La construction wallonne face à un défi humain gigantesque

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Déjà frappé par une pénurie de main- d’œuvre avec 5.000 postes vacants, le secteur de la construction estime que les différents chantiers, lancés par la Région wallonne, vont créer 12.000 emplois directs.

La somme est à première vue très avenante. Et le secteur de la construction en Wallonie ne va pas se plaindre à l’approche de ces milliards que s’apprête à injecter la Région wallonne dans ses multiples chantiers ces prochaines années.

En additionnant les différents plans annoncés par le gouvernement wallon MR-cdH ces derniers mois et derrière lesquels on trouve la modernisation des infrastructures hospitalières, le plan infrastructure tant au niveau des routes que des voies navigables ainsi que le plan wallon d’investissement, ce sont 9 milliards qui vont être injectés dans la construction. Et qui feront du bien à un secteur qui n’a cessé de déplorer les sous-investissements chroniques de la part des pouvoirs publics ces dernières années.

17.000 emplois à pourvoir

"Déjà aujourd’hui la construction wallonne est en pénurie de main-d’œuvre avec 5.000 postes vacants."
Francis Carnoy
directeur général de la Confédération construction wallonne

Mais derrière cette bouffée d’oxygène, Francis Carnoy, le directeur général de la Confédération construction wallonne, y voit un véritable défi humain: "La mise en œuvre de ces trois plans va permettre de créer 12.000 emplois directs dans la construction sur base annuelle (sans compter les emplois indirects et induits en amont et en aval)." Il s’agit d’une estimation théorique. Le consultant PwC avait par exemple avancé le chiffre de 16.743 emplois créés au niveau direct, indirect et induit dans le cadre du plan infrastructures de 1,52 milliard. "Mais peu importe la querelle de chiffres sur le futur. Déjà aujourd’hui la construction wallonne est en pénurie de main-d’œuvre avec 5.000 postes vacants."

Un Forem plus proactif

Face à cet enjeu lié au recrutement et à la recherche de 17.000 travailleurs, le secteur de la construction se demande comment il va y arriver. "Primo, le prochain gouvernement devra déclarer clairement s’il confirme ou non les 9 milliards annoncés, car le secteur a impérativement besoin de visibilité et de programmation pour investir en hommes et équipements. Secundo, sachant que le secteur devrait recruter selon les hypothèses jusqu’à 12.000 travailleurs supplémentaires, il faudra s’attaquer de front à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée en activant davantage de demandeurs d’emploi et en valorisant résolument l’image des métiers techniques", estime Francis Carnoy.

9 milliards €
À travers son plan d’investissement, la modernisation des hôpitaux ou des routes wallonnes, le gouvernement wallon MR-cdH a annoncé pour plus de 9 milliards de travaux dans de nombreux chantiers ces prochaines années.

Parmi les pistes évoquées pour assumer ce recrutement massif, le patron de la construction wallonne estime qu’une des clés réside au sein du Forem. "Le Forem doit aller chercher dans cette réserve des 200.000 chômeurs wallons ceux qui sont motivés à entamer une formation dans la construction. Pendant plus de 20 ans, le Forem a travaillé dans un contexte où l’offre de travail était supérieure à la demande des entreprises. Aujourd’hui, c’est complètement différent. Les entreprises demandent des travailleurs, on met donc la pression sur le Forem pour qu’il s’attaque à ce noyau dur de 200.000 demandeurs d’emploi où il doit y avoir forcément des gens activables."

Ne voulant pas non plus tirer à vue sur l’administration, Francis Carnoy met en avant les opérations "coup-de-poing pénuries" organisées avec le Forem et qui permettent aux entreprises d’attirer de nouveaux travailleurs. "Nous organisons par exemple un triple ‘Job day construction’ avec le Forem le 3 mai, simultanément à Charleroi, Libramont et Liège. Le niveau salarial est excellent dans la construction. Un jeune ouvrier débute avec 2.400 euros brut."

Travailleurs détachés et migrants

D’autres pistes seront évidemment explorées pour faire face à cet afflux de chantiers comme le recours à l’intérim et aux travailleurs détachés. "Le recours aux travailleurs détachés légalement n’est évidemment pas notre premier choix et ce n’est pas une source durable mais c’est une façon de trouver de la main-d’œuvre", rappelle Francis Carnoy qui évoque aussi le recours aux migrants et aux sans-papiers. "Nous ne sommes évidemment pas là pour rentrer dans le débat politique mais il faut accélérer la réflexion et les procédures pour ceux qui peuvent travailler en Belgique", conclut-il.

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