Mauvais scénario russe pour Solvay

Solvay fait aveu d’échec. Dans un communiqué diffusé ce matin, le groupe chimique a annoncé que son projet de rachat d’une soudière en Russie " n’a pu être finalisé ". Un retournement total ! Et dans les couloirs de Solvay, personne ne semble vraiment comprendre ce qui s’est passé.

Solvay fait aveu d’échec. Dans un communiqué diffusé ce matin, le groupe chimique a annoncé que son projet de rachat d’une soudière en Russie " n’a pu être finalisé ". Un retournement total ! Et dans les couloirs de Solvay, personne ne semble vraiment comprendre ce qui s’est passé.

Retour sur la genèse de cette opération. Signé le 8 septembre 2009, l’accord le liant avec Sodium Investments Limited avait pour objectif de prendre une part majoritaire dans OAO Bereznikovsky Sodovy Zavod et ZAO Berkhimprom. A cette époque, les négociateurs autour de la table se mettent d’accord sur une valeur d’entreprise pour les participations à environ 160 millions d’euros. Selon le planning diffusé à l’époque par Solvay, le bouclage de l’opération devait intervenir début 2010. Quant au pouvoir local, il soutenait le projet belge.

Le scénario prend aujourd’hui une toute autre tournure. Une volte-face ! Car visiblement le vendeur s’est finalement tourné vers un autre acquéreur. Avec l’assentiment de l’administration russe.

Que s’est-il vraiment passé ?

Dès le début du projet, Solvay se rend compte de la lenteur administrative quant à l'approbation du deal par les autorités russes. Interviennent dès lors les services diplomatiques belges. "C'est vrai que la diplomatie est intervenue en notre faveur. Il s'agissait pour nous de trouver un support pour faire avancer l'approbation", confie un proche du dossier. Jusqu'au plus haut niveau, les émissaires belges interfèrent en faveur du chimiste. Le Premier ministre Yves Leterme aurait même fait parvenir une lettre à son homologue russe Vladimir Poutine.

Un actif qui appartenait au groupe avant octobre 1917

Au-delà de l'aspect commercial et stratégie, les raisons qui poussent Solvay à racheter cette soudière sont historiques. Solvay assure en effet avoir été propriétaire du bâtiment historique de l'usine avant de se  faire confisquer le site par le pouvoir lors de la révolution d'octobre 1917. Il ne reste aujourd'hui qu'un bâtiment plus moderne.

Le 4 juin, au terme d’une procédure administrative de 5 mois, la proposition de Solvay visant à l’acquisition d’une part majoritaire de BSZ a été approuvée par les autorités fédérales russes de la concurrence (FAS). Mais voilà, le " hic " est que quatre jours plus tôt, le vendeur – Sodium Group  Investments – décide ne pas prolonger la validité de la convention d’achat-vente conclue avec Solvay.

Résultat, le même jour que la validation de la vente à Solvay, le gendarme russe de la concurrence autorise le groupe Bashkhim à prendre le contrôle de la soudière.

Solvay se rend compte de la supercherie le 9 juin. " Il est apparu que Sodium Groupe Investments avait vendu sa part majoritaire dans la soudière à Bashkhim. Ce dernier contrôlerait donc 65% du marché russe du carbonate de soude", admet Solvay.

Des pressions ont-elles abouti à favoriser une solution russe ? Une hypothèse que le Belge admet à demi-mot et qui " n’est pas très bonne pour l’image de la Russie vis-à-vis des investisseurs étrangers ", susurre un proche du dossier.

Une supposition avancée dans les couloirs de Solvay est que l'acheteur Bashkhim, qui exerce des activités de trading dans la chimie sur le sol russe, a craint de voir son monopole cassé avec l'arrivée de Solvay. La production de l'usine de Berezniki est actuellement vendue via le trading de Bashkhim.

Forcément, chez Solvay, c’est l’incompréhension. " On est profondément déçu par le processus administratif qui a abouti à ce résultat, en dépit de la nature concurrentielle de son projet ainsi que de son engagement à moderniser et à fournir un appui financier à la soudière dans l’intérêt de toutes les parties prenantes. "

La suite ? Le chimiste belge va examiner les " options stratégiques ". Il n’écarte pas un recours judiciaire.

Retour à la case de part

Bien qu’ayant 8 soudières dans le monde (7 en Europe et 1 aux Etats-Unis), le management de Solvay n’a jamais caché son intérêt par un actif à l’Est. En Asie, le groupe a été pendant longtemps à la recherche d’une soudière en Chine. Il pourrait désormais se tourner vers une autre région.

Quant à la Russie, ce projet d’acquisition devait permettre à Solvay de prendre pied dans le marché russe du carbonate de soude.  L’usine de carbonate de soude de Berezniki est un des trois principaux producteurs en Russie, avec une capacité de 500.000 tonnes par an. " Avec cette acquisition, Solvay poursuit clairement sa stratégie d’expansion géographique sur un marché très important ", expliquait à l’époque Vincent De Cuyper, directeur général du secteur Chimie chez Solvay. Un marché, qui plus est, " avec des perspectives de croissance enthousiasmantes ", surenchérissait l’un de ses collègues.

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