interview

"Une année de transition pour Solvay" (Ilham Kadri, CEO)

Pour Ilham Kadri, les résultats trimestriels de Solvay "restent solides". ©Dieter Telemans

Pour ses premiers résultats trimestriels, la nouvelle CEO de Solvay Ilham Kadri se montre prudente en raison de la conjoncture difficile.

Difficile entrée en matière pour Ilham Kadri. La nouvelle CEO de Solvay, qui a succédé à Jean-Pierre Clamadieu le 1er mars dernier, a dévoilé mardi des résultats trimestriels en demi-teinte, assombris par la perspective d’une "conjoncture difficile" persistante.

Pour faire simple, le groupe chimique belge a vu ses volumes baisser de 2,7% dans les secteurs de l'automobile, de l'électronique, du pétrole et du gaz. Mais les prix nets positifs ont compensé ces difficultés.

Le chiffre d'affaires trimestriel a progressé de 3,2% sur un an, à 2,571 milliards d'euros, grâce aux effets de change. L’entreprise affiche un Ebitda en hausse de 2%, mais cette progression est due elle aussi aux effets de change. Le groupe a vu son bénéfice net progresser de 18% à 289 millions d'euros.

"Ces résultats du premier trimestre sont conformes à nos attentes, compte tenu des conditions macroéconomiques défavorables qui ont pesé sur les marchés" en question, nous a expliqué la nouvelle CEO. "Certes, notre Ebitda s’est stabilisé au premier trimestre. Mais les résultats restent solides. Notre portefeuille de produits est suffisamment résistant pour faire face à de mauvaises conditions. Mon travail est toutefois d’être réaliste. C'est pourquoi j'ai révisé nos perspectives(...). Car il est clair que 2019 sera un défi. Les guerres commerciales comme celle qui oppose les États-Unis et la Chine ne nous facilitent pas la tâche. Je suppose donc que 2019 sera une année de transition pour Solvay."

"D’ici la fin de l’année, je serai en mesure d’en dire davantage sur ma stratégie".
Ilham Kadri
CEO de Solvay

Pour l'ensemble de l'année, Solvay table désormais sur un Ebitda "stable voire légèrement en baisse", en raison de la conjoncture moins bonne dans l'automobile, le gaz et le pétrole notamment. Un discours qui prêche par excès de prudence? "Je n'ai commencé ici que le 1er mars", rétorque Ilham Kadri. "Je fais mes classes. D'ici la fin de l'année, je serai en mesure d'en dire davantage sur ma stratégie et sur les objectifs que je souhaite atteindre."

Des vents contraires

Dans la division "Matériaux avancés", dont l’automobile et l’électronique représentent 40% du chiffre d’affaires, c’est la croissance "à deux chiffres" des secteurs aéronautique et militaire qui a permis de sauver les meubles.

Grâce à l'acquisition de l’américain Cytec, Solvay est en effet devenu un grand fournisseur de composites pour l'industrie aéronautique, pour Boeing (avec le 737 MAX ou le 777X notamment) et Lockheed Martin (pour le F-35). Le chimiste belge est aussi présent sur le moteur Leap de CFM international qui équipe les moyen-courriers. Ilham Kadri indique que les déboires du Boeing 737 MAX n’ont pas affecté Solvay: "Boeing n'a pas ajusté son carnet de commandes. Ils sont convaincus qu'ils vont résoudre le problème. Nous parlons chaque semaine avec eux et ils sont très sérieux à ce sujet. Nous continuons donc de fournir des matériaux pour la production de 52 avions par mois. Rien n'a changé."

"L'industrie automobile est en effet une activité cyclique".
Ilham Kadri
CEO de Solvay

Pour l’automobile, la CEO reste optimiste malgré les vents contraires: "Ce segment n’est pas sans importance. Les ventes de voitures ont diminué de 2 à 3% en Europe. En Chine, il y a même une diminution à deux chiffres. Mais je suis convaincue que tout va revenir dans le vert. L'industrie automobile est en effet une activité cyclique. Mais nous devons également travailler sur de nouveaux produits. Pour que davantage de métal dans la voiture soit remplacé par des matériaux légers. Nous avons des composites thermoplastiques qui sont résistants à la température, recyclables et donc durables." De leur côté, les ventes de smartphones -une des nouvelles vaches à lait du groupe- ont également diminué. "J'ai parlé à nos clients, rassure Ilham Kadri. Ils sont convaincus que les ventes vont repartir."

Pas de regrets

Paradoxalement, les activités plus anciennes de Solvay, comme le carbonate de soude, se portent parfois mieux que certaines nouvelles spécialités. De quoi nourrir quelques regrets, le groupe s’étant défait d’une grande partie de la chimie traditionnelle? "Je ne suis pas ici pour me sentir désolée", fait valoir la CEO franco-marocaine. "Nous allons encore investir dans le carbonate de soude. Non pas que l’on souhaite se développer dans ce domaine, mais parce que nous voulons rendre la production plus verte, plus durable. Les émissions de CO2 doivent être réduites. Si nous pouvons augmenter progressivement la capacité, c'est un bonus intéressant."

Dernière question: la trésorerie est en baisse. S’agit-il d’une déception? "Le free cash-flow est roi, conclut Ilham Kadri. C'est donc l'une de mes principales préoccupations. Tout comme je veux garder les coûts sous contrôle. C'est pourquoi je dois bien faire mes devoirs."

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