Les grands actionnaires de Nanocyl continuent à miser sur son avenir

Jean Stéphenne. ©Thierry du Bois

À l’exception de la CNP, tous les actionnaires de la spin-off ont suivi les dernières levées de fonds. Du beau monde pour un pari sur l’avenir.

Innover et viser le leadership mondial dans un secteur d’activité encore balbutiant nécessite non seulement une bonne dose de culot et de persévérance, mais aussi une grande dose de fidélité dans le chef de vos actionnaires… C’est le pari qu’a pris Nanocyl, la spin-off des universités de Liège et de Namur spécialisée dans la fabrication de nanotubes de carbone.

L’entreprise basée à Sambreville est toujours en phase de développement, quelque treize ans après sa création. Elle demeure en perte, mais voit ses résultats s’améliorer progressivement. C’était le cas en 2013, avec un chiffre d’affaires (non publié) en progression et des coûts en diminution; cela a aussi été le cas en 2014, apprend-on à bonne source. L’horizon se dégage petit à petit, témoin son objectif de devenir bénéficiaire cette année. Entre-temps, néanmoins, les actionnaires de la spin-off wallonne ont été à nouveau sollicités.

Un marché encore en devenir

Nanocyl incarne une des pépites technologiques que compte la Wallonie. Elle produit des tubes de carbone 100.000 fois plus fins qu’un cheveu. Ces nanotubes s’avèrent souples, résistants et très bons conducteurs électriques et thermiques. L’entreprise les commercialise dans trois grands secteurs: l’emballage pour l’électronique, l’automobile (conduites d’alimentation, pare-chocs…) et le stockage d’énergie (batteries). Elle dispose d’une série de brevets et cherche à s’imposer sur un marché international face à des concurrents de poids.

6,5 millions €
Ces douze derniers mois, les actionnaires de Nanocyl y ont réinjecté 6,5 millions d’euros, en deux opérations.

Seulement voilà, ce marché est encore petit à l’échelle mondiale, il représente quelque 200 tonnes (2014). Mais le potentiel est vaste: à moyen terme, il pourrait monter à 15 à 20.000 tonnes. Les perspectives sont prometteuses.

En attendant, il faut tenir bon. Fin 2013, Nanocyl avait terminé l’exercice sur une perte nette de 3,2 millions d’euros, ce qui avait gonflé le poste des pertes reportées à 29,2 millions. Du coup, les capitaux propres étaient descendus à 2,1 millions, en comparaison d’un capital souscrit de 5,3 millions. L’actif net étant inférieur à la moitié du capital souscrit, la procédure prévue à l’article 633 du code des sociétés a été déclenchée: l’assemblée générale des actionnaires a voté la continuité et le conseil d’administration a proposé d’augmenter le capital. Ce qui a été fait en avril 2014: 2,5 millions d’euros ont été apportés alors par les actionnaires de Nanocyl.

Jean Stéphenne. ©Thierry du Bois

Il faut savoir que ceux-ci représentent une jolie brochette de stars du monde des affaires belge. S’y côtoient en effet Jean Stéphenne, l’ancien CEO de GSK Biologicals, la Compagnie Nationale à Portefeuille (CNP) d’Albert Frère, la société d’investissement Mitiska, le holding Bois Sauvage, l’investisseur François Blondel, Yves Noël (Nomainvest, NMC), ainsi que deux véhicules d’investissement publics, un fédéral et un wallon: la SFPI et la SRIW.

Deux mois plus tard, en juin 2014, Nanocyl a réduit son capital et sa prime d’émission pour un total de 28,9 millions d’euros, ce qui lui a permis d’apurer quasiment toutes ses pertes reportées.

Nouveau tour de table

Et ce n’est pas tout. Il nous revient en effet que l’entreprise vient de lever de nouveaux capitaux frais auprès de ses actionnaires existants. Le deux mars dernier, elle a émis de nouvelles actions pour 4 millions d’euros, de quoi porter son capital à 7,9 millions. Les mêmes actionnaires ont suivi, à l’exception notable de la CNP, qui s’était déjà abstenue au tour précédent en 2014. Sur les douze derniers mois, Nanocyl a donc sollicité ses actionnaires pour un total de 6,5 millions d’euros.

Conclusion? La société continue d’investir dans le développement de ses produits et de ses marchés, ce qui continue à coûter beaucoup d’argent alors qu’elle ne génère pas encore de bénéfice. Ses actionnaires, qui représentent une impressionnante addition de CV prestigieux et d’expérience des affaires, continuent de lui faire confiance en "remettant au pot". Leur stature et leur fidélité constituent un solide gage de crédibilité pour Nanocyl, qui doit encore prouver son aptitude à dégager du profit. Rome ne s’est pas faite en un jour…

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