êtes chez Azelis depuis 10 ans. Quels changements avez-vous observés sur le marché?

La durabilité et la santé sont devenues beaucoup plus importantes. Il y a dix ans, les entreprises posaient des questions sur ces sujets, mais ne voulaient pas payer pour ces innovations. Nous pouvons proposer des ingrédients biodégradables à la place de microplastiques dans les exfoliants pour la peau, par exemple.

Vous avez presque doublé votre chiffre d'affaires en quatre ans. Comment?

Nous grandissons à 50% organiquement et à 50% par acquisition. Organiquement, en s'adressant à de nouveaux clients, mais également en proposant des nouvelles molécules de nouveaux fournisseurs partenaires. Du côté des acquisitions, la distribution [chimique] est un marché très fragmenté. Il est généralement admis qu'il y a 20.000 distributeurs dans le monde. Nous achetons donc des petites entreprises qui n'ont parfois pas de plan de succession ou qui n'ont pas les ressources pour se conformer aux attentes régulatoires imposées au secteur.

Ces dernières années, nous avons fait une grosse dizaine d'acquisitions par an. En 2024, on en a déjà fait trois et annoncé deux. (...) Les acquisitions nous permettent aussi de renforcer notre présence dans certaines aires géographiques où nous ne sommes pas encore présents partout, comme l'Amérique latine ou l'Asie.

Azelis, action value ou plutôt de croissance?

Une action de croissance. Nous avons de vraies ambitions de croissance, que ce soit organiquement ou par acquisition. Notre politique de dividende est de reverser 25% à 30% des profits, mais tout le reste, on l'investit dans notre croissance. Ça donne aussi une opportunité d'augmentation du prix de l'action. Je pense qu'on est sous-évalués, alors que l'on performe mieux que nos pairs.

Azelis est présent à peu près partout dans le monde. Comment gérez-vous les tensions géopolitiques?

Les tensions géopolitiques, c'est ce qui m'empêche de dormir la nuit, parce que j'ai peu de contrôle dessus... C'est une bonne chose que nous soyons très résilients, avec de nombreux segments dans de nombreux marchés. Globalement, si la demande baisse quelque part, elle monte souvent ailleurs.

Cela dit, je suis dans cette industrie depuis longtemps et c'est la première fois que je vois que la demande globale est plutôt molle. Il y a des signes d'améliorations, mais tant en Europe, qu'en Amérique ou en Asie, la croissance est plus faible que dans le passé. Mais je suis confiante sur le moyen terme. Le marché de la distribution reste très attractif.

"On a démarré un programme sur l'égalité salariale et on va s'assurer qu'on a une égalité dans les rémunérations, que vous soyez homme, femme ou autre."

Vous serez la deuxième femme CEO dans le Bel 20, avec Ilham Kadri. Les femmes doivent-elles toujours montrer et faire plus que les hommes pour arriver aux mêmes positions de pouvoir?

Je dois dire que j'ai vu beaucoup de changements au fil des années, depuis que je suis ingénieure. J'ai grandi dans un environnement très masculin, donc ça ne me frappe pas tant que ça. (...) Je ne sais pas si ce que je vois, c'est en raison de la personne que je suis ou parce que je suis une femme. C'est difficile de faire la distinction. On ne doit pas sous-estimer que c'est plus difficile [pour les femmes], mais je suis aussi convaincue qu'on est sur la bonne voie vers l'égalité.

Une femme CEO, ça change quelque chose en matière de gestion des ressources humaines?

Azelis a déjà beaucoup de diversité. On a plus de femmes que d'hommes. Dans le management, il y a 30% de femmes. On a 26 nationalités, rien que dans ce bâtiment et près de 90 partout dans le monde.

Je pense que la diversité, ce n'est pas que les hommes et les femmes. On a toujours été très déterminés à donner les mêmes droits à tous, femmes, hommes ou qui que ce soit d'autre. On a démarré un programme sur l'égalité salariale et on va s'assurer qu'on a une égalité dans les rémunérations, que vous soyez homme, femme ou autre. On doit regarder chaque personne et être sûr qu'elle s'épanouisse dans notre entreprise. (...) On est une entreprise de personnes, nous n'avons pas de machines, pas d'usines, pas de production. On aide aussi la gestion du stress et l'équilibre privé-professionnel. Il doit y avoir un équilibre. Je crois fermement que dans un bon environnement de travail, les gens donnent le meilleur d'eux-mêmes.

Tout le monde parle d'intelligence artificielle. Elle a sa place chez vous?

On voit l'intelligence artificielle comme un outil qui va nous aider de différentes façons. Tous nos systèmes sont Microsoft, qui est dans le peloton de tête sur l'IA avec de nombreux outils disponibles.

Concrètement, l'IA va se nourrir de toutes les formulations que l'on a déjà réalisées et va nous proposer plus rapidement de nouvelles formulations qui vont répondre aux demandes de nos clients. Par ailleurs, on peut utiliser l'IA pour optimiser le fonctionnement des commandes. On reçoit de nombreuses commandes par e-mail, mais aussi par fax ou parfois par WhatsApp. Ces demandes ne sont pas forcément structurées.

On a un programme pilote qui prend ces données non structurées des e-mails et l'introduit dans notre système. Le responsable client peut se concentrer sur des activités qui créent de la valeur. L'IA est une grande opportunité pour nous. On a déjà de bons résultats de nos projets pilotes. Je suis très enthousiaste.

Profil
  • Chiffre d'affaires : 4,152 milliards d'euros
  • EBITA : 466 millions d'euros
  • Marge brute : 23,7%
  • 4.206 employés
  • Présent dans 65 pays

Source : Azelis, chiffres 2023

Les phrasés clés
  • "Il y a dix ans, les entreprises posaient des questions sur la durabilité et la santé mais ne voulaient pas payer pour ces innovations."
  • "Les tensions géopolitiques, c'est ce qui m'empêche de dormir la nuit, parce que j'ai peu de contrôle dessus…"
  • "Je crois fermement que dans un bon environnement de travail, les gens donnent le meilleur d'eux-mêmes."
  • "L'IA est une grande opportunité pour nous. On a déjà de bons résultats de nos projets pilotes."
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