Trois femmes CEO dans le Bel 20

Ilham Kadri (Solvay), Isabelle Kocher (Engie) et Dominique Leroy (Proximus). ©mfn

Ilham Kadri rejoint Dominique Leroy et Isabelle Kocher dans le rôle de pionnière des sociétaires du Bel 20 à Bruxelles. Un mieux, mais il reste du chemin à parcourir.

Avec la nomination d’Ilham Kadri à la tête de Solvay, le nombre de CEO féminins dans les sociétés cotées composant l’indice Bel 20 passe de deux à trois (avec Dominique Leroy chez Proximus et Isabelle Kocher chez Engie), et même d’une à deux si l’on se limite aux entreprises belges... Toutefois, comme le souligne Isabella Lenarduzzi, la fondatrice de Jump: "C’est une super nouvelle, mais c’est aussi l’arbre qui cache la forêt."

16% de directrices

La loi belge imposant un quota d’au moins un tiers de femmes dans les conseils d’administration des sociétés cotées et des entreprises publiques n’est toujours pas entièrement appliquée, déplore-t-elle. Allusion, notamment, à AB InBev qui a profité de son retoilettage statutaire consécutif au rachat de SABMiller pour retarder de deux ans le délai d’application de la loi.  En théorie, toutes les cotées belges devraient aujourd’hui compter un tiers de femmes dans leurs conseils d’administration. Un effort reste donc à fournir.

«C’est une super nouvelle, mais c’est aussi l’arbre qui cache la forêt.»
Isabelle Lenarduzzi
fondatrice de Jump

Aux comités de direction des grandes entreprises, elles occupent actuellement 16% des postes: mieux qu’il y a dix ans, où le taux oscillait entre 9 et 10%, mais toujours peu en comparaison du taux d’emploi global de la gent féminine et de leur part dans la population des diplômés universitaires (60%). A l’échelle européenne, nous nous situons juste au-dessus de la moyenne, qui est de 15% des directeurs. Pas de quoi pavoiser...

Dans les pays voisins, la France se distingue favorablement avec 42% de femmes dans les conseils d’administration des sociétés cotées. Si les Français appliquent avec plus de zèle la loi Copé-Zimmermann, qui impose un quota de 40%, ils le doivent sans doute à l’existence de sanctions en cas de non-respect: la loi prévoit le gel des jetons de présence des administrateurs. Les Norvégiens se situent également à la tête du combat pour l’égalité des genres dans les fonctions dirigeantes.

"Pas de volonté politique"

"Si AB InBev était cotée en Norvège, la société se verrait pénalisée", estime Isabella Lenarduzzi. "Tout dépend au fond de la volonté politique. En Belgique, il n’y en a pas. Je vous rappelle que la N-VA et l’Open VLD avaient voté contre la loi sur les quotas, à l’exception de Gwendolyn Rutten. On n’a pas mis en place de contrôle ni de sanctions pour encadrer la loi. Résultat, les sociétés font ce qu’elles veulent. Elles ne bougent que lorsqu’elles sont soumises à forte pression médiatique et citoyenne."

Ce qui explique que les sociétaires du Bel 20 se montrent globalement meilleures élèves que l’ensemble de la population des sociétés cotées: elles sont plus visibles.

Que Solvay s’inscrive en pointe sur ce front constitue une agréable surprise. L’entreprise est plutôt réputée masculine.

Ceci dit, que Solvay s’inscrive en pointe sur ce front constitue une agréable surprise. L’entreprise est plutôt réputée masculine, c’est une ancienne "boîte d’ingénieurs", un métier resté très "mâle" (20% de femmes seulement en Wallonie). Solvay a récemment entamé sa mue sur ce plan: elle a élargi son comité de direction en début d’année en y faisant entrer une première femme, en charge des Ressources humaines. Elles y seront deux désormais.

Le marché pourra y voir un signe que les choses commencent à changer. Diverses études montrent, pour rappel, qu’une direction diverse donne de meilleurs résultats en termes d’innovation, de bien-être et de performances.

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