"Sans le gaz de schiste, nous ne pourrions pas investir 3 milliards à Anvers" (Ineos)

©Wim Kempenaers

Ineos a officiellement confirmé, mardi, son investissement dans le port d’Anvers. Il va se monter, au total, à 3 milliards d’euros. Le site sera approvisionné principalement avec du gaz de schiste venu des Etats-Unis.

"Il y a eu une vraie compétition, nous avons regardé différents sites, mais Anvers l’a emporté avec une avance claire", souligne Jim Ratcliffe, le PDG d’Ineos, concernant sa décision d’investir 3 milliards d’euros dans le port d’Anvers.

Le géant de la chimie va en effet, comme L’Echo (5 janvier) l’avait annoncé, y construire un craqueur d’éthane et une usine de déshydrogénation du propane pour produire de l’éthylène et du propylène, des matières de base de produits chimiques utilisés dans des secteurs aussi divers que l’automobile, la construction, le textile, les cosmétiques ou la pharmacie. Un investissement total qui atteindra 3 milliards d’euros – 2,7 milliards d’euros pour les deux installations elles-mêmes, et le solde pour les infrastructures qui vont les accompagner. C’est le plus gros investissement réalisé par l’industrie chimique en Europe en une génération. Et il devrait générer 400 emplois directs.

Un choix assez naturel

Si la concurrence a été rude, notamment avec Rotterdam, qui s’est démené pour décrocher cet investissement, le choix d’Anvers s’est révélé assez évident.

D’abord, parce que le groupe, qui y a vu le jour il y a plus de 20 ans (lire l’encadré), peut y tabler sur un relationnel fort. Mais surtout, parce que le pôle pétrochimique d’Anvers présente des atouts difficiles à battre. Deuxième au monde en taille après Houston, il est très interconnecté, avec notamment tout un réseau de pipelines. Et surtout, dans le cas d’Ineos, qui compte 9 sites industriels en Belgique dont 6 à Anvers, il abrite aussi l’essentiel des usines qui vont absorber la production des deux nouvelles installations. "Nous fabriquons par exemple à Lillo de grandes quantités de polyéthylène, explique Andy Currie, directeur d’Ineos. Nous faisons aussi du polystyrène. Et pour cela, nous achetons actuellement les matières premières à d’autres, ce qui nous rend dépendants. Demain, nous assurerons nous-mêmes notre approvisionnement."

"Les gouvernements européens ont le pouvoir de pousser la chimie hors d’Europe. Mais nous estimons que la Belgique est sensible à ce problème."
Jim Ratcliffe
PDG d’Ineos

Alors que l’industrie en général se plaint souvent du coût du travail en Belgique, et la pétrochimie du coût de l’énergie dans notre pays, ces facteurs n’ont pas constitué un obstacle majeur, affirme le PDG d’Ineos. "Le coût du travail n’est pas le poste le plus lourd dans la chimie, et nous avons une très bonne expérience en Belgique, où l’on peut trouver du personnel très capable et très bien formé, justifie Jim Ratcliffe. Le coût de l’énergie, lui, est un vrai enjeu, mais c’est une question qui se pose au niveau européen plus qu’au niveau belge."

©Wim Kempenaers


Le type d’activités qu’Ineos va déployer à Anvers utilise en effet le gaz comme matière première. Du gaz qui, suite notamment au développement des gaz de schiste, est nettement moins cher aux Etats-Unis. Mais Ineos, qui importe déjà du gaz de schiste au Royaume-Uni, compte couvrir les besoins de son site d’Anvers en augmentant ces importations. "Sans cela, le retour sur investissement ne pourrait pas justifier notre décision d’investir à Anvers", souligne Jim Ratcliffe, qui a profité de sa présence à Anvers pour lancer un avertissement aux gouvernements européens. "L’énergie et le climat sont des enjeux importants, mais il faut rester compétitif dans le monde. Si vous êtes compétitifs, vous avez des investissements, et vous avez des emplois. Les gouvernements européens ont le pouvoir de pousser l’industrie chimique hors d’Europe et de fermer toutes les usines. C’est une de nos plus grandes préoccupations. Mais nous estimons que la Belgique est sensible à ce problème."

Un géant né à Anvers

Le groupe Ineos a été créé en 1998 par l’entrepreneur britannique Jim Ratcliffe qui, selon la presse anglaise, est devenu la plus grande fortune du Royaume-Uni. Il comptait à l’époque un seul site, à Zwijndrecht, tout près d’Anvers, où il employait 400 personnes et réalisait un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros.

Il a grandi à coups d’acquisitions, dont celle du groupe de pétrochimie Innovene, filiale de BP, rachetée en 2005 pour 9 milliards de dollars, qui lui a permis de changer d’échelle. Il compte aujourd’hui près de 20.000 employés, actifs sur 171 sites dans 24 pays, et réalise un chiffre d’affaires de 60 milliards de dollars, dont plus de 10% dans le Benelux.

Ineos n’est pas coté en Bourse, et est à 60% dans les mains de Jim Ratcliffe. Ses spécialités chimiques sont utilisées dans des domaines aussi divers que l’automobile, la construction, le textile, les cosmétiques, la pharmacie ou l’électronique.

Il n’est pas seulement actif dans la pétrochimie: il a aussi fait l’acquisition de champs pétroliers et gaziers au Royaume-Uni, au Danemark et en Norvège, et il croit beaucoup au gaz de schiste. C’est Jim Ratcliffe qui a organisé, fin 2016, l’arrivée de la première cargaison en provenance des Etats-Unis au Royaume-Uni.

En Belgique, où le groupe a notamment acquis des divisions de BP, Dow, Solvay ou Degussa, Ineos compte actuellement 9 sites de production, dont 6 à Anvers, et deux laboratoires de recherche, à Neder-over-Heembeek et Jemeppe-sur-Sambre.

Il avait annoncé en septembre un investissement de 100 millions d’euros pour augmenter la production de PVC sur son site de Jemeppe-sur-Sambre.

 


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