Camouflet pour la direction de Bayer, le titre perd 3%

©EPA

Les actionnaires de Bayer ont infligé un camouflet à la direction du groupe allemand en décidant vendredi soir de ne pas ratifier les décisions prises par le directoire l'an passé, mécontents de la chute du cours de l'action due à une accumulation des risques judiciaires liés à l'achat de Monsanto.

C’est un camouflet historique… Vendredi, les actionnaires ont refusé à la direction de Bayer le quitus, à 55% de votes négatifs, pour le Directoire de Werner Baumann. Le vote a eu lieu après plus de 13 heures d’une assemblée générale houleuse au cours de laquelle plus de 60 actionnaires se sont succédé au micro pour dénoncer la reprise du semencier américain Monsanto en juin 2018.

Plus de 13.400 plaintes ont été déposées depuis l’été dernier aux Etats Unis contre Bayer, à cause du Roundup, un désherbant au glyphosate accusé de provoquer des cancers. Bayer a perdu depuis 40% de sa valeur boursière et ne vaut plus aujourd’hui que 56 milliards d’euros, le prix du rachat de Monsanto. Mais le vote de l’Assemblée générale n’est pas contraignant.

"Le remplacement précipité du président du directoire ne ferait qu’accroitre le risque de rupture"
Janne Werning
Analyste chez Union Investment

Et malgré la colère des investisseurs, tout semble indiquer que Werner Baumann, désavoué, conservera son poste. Du moins dans un premier temps. Plusieurs actionnaires influents se sont prononcés ce lundi pour le maintien de Baumann en poste. "Le remplacement précipité du président du directoire ne ferait qu’accroitre le risque de rupture et ne pourrait donc pas être dans l’intérêt d’investisseurs à long terme, tels que Union Investment", estime Janne Werning, analyste chez Union Investment.

L’ampleur des risques de litiges ne sera pas plus claire avant l’année prochaine, c’est pourquoi nous pensons qu’il est juste et nécessaire d’accorder plus de temps à la direction. "En clair, à Werner Baumann de gérer maintenant le volet judiciaire du glyphosate et de faire table rase du passé avant de confier à un autre manager le soin de relancer le groupe."

"Le maintien de Baumann et du patron du conseil de surveillance Werner Wenning serait dangereux pour l’économie et pour la démocratie."

"Il ne peut être dans l’intérêt de personne de voir les opérations quotidiennes négligées en plus de tout le chaos existant", ajoute Ingo Speich, gestionnaire de fonds chez Deka Investment. Deka et Union faisaient partie d’un groupe de 20 investisseurs qui avaient appelé à refuser le quitus en amont de l’assemblée générale de vendredi. "Dans le contexte actuel, changer de direction n’aurait aucun sens", estime de son côté Nicolas Huber, directeur Corporate Governance de DWS, la branche gestion d’actifs de Deutsche Bank.

Mais tous les observateurs ne sont pas du même avis. "Il est scandaleux de voir avec quelle arrogance on ignore la volonté des actionnaires", s’emporte le quotidien de centre gauche Süddeutsche Zeitung. "Baumann et le patron du conseil de surveillance Werner Wenning doivent partir. Leur maintien serait dangereux pour l’économie et pour la démocratie. La question est posée de savoir qui contrôle les managers."

A la Bourse de Francfort, Bayer a perdu 3,31% ce lundi.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect