Clamadieu prend les rênes de la chimie européenne

Jean-Pierre Clamadieu, le CEO de Solvay, présidera durant deux ans le Cefic, qui regroupe l'industrie chimique européenne. ©Bart Dewaele_SOLVAY

Le patron du groupe Solvay a été choisi pour succéder à Kurt Bock, CEO de BASF, pour présider le Conseil européen de l'Industrie chimique (Cefic). Les 29.000 entreprises réunies dans cette confédération emploient 1,2 million de personnes dans l'Union européenne. Avec 170 collaborateurs et un budget annuel de 40 millions d'euros, le Cefic est le plus puissant lobby industriel européen.

Six ans après Christian Jourquin, un patron de Solvay se voit à nouveau confier les rênes du Cefic. L'assemblée générale du Conseil européen de l'Industrie chimique, réunie ce vendredi à Paris, a en effet entériné la désignation de Jean-Pierre Clamadieu, l'actuel CEO du chimiste belge, pour succéder à Kurt Bock, le CEO de BASF, à la tête de cette vaste organisation représentant plus de 29.000 entreprises réalisant 558 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Cette désignation pour un mandat de deux ans intervient dans un contexte général plutôt morose pour un secteur confronté à la concurrence de plus en plus forte des pays asiatiques et des Etats-Unis, où les entreprises profitent à plein de la faiblesse des coûts énergétiques engendrée par l'exploitation du gaz de schiste pour investir massivement.

Le poids de la chimie européenne continue d'ailleurs de s'amenuiser: en 2012, elle ne représentait plus que 18 % des ventes mondiales, contre 35 % il y a 20 ans. Et on ne décèle aucune perspective d'amélioration. Les premiers chiffres pour 2014 font en effet état d'un plafonnement des ventes sur les cinq premiers mois. Elles ont même reculé en mai de 1,8 % par rapport à mai 2013. Et si la balance commerciale reste positive (+18,6 milliards d'euros), elle n'en recule pas moins de 1,4 milliard par rapport aux cinq premiers mois de 2013.

Jean-Pierre Clamadieu ne s'en cache pas, le climat économique est préoccupant en Europe. Et la croissance ne devrait guère se reprendre avant quelques années.

Jean-Pierre Clamadieu le reconnaît: la chimie a beau être une "branche industrielle majeure" pour l'économie européenne, elle n'en reste pas moins "léthargique", selon les termes du Conseil européen de l'industrie chimique (Cefic).

Les chiffres du premier semestre n'ont pas de quoi susciter l'euphorie. Si la production a progressé de 0,6 % au premier semestre, ce n'est pas grâce aux mois de mai et juin, marqués par un recul après huit mois consécutifs de croissance.

Le poids des prix de l'énergie pèse particulièrement sur l'activité pétrochimique européenne. Selon le Cefic, celle-ci a reculé de 6,6 % durant le premier semestre par rapport à l'an dernier. Un déclin qui n'est que partiellement compensé par la croissance enregistrée dans la chimie de spécialités (+ 3,7 %) et de grande consommation (+ 1,3%) ainsi que dans les polymères (+ 1 %).

Autant de données qui incitent les responsables du secteur chimique européen à la prudence. Le Cefic a en effet revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2014 de la chimie au sein des 28 pays de l'Union européenne. Il s'attend désormais à une hausse modérée de 1,5 %, soit 0,5 % de moins qu'en juin dernier. Pour 2015, la croissance devrait également plafonner à 1,5 %.

Autant de chiffres qui ne contribueront pas à alourdir le poids de la chimie européenne au niveau mondial. En 2012, elle ne représentait plus que 18 % des ventes mondiales, contre 35 % il y a 20 ans.


"Le développement d’un contexte énergétique très favorable aux Etats-Unis fait peser une forte pression sur les chimistes européens, explique-t-il. Un message fort que nous voulons faire passer auprès de la nouvelle Commission européenne est de dire que le secteur de la chimie a des défis importants à relever. Et la manière avec laquelle on pourra les relever ou pas aura un impact sur l'industrie européenne. D'autant que la chimie est à la base de tout un tas de chaînes de production industrielle. On ne fait pas de voitures ou d'électronique et on ne développe pas de solutions d’isolation innovantes sans la chimie."

Dans ce contexte, l’innovation reste un atout de première importance. En 2013, le secteur chimique a dépensé 9 milliards d'euros en R&D en Europe, première région du monde dans ce domaine. "Mais cet atout n'est pas garanti ad vitam aeternam, souligne le nouveau patron du Cefic. On voit aujourd'hui les systèmes de formation dans certains pays en développement commencer à produire un grand nombre de diplômés."

Si la qualité des diplômés reste primordiale, il s'agit aussi de "veiller à la pérennité dans le temps des systèmes d'incitation à la R&D qui existent un peu partout en Europe". "Construire des laboratoires est un investissement de long terme. On ne peut les développer efficacement que si on a une visibilité sur ce qui doit être fait", souligne Jean-Pierre Clamadieu.

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