Multinationale belge de pointe cherche CEO visionnaire et réactif

©Wouter Van Vooren

Jean-Pierre Clamadieu en partance, Solvay se lance dans la recherche du successeur idéal. Les candidats ne devraient pas manquer. À eux de valoriser un maximum d’atouts.

Qui pour succéder à Jean-Pierre Clamadieu à la tête de Solvay? Le pronostic est ardu à un stade aussi précoce. D’autant que la réussite de la reconversion de ce fleuron de l’histoire industrielle belge dans la chimie de pointe risque de favoriser une multiplication des candidatures.

L’héritage laissé par le capitaine d’industrie français a de quoi séduire les observateurs et les marchés. Fort de sa réputation de sauveur de Rhodia, en grosses difficultés au début des années 2000, Clamadieu n’aura pas eu besoin d’un bail à rallonge pour rajeunir une vieille dame un peu décatie et la transformer en un acteur de premier plan dans la chimie de spécialités, porteuse de croissance et de marges juteuses.

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"Le choix du nouveau CEO sera crucial pour Solvay. Celui de Clamadieu était presque évident, ce ne sera pas le cas cette fois. Il faudra quelqu’un qui puisse confirmer la position de leader mondial à laquelle l’a hissé Jean-Pierre Clamadieu en le spécialisant davantage", souligne Baldwin Klep, associé auprès du chasseur de têtes Odgers Berndtson.

Le processus de recrutement d’un nouveau patron pour un groupe comme Solvay dure au moins trois mois. En principe, une première long list intégrant entre 10 et 20 candidats est établie après environ quatre semaines. Il s’agit de ratisser large: Solvay étant devenu une vraie multinationale, la recherche du candidat idéal doit s’étendre sur tout le globe.

Un entretien avec une sélection plus resserrée de postulants a ensuite lieu dans les bureaux du chasseur de têtes, en présence de la société cliente. "C’est important pour que nous puissions observer l’alchimie entre le candidat et l’entreprise", précise Baldwin Klep.

Pour décrocher la timbale, le futur patron de Solvay devra réunir un faisceau de qualités qui lui permettront de poursuivre le redéploiement du groupe dans ses nouveaux métiers.

"Un nouveau CEO a tendance à vouloir imprimer sa marque. Mais dans le cas de Solvay, il ne devra rien révolutionner, mais plutôt procéder à quelques retouches", estime Michel Ernst, conseiller actions chez CBC Banque.

Un visionnaire capable de prendre des décisions rapidement et sachant les vendre à son personnel et à ses actionnaires: ainsi pourrait-on résumer les prérequis du candidat idéal.

1. Visionnaire et réactif

"Jean-Pierre Clamadieu n’a pas mis des années à faire de Solvay un acteur majeur en chimie de spécialités. Son successeur devra avoir la capacité d’agir vite et bien pour conforter la position du groupe", résume Nathalie Debruyne, analyste chez Degroof Petercam.

Qu’est-ce à dire? Le futur CEO devra être en mesure de percevoir les évolutions du marché et de s’y adapter rapidement.

Le positionnement très pointu de Solvay nécessitera, dans le chef du futur administrateur-délégué, une capacité à détecter à temps les grandes évolutions de la demande dans le domaine des matériaux. "On parle déjà des smartphones dont les écrans pourront s’enrouler sur eux-mêmes. Il s’agira, dans le chef de Solvay, de réagir à temps à une telle évolution", dit Michel Ernst.

Dans un tel contexte, il faudrait idéalement embaucher un ingénieur qui a élargi ses centres d’intérêt à la gestion et au marketing, estime Baldwin Klep. "Un tel profil s’impose pour bien comprendre l’essence même de Solvay."

2. Rapidité de décision

C’est une des qualités marquantes dont peut se prévaloir Jean-Pierre Clamadieu. "Quand il a pris la direction de Solvay en 2012, il y a eu une certaine suspicion. La trajectoire de Rhodia n’a rien eu d’un long fleuve tranquille. Mais il a réussi à convaincre les plus sceptiques par son esprit d’initiative. Il n’a pas révolutionné Solvay mais il a accéléré sa marche en avant", résume Michel Ernst.

Pour lui, le nouveau CEO devra s’inscrire dans la lignée de ce qu’a réalisé le futur président d’Engie, en évitant de louper les éventuelles inflexions d’un marché en constante évolution.

3. Charismatique et organisé

Autre qualité requise: le charisme, tant en interne qu’en externe. Jean-Pierre Clamadieu savait se vendre, son successeur devra lui aussi faire montre de sa capacité d’organisation et de communication. "Un patron charismatique, c’est important pour la stabilité d’une entreprise", souligne Mary Pitsy oude Hendrikman, directrice de l’agence de chasseurs de têtes Pitsy & Partners.

L’ex-futur CEO du groupe a notamment réussi un joli coup en utilisant à fond le vecteur Solar Impulse pour valoriser Solvay aux yeux du monde.

"Un CEO doit pouvoir représenter efficacement son entreprise dans le monde. Il doit être un leader d’opinion. C’est notamment grâce à Clamadieu que Solvay a aujourd’hui une telle notoriété internationale", dit son confrère Baldwin Klep.

4. Un fin stratège…

La capacité de communiquer s’accompagne de l’aptitude à choisir les bonnes orientations pour le groupe.

"Avec Jean-Pierre Clamadieu, le portefeuille d’activités de Solvay a été transformé. Même si on ne peut exclure un nouvel élargissement du périmètre, la priorité à court terme sera de réorganiser le groupe en interne, et notamment de simplifier son organisation, pour favoriser la croissance des nouvelles activités et de l’offre de services", estime Nathalie Debruyne.

5… au sens politique aiguisé

À ces aptitudes stratégiques viendra s’ajouter la capacité à trouver les bons interlocuteurs et à savoir leur tenir le langage adéquat. Le futur CEO devra aussi avoir la capacité de "se mélanger" avec les grands PDG du globe.

L’intégration des grands enjeux écologiques et énergétiques sera également primordiale.

"Clamadieu est non seulement un bâtisseur, mais aussi un ‘influential’, un homme d’influence. Dans le domaine de la chimie, c’est très important parce que c’est par excellence un métier mondialisé et qui doit intégrer de nouvelles données telles que la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre", dit Mary Pitsy.

6. Capacité à bien s’entourer

Jean-Pierre Clamadieu n’est pas arrivé seul chez Solvay. Il a pris soin de s’entourer de sa garde rapprochée de Rhodia, à commencer par Pascal Juéry, passé du Comité exécutif de Rhodia à celui de Solvay.

Bien s’entourer, c’est aussi soigner ses relations avec les forces décisionnelles en place. "Le futur CEO devra avoir la capacité d’inspirer les cadres dirigeants", souligne Mary Pitsy.

7. Un patron empathique

"Solvay est une société ancienne dont l’actionnariat familial est de plus en plus éclaté parmi les différents héritiers. Il faudra donc que le futur patron fasse preuve d’empathie pour les convaincre d’adhérer à son projet", souligne Michel Ernst.

La gestion du personnel sera aussi très importante, à la fois pour motiver le personnel et pour attirer de nouveaux talents. "Tout l’enjeu sera d’attirer, de former et d’intégrer de nouveaux effectifs dans la nouvelle stratégie en évitant les conflits, tout en rassurant les actionnaires sur la volonté d’optimaliser la rentabilité de leurs investissements", ajoute Mary Pitsy.

La balle est à présent dans le camp des recruteurs. Selon la chasseuse de têtes, il faudra aussi éviter d’engager un "clone" de Jean-Pierre Clamadieu, pour ne pas s’exposer à un jeu de comparaisons oiseux.

Le retour d’un CEO belge paraît peu probable. "Solvay est aujourd’hui présent dans 58 pays, dont les Etats-Unis depuis le rachat de Cytec. Le futur PDG devra avant tout être ouvert au monde. C’était le cas de Jean-Pierre Clamadieu, qui a dirigé la division Amérique latine de Rhodia", conclut Baldwin Klep.

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