"Une énorme machine à blanchir les capitaux de la construction"

Les "filières brésiliennes" sont chassées par la justice pour leur poids dans la fraude sociale, surtout à Bruxelles. ©BELGAIMAGE

Deux hommes suspectés d'être les maillons de la "filière brésilienne", vaste escroquerie au blanchiment dans le secteur de la construction, étaient jugés ce jeudi à Bruxelles.

Ce sont des fantômes qui se sont présentés devant le juge. Ce jeudi matin, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, deux hommes de nationalité brésilienne comparaissaient pour des faits de faux et usage de faux, blanchiment d'argent et association de malfaiteurs. Ils reconnaissent partiellement avoir fait partie d'une "filière brésilienne", comme les surnomme la justice. D'où provient ce nom pour un phénomène également appelé "société de compensation"? Depuis quelques années, des ressortissants brésiliens sont à la tête d'une série d'infractions particulièrement dommageable socialement, et bien difficile à stopper.

Dans ce cas précis, en novembre dernier, deux hommes sont interpellés par la police à Molenbeek-Saint-Jean, à bord d'une camionnette. Contrôlés avec 33.000 euros en cash, ils voient leur domicile bruxellois de la rue du Beffroi fouillé. Les enquêteurs y retrouvent 27 cartes de banques, de multiples faux documents d'identité ainsi que des factures tout aussi fausses, issues d'entreprises du secteur de la construction créées via des fausses adresses et des hommes de paille.

"L'intérêt est d'aller très vite"

Les deux hommes avaient alors été placés directement sous mandat d'arrêt, le restant encore jusqu'à aujourd'hui. Les enquêteurs ont pu se rendre compte qu'ils avaient réalisé, en trois mois et via des dizaines de banques, pour plus de 2 millions d'euros de retrait en cash. Alors que ces organisations criminelles sont d'ordinaire discrètes et impossibles à arrêter, il a fallu le hasard d'un contrôle routier pour y parvenir.

"Ce sont des sociétés à la durée de vie courte, 3 à 6 mois maximum."
Gilles Dejemeppe
Substitut du procureur du Roi de Bruxelles

À l'audience, le substitut du procureur du Roi Gilles Dejemeppe, qui connaît très bien ce système, l'a décrit avec clarté. "Il s'agit d'une énorme machine à blanchir les capitaux du secteur de la construction, permettant de ne pas payer de taxes fiscales et de charges sociales, provoquant une importante distorsion de concurrence et économique." Une énorme machine, car on sait que la Cellule de traitement des informations financières, la Ctif, a constaté plus de 220 millions d'euros de transactions douteuses en 2019 à propos des sociétés de compensation. Le principe: des sociétés écrans créées sur le pouce accueillent via des fausses factures les paiements des prestataires. L'argent est alors retiré en cash pour payer les ouvriers. "Ce sont des sociétés à la durée de vie courte, 3 à 6 mois maximum. Le temps que la Ctif et les banques s'en rendent compte, elles sont en faillite. L'intérêt est d'aller très vite pour que la police n'ait pas le temps d'intervenir."

Chaîne de sous-traitance

Ces sociétés sont également les unités de base de l'écosystème de la construction. De celles au bout d'une chaîne de sous-traitance qui peut remonter très haut, jusqu'à "des géants belges de la construction, de type Besix, De Meuter ou CIT Blaton", complète le magistrat. Ainsi, en début de mois, une filiale du géant CFE a été sévèrement épinglée devant le tribunal correctionnel pour faux et fraude sociale, dans le cadre d'une chaîne de sous-traitance.

Ces sociétés sont également les unités de base de l'écosystème de la construction.

Dans ce dossier présent, le parquet a fait le choix d'aller vite, lui aussi, et de ne pas remonter le fil des responsabilités, ce qui aurait été possible, mais long et risqué pour la procédure... Au final, celui qui est considéré comme la tête pensante du réseau, un Brésilien de 25 ans qui dit n'être qu'un rouage, a vu le parquet requérir cinq ans de prison ferme à son encontre. Contre son complice présumé, au rôle plus minime, le parquet a demandé deux ans de prison avec sursis pour ce qui excède la période de détention. Le procès se poursuit dans une semaine.

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