2020 sonnera-t-il enfin le réveil de T.Palm?

Paul Claes, le nouveau CEO de T.Palm (à gauche) et Thami Laraki, l'actionnaire principal. ©Fays

Trois ans déjà que ça gargouille dans la plomberie de T.Palm, un des fleurons wallons du secteur de la construction résidentielle. Sa réputation s’est peu à peu érodée. Aujourd’hui, en marge d’une deuxième ligne de crédit accordée par la Région wallonne, le nouveau duo de pilotes s’explique. En exclusivité pour L’Echo.

Il est long le chemin pour retrouver la brillance d’antan chez T.Palm. Mais la direction l’a annoncé urbi et orbi la semaine dernière: l’année 2020 s’annonce positive "malgré la crise du Covid-19 qui a lourdement touché le secteur". Et Thami Laraki, toujours actionnaire principal du groupe (66%), fourbit deux atouts pour justifier sa sortie: la nomination enfin aboutie d’un nouveau CEO et le soutien financier réitéré de la Région wallonne (Sogepa).

2 millions d’euros

Le soutien de la Sogepa – et plus précisément de Philippe Buelen – n’est pas nouveau. Le 19 mars 2019 exactement, la société de construction, qui avait un urgent besoin d’argent frais, modifiait les statuts de sa filiale T.Palm Management et injectait dans la nouvelle SA 9 millions d’euros, dont 3 millions promis par la Région wallonne et 6 par Thami Laraki lui-même, via la SA Immo 5.0. C’est donc la deuxième fois en 14 mois que la Région wallonne, via son bras financier, allonge à T.Palm un prêt de 1 million d’euros environ.

Un double renfort-caisse que Paul Claes, le nouveau CEO, justifie par la période "humainement difficile et ponctuée de licenciements" traversée par le groupe dont il a repris les rênes début 2020. Mais aussi, côté positif, par un business plan remanié et un carnet de commandes bien fourni.

On veut y croire, ne fût-ce que pour la pérennité des deniers publics injectés. Mais on voudrait des signes tangibles, cette fois. Et on brandit le nombre de membres du personnel qui ont quitté le bateau ces deux dernières années, Paul Claes, malgré une communication à distance laborieuse, se fait comprendre.

9
millions d'euros
3 millions d'euros promis par la Région Wallonne et 6 millions par Thami Laraki lui-même: c'est la recapitalisation de T.Palm actée devant notaire le 19 mars 2019.

Tout d’abord, cet ingénieur en construction du bâtiment de formation, qui a piloté plusieurs sociétés (Pelzer, Socotec, Cohezio-Arista ou Agrimat), pointe le carnet de commandes toujours solide, malgré les turbulences internes et la crise sanitaire actuelle. "Nous avons pu livrer 34 maisons ces deux derniers mois alors que notre carnet de commandes en comptait 35. Avouez que, pour une société en redressement, ce n’est pas si mal. Ensuite, depuis que je suis à bord, je valorise vraiment l’expertise maison en multipliant les prises de décisions et les contacts transversaux, qui mêlent les fonctions et les expertises. Je veux vraiment reconstruire sur le "bottom up" en interne et rassurer les gens sur l’écoute et la valeur qu’on leur donnera dans toutes les décisions prises à l’avenir. Je suis ici pour piloter, pas pour imposer. Nous avons d'ailleurs dessiné ensemble le plan stratégique 2020-2022 qui nous permettra de rendre le groupe financièrement autonome d’ici fin 2021. Pour y arriver, on va se recentrer sur notre métier de constructeur et abandonner celui de promoteur, qui demande énormément d’investissements en amont. Mais on commercialisera toujours nous-mêmes ce qui a fait et fera notre renom: la maison 4 façades à valeur ajoutée".

Bon, on veut bien le croire. Mais fin 2018 (derniers résultats publiés), les deux principales filiales du groupe – T.Palm et T.Palm Management – affichaient des pertes cumulées pour près de 10 millions d’euros. Ce n’est pas rien.

Accroître la rentabilité à tous les étages

Thami Laraki, qui dirige par ailleurs plusieurs autres entreprises de génie civil et de travaux publics florissantes depuis son QG du zoning de Herstal, sort de sa réserve: oui, il croit encore en la profitabilité de "son" entreprise de construction verviétoise et en la plus-value qu’elle apporte à son faisceau d’activités liées. Et non, il ne rhabille pas la mariée pour la céder ensuite. "Bon an mal an, on réalise un chiffre d’affaires d’environ 50 millions d’euros et on livre quelque 200 maisons. Ces dernières années, on a vécu des revers, dont la faillite de notre tête de pont flamande Elbo, qui ont plombé nos bénéfices. On doit réduire les coûts, augmenter notre rentabilité à tous les étages. Le nouveau CEO en est conscient: la performance est toujours possible et il est là pour le prouver. Et les secousses, les doutes, vu ce que nous avons traversé, c’est une preuve de bonne santé si on sait les dépasser", assure l’actionnaire principal, qui n’est plus aujourd’hui qu’un des quatre administrateurs aux côtés du représentant de la Sogepa, de Vincent Dirix (bras droit du CEO) et d’Olivier Servais (administrateur indépendant).

Pour trouver le bon pilote et pouvoir faire un pas de côté, il lui a d’ailleurs fallu s’y reprendre à deux fois. Mais cette fois, il l’assure, c’est le bon. Rendez-vous est pris l'an prochain pour le vérifier, chiffres à l'appui.

 

 

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