Les avions au sol, une addition salée pour Solvay

Selon les analystes, la CEO de Solvay, Ilham Kadri, devrait privilégier les sorties d'actifs plus modestes. ©Brecht Van Maele

Le chimiste belge se voit contraint de rabaisser la valeur de ses actifs de 1,5 milliard d'euros. La faute au Covid-19, qui cloue les avions au sol et bloque les commandes.

L'opération en soi n'a rien d'étonnant, mais elle en aura surpris plus d'un par son ampleur. Face aux vents contraires de la crise du Covid-19 qui ont fait plonger son chiffre d'affaires de 20% en avril et en mai, le groupe Solvay se pare d'atours moins clinquants.

Dans un contexte de chute des revenus des activités liées au pétrole, au gaz, à l’automobile et à l’aéronautique (jusqu'à -40%), le chimiste belge procède à une révision de ses actifs qui devrait se traduire par une dépréciation d'environ 1,5 milliard d’euros. Environ 80% de ce montant concerne le goodwill lié à l'acquisition, en 2015, de l'américain Cytec, numéro 2 mondial des matériaux composites pour l'aéronautique. Les 20% restants concernent diverses immobilisations corporelles et incorporelles.

Peau de chagrin

La nouvelle n'a pas surpris grand monde. Les avions cloués au sol ont réduit les carnets de commandes à peau de chagrin. Même chose pour l'automobile. Mais l'ampleur de cette dépréciation a pris plus d'un observateur de court. "Je ne m'attendais pas à une telle dépréciation. Un abaissement de valeur était prévisible, mais j'aurais plutôt imaginé une opération à quelques centaines de millions d'euros", dit Wim Hoste, analyste chez KBC Securities.

"La valorisation de Solvay reste attractive, mais les investisseurs n'aiment pas l'incertitude."
Wim Hoste
Analyste chez KBC Securities

Le titre a été sanctionné, lâchant plus de 4% mercredi. "La valorisation de Solvay reste attractive, mais les investisseurs n'aiment pas l'incertitude", souligne Wim Hoste.

Solvay paie la dépression de marchés sur lesquels il avait précisément basé son redéploiement stratégique. En rachetant Cytec pour 5,7 milliards de dollars, le groupe misait sur l'essor des matériaux composites, recherchés par les avionneurs pour réduire le poids de leurs avions, et donc leur consommation de carburant et leurs émissions de CO2. Les perspectives de commandes lui assuraient huit à dix ans de croissance substantielle.

Personne n'imaginait, alors, que Boeing se trouverait contraint de maintenir au sol ses 737 MAX et que la pandémie de coronavirus clouerait les gens chez eux, réduisant quasi à néant le trafic aérien, et par corollaire la demande d’avions civils.

Bouillon

L'automobile et les activités pétrolières prennent elles aussi le bouillon. Une autre mauvaise nouvelle pour Solvay, qui avait acquis en 2013 la société américaine Chemlogics pour s'ouvrir le marché nord-américain du pétrole et du gaz de schiste. Les activités ont reculé d'environ 20% en avril et en mai, après une solide dépréciation de Chemlogics l'an dernier.

Reste à voir si tout cela amènera le chimiste belge à réaménager son portefeuille. "J'ai le sentiment que la nouvelle CEO (Ilham Kadri, NDLR) ne procédera pas à une grosse révision mais privilégiera les sorties d'actifs plus modestes. D'autant que les polymères de spécialités et les matériaux composites offrent des synergies importantes", estime Nathalie Debruyne, analyse chez Degroof Petercam.

350
millions €
Ilham Kadri prévoyait fin 2019 jusqu'à 350 millions de réductions de coûts d'ici à 2024.

Ilham Kadri prévoyait fin 2019 jusqu'à 350 millions de réductions de coûts d'ici à 2024. La crise du Covid-19 risque de l'obliger à pousser un cran plus loin les économies. Premier indice: l’arrêt de l’activité industrielle dans les usines de Manchester (Royaume-Uni) et de Tulsa (États-Unis). Économie escomptée: 60 millions d’euros.

Le groupe ne devrait pas en rester là. Selon l'agence Bloomberg, Solvay envisage de vendre deux usines, dont une unité de production de carbonate de strontium (utilisé notamment dans le raffinage du sucre et de certains médicaments), qui pourrait rapporter 150 millions d'euros, et une usine produisant des matières premières pour shampoings et produits pour lave-vaisselle.

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