Bayer dans la tourmente de Monsanto

Werner Baumann, le patron de Bayer, a du souci à se faire. ©BELGAIMAGE

Bayer a annoncé des résultats trimestriels moins catastrophiques que prévu après le rachat de Monsanto. Le cours du titre repart à la hausse. Ce vendredi se tient une assemblée générale qui s’annonce houleuse pour le patron du groupe, Werner Baumann.

Pour Bayer, le premier trimestre aura été moins catastrophique que ce qu’escomptaient les analystes. Certes, le groupe pharmaceutique allemand a présenté ce jeudi un bénéfice net en recul de 36% sur un an, en raison des coûts liés au rachat du semencier américain Monsanto. Mais les observateurs retenaient surtout la forte hausse du chiffre d’affaires (+42,4%), à 13 milliards d’euros, et de l’excédent brut d’exploitation ebitda (+44,6%), à 4,2 milliards d’euros. Dans la foulée, le titre du groupe a progressé de 3,36% à la Bourse de Francfort, pour atteindre 62,22 euros. Sans le rachat de Monsanto, le chiffre d’affaires de l’inventeur de l’aspirine – qui évoque une "solide performance opérationnelle" – n’aurait progressé que de 4,1%.

C’est avec ces chiffres en demi-teinte que le président du groupe et artisan de la reprise de Monsanto, Werner Baumann, se présentera ce vendredi face à ses actionnaires. La colère gronde chez les porteurs de titres, inquiets de la recrudescence aux Etats-Unis des procès contre le désherbant au glyphosate Roundup de Monsanto, accusé d’avoir provoqué des cancers. Les dépenses exceptionnelles liées aux conséquences du rachat historique de Monsanto (63 milliards de dollars) sont largement responsables de la dégradation des comptes du groupe.

Selon un décompte actualisé le 11 avril, Bayer est désormais confronté à 13.400 requêtes contre Monsanto aux Etats-Unis. Le nombre des plaintes a explosé depuis qu’un jury populaire californien a condamné en août dernier le groupe allemand à verser 289 millions de dollars de dommages et intérêts au jardinier Dewayne Johnson, atteint d’un lymphome non hodgkinien. Certes, la peine avait été ramenée en appel à 78 millions de dollars par une cour de magistrats professionnels. Mais un second procès, fin mars, donnait de nouveau raison au plaignant, malgré les études avancées par Bayer pour tenter de prouver l’innocuité du glyphosate.

A ces plaintes contre Monsanto s’ajoute quantité de procédures en cours contre la division pharmaceutique, cœur d’activité traditionnel du groupe allemand né en 1863. 31.000 requêtes sont notamment à l’étude aux Etats-Unis contre l’implant contraceptif Essure. En ce qui concerne son médicament vedette, l’anticoagulant Xarelto, Bayer est parvenu à un accord judiciaire au sujet de 25.000 plaintes collectives déposées aux Etats-Unis, notamment pour des cas de décès. Bayer payera avec le laboratoire pharmaceutique belge Janssen 775 millions de dollars d’indemnités aux plaignants.

Restructuration

A l’inconnue judiciaire s’ajoute le coût élevé du plan de restructuration annoncé fin 2018 par Werner Baumann. Bayer entend réduire ses effectifs (118.000 salariés à travers le monde à l’heure actuelle) de 12.000 postes d’ici fin 2021 et se séparer des activités vétérinaire, protection solaire et podologie.

Dans ce contexte, c’est la stratégie de la direction et du conseil de surveillance, accusés d’avoir sous-estimé les risques du rachat de Monsanto, qui est sur la sellette. Les actionnaires ont les yeux rivés sur la valeur du groupe en Bourse. Bayer a perdu 30 milliards d’euros et vaut désormais moins que ce qu’il a déboursé pour racheter Monsanto. Werner Baumann a le plus grand mal à convaincre, lorsqu’il assure que "le rachat de Monsanto était et est toujours une bonne idée", que les difficultés actuelles sont "provisoires" et que la répartition géographique de l’activité du groupe entre Monsanto en Amérique et Bayer en Europe et en Asie est "idéale".

"Il y a 50% de chances pour que les actionnaires ne donnent pas le quitus au directoire lors du vote final", estimait ce jeudi un observateur souhaitant conserver l’anonymat. Deux des plus grandes sociétés mondiales de conseil aux actionnaires, lnstitutional Shareholder Services et Glass Lewis, avaient en amont annoncé leur intention de ne pas recommander le quitus lors du vote final. Un vote négatif n’aurait pas de conséquence obligatoire quant au maintien de Werner Baumann. Mais tout résultat inférieur à 80% de votes positifs serait considéré comme un camouflet. L’ancien patron de Deutsche Bank, Anshu Jain, avait du quitter la tête de la première banque allemande après un maigre 61%.

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