portrait

Werner Baumann, l'artisan du deal contesté avec Monsanto

Le patron de Bayer a présenté jeudi des résultats dopés par la performance de sa filiale Monsanto. Au printemps 2019, Baumann s’était vu refuser le quitus par les actionnaires, précisément à cause de Monsanto qui reste un risque important pour le groupe allemand.

C’est avec soulagement que le président du Directoire du groupe, Werner Baumann, a présenté les résultats 2019 du géant allemand de la chimie. "Nous avons atteint nos objectifs financiers, malgré un environnement de marché difficile, notamment dans l’agrochimie", s’est-il félicité. Le bénéfice net de Bayer a progressé l’an passé de 141%, à 4,1 milliards d’euros, après une année 2018 plombée par le pari du rachat du semencier américain Monsanto. Le bénéfice opérationnel Ebitda a lui progressé l’an passé de +28,3% à 11,5 milliards d’euros. La division pharmacie du groupe, pilier traditionnel de Bayer, a vu baisser ses coûts, notamment en Chine. Mais l’essentiel de la progression est dû à la division Crop Science, celle des semences et des pesticides et donc de Monsanto, dont le bénéfice opérationnel a bondi de 81% sur un an.

Octobre 1962 : naissance à Krefeld, dans une famille de boulangers.

1988 : entre chez Bayer

2003 : intègre le Directoire, après des séjours dans les filiales du groupe à Barcelone et aux USA.

2006 à 2009 : gère l’intégration de Schering, après le rachat par Bayer

Juin 2018 : Bayer reprend Monsanto pour 63 milliards de dollars, opération dont Baumann est l’artisan. Monsanto, accusé d’être potentiellement cancérigène, est l’objet de plus de 48.000 plaintes aux USA.

2020 : Bayer et son concurrent BASF sont condamnés à payer 265 millions de dollars de dédommagent à un agriculteur dont la récolte de pêches aurait été détruite par leur pesticide « Dicamba »

 

Pour Werner Baumann, qui s’était vu refuser le quitus par les actionnaires lors de la dernière assemblée générale, ces résultats sont un motif de satisfaction évident. A 57 ans, cet homme jovial aux cheveux ras et aux fines lunettes rondes est considéré comme étant le principal artisan du rachat risqué de Monsanto.

La reprise a certes permis à Bayer de devenir le numéro 1 du secteur. Mais elle a aussi plongé le groupe dans la tourmente, avec une chute du cours en bourse de plus de 40% en trois ans. Monsanto, propriétaire du pesticide à base de glyphosate "Round-up", accusé d’être à l’origine de nombreux cancers chez ses utilisateurs, doit aujourd’hui faire face à 48.600 plaintes aux Etats Unis contre 42.700 comptabilisées fin octobre.

Dinosaure de l'année

En 2016, il reçoit de l’association de défense de l’environnement Naturschutzbund Deutschland le prix du " dinosaure de l’année", décerné à un manager particulièrement rétrograde, pour envisager la reprise de Monsanto. 

De l’avis des analystes, ces recours pourraient coûter jusqu’à 20 milliards de dollars au groupe, qui assure pourtant ne pas avoir fait de provisions supplémentaires pour régler d’éventuels dommages et intérêts.

Scandale du "Dicamba"

La crise du glyphosate est donc loin d’être terminée pour Bayer, alors que de nouvelles incertitudes pèsent sur le groupe, avec le scandale du "Dicamba", un herbicide accusé d’avoir détruit la récolte de pêches d’un agriculteur américain, et qui a valu ces derniers jours à Bayer une nouvelle condamnation à une amende record de 265 millions de dollars aux Etats Unis.

Désavoué par ses actionnaires

Pendant l’assemblée générale d'avril 2019, les actionnaires refusent à 55% le quitus, du jamais vu pour une entreprise du Dax depuis la guerre.

Face à ces incertitudes, Baumann devra également affronter un changement à la tête du Conseil de surveillance, avec le départ de son mentor, Werner Wenning, 73 ans, qui part en retraite au lendemain de l’AG de fin avril,  alors que son contrat courait jusqu’en 2022. Sous la houlette de Wenning, Werner Baumann avait géré tous les chantiers importants du groupe, du redressement de la division pharmaceutique à la fusion avec Schering en passant par la réorganisation du groupe.

Werner Wenning sera remplacé par Norbert Winkeljohann, qui a fait l’essentiel de sa carrière chez PWC. Ce changement " peut être un défi pour Werner Baumann, surtout dans le contexte de la crise actuelle avec le glyphosate, estime Ingo Speich, analyste chez Deka. Même si le manque d’expérience de Dinkeljohann à l’international et dans le domaine de la pharmacie jouent en faveur de Baumann… "

 

 

 

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