"Nous, actionnaires de Solvay, avons un engagement moral à témoigner dans cette crise"

Jean-Pierre Delwart, président, en appelle aux 14.000 actionnaires de Solvac, le monoholding détenant un peu plus de 30% de Solvay, pour qu'ils contribuent au fonds de solidarité du groupe chimique. ©Anthony Dehez

Jean-Pierre Delwart, président du holding Solvac qui détient 30% des actions du groupe chimique, appelle au soutien financier des actionnaires. Pas que pour aider les employés dans la crise du coronavirus, mais bien pour s'inscrire dans un capitalisme plus humain.

L'encre est à peine sèche, le message solennel. "Chers actionnaires, la crise à laquelle nous sommes confrontés a vu naître des initiatives diverses dont le trait commun est la solidarité", détaille un courrier reçu ce vendredi par les quelque 14.000 actionnaires de Solvac, le monoholding détenant un peu plus de 30% de Solvay.

Ces quelques lignes introduisent une demande pour le moins originale dans l'histoire de la société quasi quadragénaire qui représente, entre autres, les intérêts des familles fondatrices au sein du groupe chimique. Il s'agit en l'espèce d'un appel à contribution, unique et à titre personnel, du tiers du solde du dividende ex-2019. L'objectif: répondre à l'urgence sociale découlant de la pandémie.

En cas d'aval massif, cette opération pourrait permettre de dégager un montant de 24 millions d'euros, qui viendrait alimenter le Fonds de Solidarité lancé début avril par la CEO de Solvay Ilham Kadri afin de venir en aide aux employés du groupe (et à leurs proches) qui, du fait de la crise, se trouveraient en situation de grande difficulté ou de détresse majeure.

Après tout, l'urgence est réelle. De premiers cas pointent en effet déjà le bout de leur nez, comme cette collaboratrice qui a perdu sa fille, jeune maman, et a été forcée de démissionner pour s'occuper d'un bébé désormais orphelin; ou demain, qui sait, certains travailleurs aux USA pour lesquels le régime de sécurité sociale est pour le moins plus timide qu'en Belgique.

15 millions réunis depuis mai

Pour donner l'exemple, le top management de Solvay a dès le départ mis la main à la poche. La numéro un en tête, suivie du président du conseil, Nicolas Boël, tous deux ayant consenti à une réduction salariale de taille, quand les cadres dirigeants suivaient en donnant 15% de leur salaire du reste de l'année. Inspirant même Cofinimmo, WDP et Ageas.

De son côté, l'appel entendu, Solvac – CA compris – faisait début mai une promesse de dons de 10 millions d'euros minimum, de quoi porter la cagnotte du fonds à une quinzaine de millions déjà à l'époque.

C'est déjà bien, certes, mais cela ne représente pas le plein potentiel – au total ce sont quelque 32 millions qui peuvent être levés auprès des titulaires d'actions nominatives appelés à contribuer – de ce qui pourrait faire figure d'exemple du "capitalisme responsable", évoque Jean-Pierre Delwart, président du conseil du holding.

32
millions €
Si 15 millions avaient déjà été mis sur la table pour le fonds de solidarité début mai, au total ce sont quelque 32 millions qui peuvent être levés auprès des titulaires d'actions nominatives appelés à contribuer.

C'est pourquoi ce courrier a été adressé aux actionnaires, dont 2.300 descendants d'Ernest Solvay, qui fut un "véritable pionnier de la sécurité sociale à la fin du XIXe, qui n'allait se généraliser qu'après la Première Guerre mondiale", le restant étant composé notamment d'anciens employés du groupe.

"En tant qu'actionnaire, à côté de notre mission de soutien de la croissance d’un leader mondial, il est clair que nous avons un engagement moral à témoigner dans cette crise: vis-à-vis du personnel de Solvay, mais aussi de la société dans son ensemble", dit Delwart.

"On a une carte à jouer en matière de capitalisme responsable dans cette crise."
Jean-Pierre Delwart
Président du CA de Solvac

D'ailleurs, en ce sens, les fonds levés seront aussi utilisés, l'urgence passée, afin de venir en aide aux organisations d'aide et de soins, de même qu'à la recherche.

"Je suis confiant que nous serons entendus chez Solvac", avance Jean-Pierre Delwart. Pour ce qui est de Solvay, où l'on retrouve aussi des actionnaires institutionnels plus difficiles à convaincre, une opération séduction sera lancée pour faire avancer les choses, circule-t-il, après la nomination, dans quelques semaines, d'un président honoraire au profil international qui viendra compléter un trio composé de la CEO de Solvay, d'un représentant de la Fondation Roi Baudouin, en la personne de Dominique Allard, et de l'ancien président du comité exécutif du groupe chimique (de 2006 à 2012) Christian Jourquin.

De son côté, Solvay a entre-temps mis en ligne un formulaire destiné aux doléances de ses collaborateurs.

"Quelle résilience!"

"Une bien drôle de période", glisse-t-on à Jean-Pierre Delwart, qui quittera la présidence de Solvac en mai prochain. Du bout de la table – distanciation sociale oblige -, l'ancien patron de la biotech Eurogentec et de l'UWE acquiesce. "Mais je suis impressionné par la résilience dont ont fait preuve bon nombre d'acteurs, de même que par leur créativité", qu'un gouvernement fédéral est venu porter "avec toute une série de mesures économiques très valables".

Cette donne lui permet de se dire confiant quant à l'avenir. "D'autant que la réflexion autour d'un retour à la normale – quelle normale? - anime particulièrement la prochaine génération, qui est pour cela bien meilleure que nous l'avons été", conclut-il.

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