Publicité
innover

Une trouvaille biologique pour des stations d'épuration plus efficaces

La station d'épuration de Lives-sur-Meuse sert de test pour le pilote de Be Flow. ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Réduire le volume des boues d'épuration pour accroître la capacité des stations, telle est la solution de John Cockerill pour faire face aux besoins grandissants d'épuration des eaux usées.

Pour épurer les eaux usées avant de les rejeter en rivière, notamment, le principe n'est certes pas neuf. De bassin en bassin, les eaux usées sont brassées, aérées et décantées jusqu'à ce que toutes les matières en suspension se déposent. L'adjonction de bactéries permet de détruire la plupart des composants organiques en suspension. En fin de processus, ces boues actives et épuratrices seront séparées des eaux résiduelles qui pourront être rejetées ou réutilisées. Les boues elles-mêmes sont soit retraitées et valorisées, soit réinjectées dans le processus d'épuration pour réactiver les bactéries qui les composent.

Simple, efficace et éprouvé, le processus biologique souffre tout de même de quelques défauts: son encombrement d'une part, et son relatif manque de souplesse d'autre part. Pour absorber de grands volumes d'eaux usées, les stations d'épuration doivent étendre leurs bassins et chenaux sur de grandes surfaces. Par ailleurs, la taille des bassins, de même que le volume de bactéries nécessaires pour procéder au traitement efficace des eaux doivent être calculés sur la base du volume maximal des eaux à absorber. Volumes qui peuvent varier fortement en fonction des intempéries et de la consommation humaine, surtout lorsque les deux sources d'eaux sont jointes dans le même processus d'épuration.

Agglomérer les bactéries

La division "Environnement" de John Cockerill travaille depuis plusieurs années sur une amélioration de ce processus biologique, pour en accroître les capacités d'absorption et l'efficacité des bactéries. "L'un des grands défis des stations d'épuration du futur est leur taille et leur capacité d'absorption. Il faut arriver à concevoir des systèmes d'épuration plus compacts sans être plus gourmands en énergie", analyse Alain Desvignes, responsable du traitement des eaux au sein de John Cockerill Environnement.

"Certaines bactéries peuvent s'agglomérer en microboulettes de près d'un millimètre d'épaisseur. Cette technique d'agglomération, sans coagulant additionnel, permet de doubler la concentration de bactéries par m³ d'eau."
Alain Desvignes
Responsable du traitement des eaux au sein de John Cockerill Environnement

Le projet Beflow est à l'étude depuis trois ans, en collaboration avec le Cebedeau, le centre de recherche sur l'eau de la Région wallonne. L'idée de base est d'agglomérer les bactéries en granulats pour réduire le volume des boues, et de la sorte la taille des stations. "Certaines bactéries peuvent s'agglomérer en microboulettes de près d'un millimètre d'épaisseur. Cette technique d'agglomération, sans coagulant additionnel, permet de doubler la concentration de bactéries par m³ d'eau. Partant de ce constat, cela permet de réduire la taille des stations par deux, ou de doubler leur capacité de traitement", poursuit Desvignes.

Cette technique de granulation n'est pas la seule amélioration qui permet de réduire la taille des stations d'épuration. Il existe aussi des systèmes à membranes qui permettent de filtrer davantage les eaux usées, ou des biofiltres sur lesquels sont fixées les bactéries. "Mais dans un cas comme dans l'autre, les processus sont assez complexes à mettre en œuvre, et donc assez fragiles. Ils nécessitent une énergie importante, en matière de pompage notamment", affirme Desvignes.

Économe

900.000
euros
Le développement de ce nouveau processus a nécessité un budget global de 900.000 euros financé en partie par la Région wallonne.

Le processus Beflow reste classique dans le travail biologique des bactéries. Il ne nécessite donc pas de motorisation complémentaire, ni de consommation d'énergie accrue. Au contraire, sa faible consommation en oxygène pour nourrir les bactéries permet même un peu d'économies d'énergie.

Par rapport à d'autres techniques d'épuration par des boues granulaires, Beflow peut fonctionner en flux continu, alors que les solutions alternatives doivent travailler par "batch", par bassins tampons successifs. "C'est gérable, si l'on ne doit pas faire face à de grandes variations de débits", précise Desvignes.

"C'est typiquement la taille de station pour lesquelles le système a été mis au point: de 20 à 40.000 équivalents-habitant."
Alain Desvignes
Responsable du traitement des eaux au sein de John Cockerill Environnement

L'unité pilote de Beflow, qui tient dans un grand conteneur actuellement, finalise sa mise au point à la station d'épuration de Lives-sur-Meuse, à quelques encablures de Namur. "C'est typiquement la taille de station pour lesquelles le système a été mis au point: de 20 à 40.000 équivalents-habitant." Ce pilote tourne depuis près d'un an et a été présenté il y a quelques jours à un salon professionnel à Lyon, ce qui marque le début de sa commercialisation.

Le développement biologique du processus s'accompagne d'un outil technologique d'aide à l'installation. "Durant tout le développement, nous avons pu collecter un très grand nombre de données sur la gestion des flux et sur les conditions de vie de la biomasse, notamment. Cela nous permet d'élaborer des systèmes de gestion prédictifs pour détecter des pollutions, des concentrations trop fortes de bactéries ou encore de dysfonctionnement dans le processus. Ce qui peut réduire les coûts de fonctionnement et de maintenance."

Le développement de ce nouveau processus a nécessité un budget global de 900.000 euros, financé en partie par la Région wallonne.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés