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Monsanto sera-t-il un clou dans le cercueil de Bayer?

Werner Baumann, CEO de Bayer, doit désormais gérer les casseroles de Monsanto et la colère de ses actionnaires. ©REUTERS

Bayer a été condamné pour la troisième fois pour les effets du Roundup sur la santé. Cette fois-ci, il devra verser 2,055 milliards de dollars à un couple américain. Depuis son rachat, il y a un an, Monsanto pèse sur Bayer. Mais à quel point?

Racheté 63 milliards de dollars il y a un an, l'américain Monsanto s'apparente de plus en plus à un boulet pour le géant allemand de la chimie Bayer .

• Aux États-Unis, le groupe fait face à quelque 13.400 plaintes pour les effets cancérigènes du glyphosate, la substance de l'herbicide de Monsanato, le Roundup.
• Près d'un an après cette acquisition, le chimiste allemand a perdu 46% de sa capitalisation. Jamais une société du Dax n'avait connu pire débâcle.
• Sans oublier la vaste opération de restructuration, initiée fin 2018 pour notamment atteindre les objectifs de synergie attendus de l'intégration Monsanto.

Une fusion qui pose question 

Tout commence en septembre 2016. Bayer annonce l'acquisition de l'Américain afin de devenir le numéro un mondial de l'agrochimie. Immédiatement, l'annonce pose question. Que vont penser les autorités de la concurrence? Que penser des plaintes qui commencent à affluer sur le glyphosate? Et quid du prix déboursé?

Les réponses ne sont pas toutes favorables à Bayer.

→ La Commission européenne ordonne de nombreuses cessions d'activité.

→ Les ONG, comme Campact, dénoncent: "L'acquisition de Monsanto signifie davantage d'OGM et de glyphosate dans les campagnes."

→ Quant au patron de Bayer, Werner Baumann, il rassure: "Bayer a les moyens de gérer la réputation de Monsanto en contrebalançant par sa propre image."

Mais les faits sont là et l'abandon du nom Monsanto ne calme pas le jeu, comme on l'espérait chez Bayer. Le semencier américain pèse sur les résultats du groupe. Ce dernier affichait pour le premier trimestre de l'année un résultat en recul de 36%.

©REUTERS

Outre le risque juridique direct de Monsanto, le groupe doit aussi affronter l'incertitude sur l'avenir commercial de l'herbicide qui est aussi accusé d'être néfaste pour l'environnement. Il a donc été retiré de nombreux rayons de magasins. 

D'autres casseroles 

De plus, Monsanto n'est pas la seule casserole du groupe. Aux plaintes contre le Roundup s'ajoutent quelque 31.000 requêtes contre l’implant contraceptif Essure de la division pharmaceutique de Bayer. En ce qui concerne son médicament vedette, l’anticoagulant Xarelto, Bayer a conclu un accord judiciaire sur les 25.000 plaintes collectives déposées aux États-Unis, notamment pour des cas de décès. Bayer payera aussi, avec le laboratoire pharmaceutique belge Janssen, 775 millions de dollars d’indemnités aux plaignants.  

Les analystes considèrent toutefois que pour l'heure que le pôle "pharma" Bayer a les reins solides.

Grogne des actionnaires

Dans le chef des actionnaires de Bayer, la colère gronde. Lors de la dernière assemblée générale, ils ont même refusé de donner la décharge à la direction. Ils évoquent une mauvaise évaluation du risque dans le rachat de Monsanto et aussi le déni dans lequel est plongé Bayer à chacun des procès "Roundup". Pourtant, le CEO Werner Baumann a été confirmé à son poste par ses actionnaires. Malgré leur colère, ils considèrent en effet qu'opérer un changement de direction maintenant plongerait la société dans le chaos.  

Mais la condamnation du jour risque d'envenimer la situation. Le groupe a été condamné à indemniser à hauteur de plus de 2,055 milliards de dollars un couple californien. L'action de Bayer a ouvert en net recul avant de se reprendre un peu. Pour les analystes, cette troisième condamnation d'affilée montre que les juges sont convaincus des fautes commises par l'entreprise.

Inquiétude des analystes

Bayer tente coûte que coûte de maintenir le navire à flot et affirme que le verdict du jour -dont il a déjà annoncé faire appel- n'augure en rien de l'issue des autres procès. Les analystes sont moins confiants.

"Les litiges liés au Roundup mèneront à un processus long et difficile et pèseront sur l'action Bayer, creusant ainsi l'écart entre les investisseurs des produits chimiques et ceux pour les produits de santé", indique-t-on chez Bloomberg Intelligence.

"Les sentiments à court terme sont terribles", lit-on dans une note de Citigroup. "Les risques juridiques pris en compte dans l'action ont ​​atteint environ 30 milliards d'euros." Les analystes de Bloomberg Intelligence portent leur estimation d'une valeur de règlement à 10 milliards de dollars.

D'autres analystes considèrent que la décision juridique du jour augmente la probabilité que Bayer devienne vulnérable à une reprise ou soit la cible d’investisseurs activistes, comme Paul Singer, d'Elliott Management Corp, qui réclame déjà une scission entre les actifs "agricoles" et les actifs "santé".

Plusieurs marches seront organisées ce week-end à Hambourg, Paris, Bâle, Porto, Toronto, Austin, San Diego, Santiago du Chili et Perth contre les activités de Monsanto et pour réclamer un autre modèle agricole. 

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