analyse

Jean-Pierre Clamadieu laisse à Ilham Kadri un Solvay profondément transformé

Solvay anticipe une croissance modeste cette année, après avoir enregistré des résultats 2018 globalement conformes aux attentes. Jean-Pierre Clamadieu cède, fin de la semaine, le flambeau à sa compatriote Ilham Kadri. Le Français, qui a repris la présidence d’Engie, a transformé le groupe belge en spécialiste de la chimie à haute valeur ajoutée.

Un groupe profondément transformé, structurellement profitable, mais qui reste dépendant de certains aléas de la conjoncture internationale: tel est l’héritage que laisse Jean-Pierre Clamadieu à sa compatriote Ilham Kadri, qui lui succédera vendredi comme CEO (chief executive officer) de Solvay.

Ce jeudi, le Français, qui était à la tête du groupe chimique belge depuis mai 2012 et a désormais pris la présidence d’Engie, a commenté pour la dernière fois les résultats annuels de l’entreprise. Un bilan 2018 conforme aux attentes. Solvay, coté à Bruxelles et à Paris, a vu son bénéfice net progresser de 16% à 1,092 milliard d’euros, contre 939 millions en 2017, mais sur une base sous-jacente, c’est-à-dire que le résultat a été retraité des effets de taux de change ou des éléments exceptionnels.

Parmi ceux-ci, des charges pour restructuration. Solvay a annoncé en mars la suppression de 600 postes dans le monde, dans le cadre d’un plan de simplification de son organisation. Selon les normes IFRS –référentiel comptable applicable aux sociétés cotées sur le marché européen – le bénéfice net s’est établi à 858 millions d’euros, en baisse de 19% par rapport à 2017.

Le chiffre d’affaires a augmenté quant à lui très modérément en 2018, s’établissant à 10,257 milliards d’euros, soit une hausse de 1,3% par rapport à 2017. Le bénéfice d’exploitation (Ebitda) était stable à 2,230 milliards d’euros en 2018 sur une base sous-jacente.

Composants innovants

Tirant le bilan de son passage à la tête du fleuron belge, le CEO sortant a reconnu que le groupe s’était profondément transformé ces sept dernières années. Sous sa férule, Solvay, qui emploie environ 27.000 personnes dans 62 pays, a engagé un virage stratégique qui l’a conduit à délaisser les activités jugées moins prometteuses, comme le PVC, pour se développer dans les composants innovants, notamment à destination de l’aéronautique, de l’automobile et des appareils intelligents.

10 mrds €
Le chiffre d’affaires de Solvay a augmenté très modérément en 2018, s’établissant à 10,257 milliards d’euros, soit une hausse de 1,3% par rapport à 2017.

Solvay a effectué depuis 2011 plus d’une quarantaine d’opérations de cessions et acquisitions. La moitié des personnes qui sont dans le groupe aujourd’hui n’y étaient pas il y a 7 ans. Le point d’orgue de cette transformation a été la reprise en 2015 de l’américain Cytec, qui a fait de Solvay le deuxième plus grand acteur mondial dans les composites pour l’aviation. Cette transaction a été l’opération la plus coûteuse réalisée par Solvay. Elle a été évaluée à 4,9 milliards d’euros, bien au-delà des 3,4 milliards déboursés pour Rhodia 5 ans plus tôt.

Solvay est désormais homologué sur des programmes aéronautiques en début de vie, comme le chasseur F-35 de Lockheed Martin, le moteur Leap de CFM international et le B777X, le plus grand des biréacteurs. "La montée en puissance des appareils F-35 Joint Strike Fighter a aussi fortement contribué à la croissance des volumes" dans la division "matériaux avancés", dont l’Ebitda s’est accru de 3,1% en 2018, a commenté Solvay.

Cette division représente 43% de la taille du groupe, mais près de la moitié de son Ebitda. Solvay espère que dans les prochaines années, les composites s’étendront à d’autres moyens de transport, comme l’automobile, où ils sont pour l’instant réservés aux voitures très haut de gamme.

À l’inverse, le groupe chimique belge a cédé ses activités de polyamides à l’allemand BASF pour 1,6 milliard. Avant cela, il est sorti du PVC via une joint-venture (Inovyn) avec le groupe britannique Ineos. Inovyn appartient désormais à 100% à Ineos et possède entièrement le site de Jemeppe-sur-Sambre.

"La montée en puissance des appareils F-35 Joint Strike Fighter a aussi fortement contribué à la croissance des volumes."
Solvay

Vers une croissance modeste

De son côté, Ilham Kadri, 50 ans, en provenance de l’américain Diversey, a rejoint Solvay début janvier pour une immersion dans le groupe et une visite des sites avec le patron sortant. Elle a indiqué qu’elle commencerait son mandat par une tournée des investisseurs à Londres et New York.

S’agissant des perspectives, la nouvelle CEO franco-marocaine sera confrontée à une situation un peu figée. Le groupe prévoit en effet "une croissance 2019 modeste, plus prononcée dans la seconde moitié de l’année, le premier trimestre étant attendu au même niveau que l’an dernier", selon le communiqué des résultats. Il n’y figure aucune prévision chiffrée. "Le résultat des pourparlers entre la Chine et les États-Unis peut avoir un impact sur la confiance des consommateurs, nos clients et la chaîne logistique", a admis Jean-Pierre Clamadieu lors d’un entretien par téléphone.

Un nouveau vaisseau amiral

Sur le plan concret, Ilham Kadri devra faire atterrir un autre leg de son prédécesseur: le réaménagement du site à Bruxelles. Le groupe va construire un nouveau bâtiment pour regrouper, d’ici l’été 2021, tous ses collaborateurs aujourd’hui dispersés sur le campus de Neder-Over-Heembeek. La construction du nouvel immeuble nécessitera la démolition de deux bâtiments, dont la plus haute tour du campus bruxellois sur laquelle trône le logo du groupe.

Solvay, qui ne possède plus d’unité de production en Belgique, entend par ailleurs réaménager la partie sud de son site en un campus ouvert dédié à l’innovation, afin d’attirer des chercheurs, ainsi que des start-ups et des entreprises.

Le scepticisme des marchés

Malgré des résultats annuels et trimestriels en ligne, voire légèrement supérieurs aux attentes des analystes, le titre Solvay a perdu environ 5% ce mercredi. C’est sans doute la mention d’une croissance "modeste" attendue pour 2019 qui a refroidi les investisseurs.

Avant de rejoindre la présidence d’Engie, Jean-Pierre Clamadieu peut pourtant se féliciter d’avoir atteint ou dépassé les objectifs à moyen terme fixés pour la période 2016-2018 notamment en termes d’ebitda (+ 7,5% en moyenne) et de cash-flow libre avec un total de 2,7 milliards d’euros. Mais sur les trois dernières années, le cours de l’action n’a pas affiché une vitalité éclatante avec un gain limité à 16%. Cela correspond aussi, plus ou moins, au bilan boursier de Solvay depuis l’accession de Jean-Pierre Clamadieu au poste de CEO en mai 2012 avec, toutefois, une envolée jusqu’à 132 euros (+ 53%) en avril 2015.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect