Trois milliards en moins pour les caisses de l’État dans la construction

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La crise qui frappe la construction fera subir une perte sèche à l’État cette année. Les professionnels du secteur le prouvent par les chiffres.

"Le gouvernement fédéral est persuadé que notre secteur peut traverser la crise sans soutien. Il se trompe", répètent de concert Olivier Carrette (UPSI) et Robert de Mûelenaere (Confédération construction) lors d’une rare interview conjointe accordée à L’Echo et au Tijd. L’appel du pied était déjà connu; mais ce qui est nouveau, c’est le bilan chiffré qui sous-tend le cri d’alarme conjoint des deux fédérations. Il est percutant: vu la chute du chiffre d’affaires déjà prévisible en 2020 pour la construction, le manque à gagner (charges fiscales directes et indirectes) pour les caisses de l’État dépassera 3 milliards d’euros cette année au bas mot. 

Pour expliquer ce bilan déjà plombé, les deux fédérations alignent les preuves chiffrées. "En avril et mai derniers, les enquêtes lancées par la Banque nationale (BNB) confirmaient déjà une forte baisse des carnets de commandes. Et selon un sondage lancé par ING le mois dernier auprès de ses clients particuliers, il ressort que 60% des investisseurs ont reporté leur projet immobilier sine die. Une situation de fait qui ne s'améliorera pas à court terme: les prévisions du Bureau fédéral du Plan montrent que l'activité baissera au moins de 10% en 2020 et que la croissance sera quasi nulle sur les 3 ans à venir. Pour les investissements ciblant le logement, la baisse atteindra même près de 15%", aligne Robert de Mûelenaere, le directeur général de la Confédération Construction. 

Un secteur qui pesait 21,5 milliards d’euros. Avant crise...

Véritable vache à lait de l’économie belge, le secteur contribue très largement aux rentrées structurelles du budget fédéral. Il cède en effet 45% de son chiffre d'affaires au Trésor via la TVA, l'impôt sur le revenu des personnes physiques, celui sur les sociétés et la sécurité sociale - et même plus de 50% pour la construction de logements neufs. L’an dernier, ce chiffre d’affaires était estimé à 21,5 milliards d'euros (5,3% du PIB). Mais en raison de la crise actuelle et de l'absence de plan de relance, le gouvernement subira, selon les deux fédérations, une perte de revenus de plus de 1 milliard rien que sur le segment du neuf. "Et 4 entreprises sur 10 nous disent déjà que 2021 sera pire que 2020… ", ajoute Olivier Carrette, conforté par les derniers indicateurs de la société d'assurance-crédit Euler-Hermes, qui cite la construction parmi les 5 secteurs les plus exposés aux pertes d’emploi l’an prochain.

Quand on lui demande d’expliquer mathématiquement cette perte sèche pour les deniers publics, l’administrateur délégué de l’UPSI prend sa calculette : "Chaque mètre carré de logement neuf vendu rapporte 1.350 euros de recettes à l’État selon la clé de répartition suivante: 92% pour le Fédéral et 8% pour les Régions. Autrement dit, sur un logement neuf payé par un particulier 300.000 euros, 140.000 retournent dans la poche de l'État. Maintenant que de nombreux projets immobiliers sont stoppés pour des mois (arrêt des chantiers, prolongation des délais d’obtention des permis et recours en nombre), ces recettes fiscales sont en chute libre. Il est donc incompréhensible que le Fédéral, pourtant alerté à plusieurs reprises, ait complètement ignoré notre secteur dans ses plans de relance".  

Son collègue de la Confédération de la construction en remet une couche: "Acter sans broncher une telle perte de revenus sèche alors que la trésorerie de l’État est déjà sur le flanc est regrettable, voire révoltant. D’autant que la production de logement neuf est une priorité nationale reconnue par tous. La pénurie d’offre, encore attisée par cette inaction gouvernementale, fera forcément pression sur les prix, poussés à la hausse", prédit-il. 

Double spirale négative

Comme point de départ pour enrayer cette double spirale négative en cours (baisse de production et hausse des prix), Upsi et Confédération de la construction demandent une fois encore une réduction temporaire de la TVA pour les nouvelles constructions sur la première tranche 60.000 euros (avec une superficie limitée à 190 m² pour les maisons et à 100 m² pour les appartements). Les deux organisations professionnelles plaident également pour la généralisation d’une baisse de la TVA pour les démolitions-reconstructions lancées sur l'ensemble du territoire tant par les acteurs privés que professionnels. "Il faut également des mesures structurelles de relance en faveur de la rénovation énergétique (neutralité carbone) et de la mise en œuvre du Pacte national pour les investissements stratégiques", rappellent-elles de concert. Mais ça, c’est un autre sujet.

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