analyse

Vers une surenchère pour l'isolation et les mousses souples de Recticel?

©Emy Elleboog

L’irlandais Kingspan fait une offre "surprise" sur deux divisions de Recticel. De quoi la laisser riche en cash, mais avec peu d’activités.

C’est la grosse annonce qui a animé la séance boursière de ce mardi à Bruxelles. Recticel a reçu une offre de rachat formelle de son concurrent irlandais Kingspan pour ses divisions isolation et mousses flexibles pour un montant total de 700 millions d’euros sans les dettes et liquidités financières. À titre de comparaison, la capitalisation boursière de l’ensemble du groupe pèse un peu moins de 500 millions d’euros (400 millions d’euros avant la flambée de l’action).

700
millions
L’offre valorise les deux divisions (isolation et mousses souples) à 700 millions d’euros sans le cash et les dettes.

Suite à cette annonce, la cotation de Recticel a été interrompue à 11h30 dans l’attente de la publication d’un communiqué de presse. Avant sa suspension, le titre bondissait de 21% à 9 euros. Finalement, Recticel communiquera vers 17h avoir pris connaissance de cette offre. "L’offre non contraignante de Kingspan est subordonnée à un contrôle préalable et satisfaisant des livres, à un accord sur la documentation de la transaction (y compris une clause de modification défavorable importante) et à l’obtention des autorisations antitrusts. Le conseil d’dministration de Recticel analysera la proposition conformément à son obligation de fiduciaire et informera le marché. Il n’est pas certain que la proposition aboutisse à un accord de cession d’une ou de plusieurs divisions et, dans l’affirmative, si une autorisation antitrust peut être obtenue", a détaillé la société.

Depuis le début de 2018, la direction de Recticel s’active pour vendre sa division automobile qui comprend deux pôles. Un premier pas a été franchi en ce sens avec la cession de 75% de Proseat fin 2018 à un groupe japonais. Reste encore à céder le solde de sa division automobile constitué par le pôle "interiors" qui comprend des revêtements sur mesure pour l’habitacle comme les tableaux de bord ou les panneaux de portes. À côté de l’automobile, de l’isolation et des mousses flexibles, Recticel dispose d’une quatrième division: la literie.

"Il y a toujours un potentiel de hausse."
Nathalie Debruyne

Du côté des analystes qui suivent la valeur, les avis ne sont pas spécialement favorables. Recticel est ainsi sous-évaluée selon Nathalie Debruyne de chez Degroof Petercam. L’action a été fortement sous pression en raison de mauvaises performances du secteur automobile. Cela a retardé la vente de la division automobile et le prix obtenu ne sera vraisemblablement pas aussi haut qu’espéré.

Degroof Petercam valorise les divisions isolation et mousse souple à 750 millions d’euros. "Nous partons des prévisions de bénéfices pour 2019, qui ne tiennent d’ailleurs pas encore compte de la nouvelle usine d’isolation en Finlande. Cela ne contribuera aux bénéfices qu’à partir de 2020. Cela signifie qu’il y a toujours un potentiel de hausse", a déclaré Nathalie Debruyne à nos confrères du Tijd. La maison de Bourse Berenberg a calculé le mois dernier la valeur des mousses isolantes et souples à 514 et 257 millions d’euros, soit un total de 771 millions d’euros.

Les Irlandais de Kingspan n’en sont pas à leur coup d’essai. Ils avaient déjà tenté, en 2011, de mettre la main sur la division isolation en proposant un montant estimé à 240 millions d’euros. Leurs avances avaient été repoussées par Recticel.

Partie tierce d’accord?

Il faut en effet se poser la question de l’intérêt d’une telle vente pour Recticel. Si elle mène a bien la vente de sa division automobile et qu’elle vend ensuite deux autres départements à Kingspan, il ne lui restera plus que sa division matelas et une très grosse trésorerie, de quoi changer drastiquement son avenir. Surtout si la vente se réalise, il faudra clairement se demander que faire du cash à une heure où les liquidités sont abondantes sur les marchés.

Les analystes de Kepler Cheuvreux y voient l’opportunité d’un beau dividende exceptionnel pour les actionnaires et l’opportunité de se recentrer sur la literie et l’automobile.

Certains analystes insistent toutefois sur le fait que l’offre doit être considérée sérieusement. C’est le cas Kepler Cheuvreux qui met en avant une "offre colossale" qui représente 11,3 fois la valeur d’entreprise/ebitda pour l’isolation et 5 fois pour les mousses flexibles. Les analystes de Kepler Cheuvreux y voient l’opportunité d’un beau dividende exceptionnel pour les actionnaires et l’opportunité de se recentrer sur la literie et l’automobile. KBC y voit également l’opportunité de commencer à négocier, indiquant que la valorisation correspond à celle qu’elle a calculée, mais que l’offre n’était certainement pas une "offre que l’on ne pouvait pas refuser".

Reste la question de la tierce partie alors que Kingspan a indiqué avoir conclu un accord de partenariat avec une tierce partie pour la cession de toutes les activités liées aux mousses souples. "Kingspan n’a fourni à Recticel aucun détail, y compris, mais sans s’y limiter, l’identité, la nature, la raison d’être ou la contrepartie à payer pour la division mousses souples, à l’égard de cette tierce partie", communique encore Recticel. C’est le groupe Bois Sauvage qui est l’actionnaire de référence de Recticel (assez bizarrement l’action Bois Sauvage n’a pas été suspendue et a pris 7,24% sur la journée) avec une participation de 29,89%. Ce bloc comprend l’autocontrôle (1,1%) et la part d’Entreprises et Chemin de fers en Chine (0,53%). BNP Paribas Investment et KBC Asset Management détiennent chacun 3,01%. Le holding compte trois représentants au conseil d’administration sans compter le CEO de Recticel, non-étiqueté, sur un total de 10 administrateurs. Les six autres ont tous le statut d’administrateurs indépendants.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect