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L'aventure canadienne de Carimat semble avoir provoqué la faillite de la société

©Photo News

Carimat Group, le holding de la société active dans les matériaux de construction, a été déclaré en faillite sur citation de la CBC Banque.Il s’agit de la cinquième faillite pour ce groupe fondé en 1988 par Jacques Stichelbout.

Et de cinq! La semaine dernière, le tribunal de l’entreprise du Brabant wallon a prononcé la faillite de Carimat Group, une société qui peut être considérée comme la maison-mère de la société fondée en 1988 par Jacques Stichelbout et active dans la vente de matériaux de construction. Après les faillites annoncées de Carimat Shop, Carimat Matériaux, Carimat Prefab et UTMS, cette banqueroute est donc la cinquième du groupe. L’avocate Geneviève Dedobbeleer a été nommée curatrice de Carimat Group.

Cinq faillites

Concrètement, cette cinquième faillite ne changera pas grand-chose au sort des travailleurs qui, depuis l’été, ont été priés de rester chez eux et ont reçu leurs C4. Le groupe Carimat étant organisé en une kyrielle de filiales, il n’est d’ailleurs pas évident de savoir combien de personnes sont touchées par cette faillite. Les différents articles de presse font généralement état de 100 à 200 travailleurs et aucun des interlocuteurs à qui nous avons parlé dans ce dossier n’a été capable de nous fournir un chiffre plus précis. D’après les chiffres disponibles en marge des derniers comptes publiés (2017), il apparaît que 139 travailleurs émargeaient des différentes sociétés du groupe. Il faut préciser que cette faillite à cinq branches est gérée par trois curateurs différents, un état de fait rendant compliquée la possibilité d’avoir une vue globale de la société.

Des mouvements financiers entre les sociétés devront encore être passés à la loupe.

Pour Christophe Chardon, le curateur de Carimat Shop et de Carimat Matériaux, la faillite de Carimat Group ne change pas grand-chose à la situation. "Elle permet tout au plus de relativiser l’importance des comptes interco", nous a-t-il expliqué, précisant qu’il y avait eu différents mouvements de trésorerie entre les sociétés du groupe. Aujourd’hui, ces sociétés ont des créances vis-à-vis de la société mère et cette nouvelle faillite leur permettra de se retrouver sur pied d’égalité avec les autres créanciers.

En réalité, c’est Jacques Stichelbout qui s’est présenté en personne devant le tribunal de l’entreprise du Brabant wallon dans le courant de l’été pour faire aveu de faillite des quatre premières sociétés. D’après nos informations, alors qu’il évoluait dans ce dossier sans avocat, il a fait tout ce qu’il a pu pour s’opposer à la faillite de Carimat Group. Finalement, c’est sur citation de la banque CBC que cette faillite a été déclarée la semaine dernière.

Carimat Group, qui peut effectivement être considéré comme le holding de tête, ne possédait que les bâtiments qui abritaient les différentes sociétés, nous a confirmé Geneviève Dedobbeleer, la curatrice de Carimat Group. Et si les banques, CBC en tête, ont cité Carimat Group en faillite, c’est parce qu’elles avaient peur que le fondateur de la société ne vende les immeubles en dessous du prix du marché alors qu’elles ont toutes des gages sur les immeubles en question. Dorénavant, la balle est dans le camp de la curatrice de Carimat Group qui, elle, va se charger de la vente des immeubles du groupe. La gestion du matériel et du personnel sera gérée par les deux autres curateurs, Christophe Chardon et Antoine Braun.

Aventure canadienne

Parmi les actionnaires de la société, on retrouve la SRIW qui, en injectant 2,5 millions d’euros en 2016, avait décroché 20,04% du capital. L’opération avait permis de faire grimper le capital à 4 millions d’euros. En 2018, soucieuse de financer son fonds de roulement, Carimat Matériaux avait fait appel au public par le biais du Crowdlending. L’affaire, gérée par Look & Fin, avait permis de lever 1,5 million d’argent frais auprès de 483 participants. Au moment de lever ces fonds auprès du public, la présentation faite de Carimat Matériaux évoquait un chiffre d’affaires de 56 millions d’euros pour 2017, en hausse de 8,7% par rapport à 2016.

Que s’est-il passé pour que l’ensemble des sociétés s’effondre en moins de trois mois? Avouons-le tout de go, la situation n’est pas fort claire et l’existence de mouvements financiers entre les différentes sociétés ne vient rien arranger à la lisibilité des comptes. La curatrice de Carimat Group nous a avoué être dans l’attente de la comptabilité de la société. Il n’empêche, les langues se délient et tous les regards se tournent vers les Canada.

En 2013, la fille de Jacques Stichelbout et son gendre ont repris l’entreprise de matériaux Saint Etienne, à Lévis, au Québec. Les choses ne se seraient pas déroulées comme prévu et il a fallu réinjecter du cash pour tenter de sauver l’activité canadienne de Carimat où le fondateur a, semble-t-il, voulu remonter une affaire pour sa fille. Un acteur du dossier nous a fait part de l’injection de 5 à 6 millions d’euros partis de la Belgique vers le Canada. La société canadienne a été déclarée en faillite il y a quatre mois.

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