interview

"Une taxe au kilomètre est donc quelque chose de tout à fait intelligent"

©Thierry du Bois

Thierry Willemarck, le président de BECI, nous éclaire sur le concept de smart city. "Il y a un manque de vision globale sur ce que doit être une smart city"

On parle beaucoup de smart cities ces temps-ci. Bruxelles est-elle intelligente?

On n’est nulle part… On est plutôt, comme dit le Voka, le patronat flamand, "medieval city". Quand on regarde le classement des smart cities basé sur les critères de l’Urban Landscape Institute, nous sommes 119e sur une liste de 140 villes, donc on est terriblement en retard. Un des points importants a été à l’époque le débat sur la 4G. Et le débat sur la 5G, il faut le commencer, parce que le super wi-fi dans une ville comme Bruxelles est fondamental. On entre justement dans cette économie digitalisée, et si on ne donne pas aux entreprises et aux clients les moyens de faire fonctionner correctement cette économie digitalisée, on va rater le train. Il faut comprendre que les voitures autonomes auront besoin de bande passante! Et les feux rouges de demain seront des objets connectés!

La vision du gouvernement bruxellois vous paraît-elle en phase avec cette réalité?

Absolument pas! Il y a un manque de vision globale sur ce que doit être une smart city. Et quand on parle de smart city en Région bruxelloise, on est malheureusement confiné dans des projets initiés dans des cabinets. Et donc, on va trouver un projet que l’on baptise smart city, notamment pour les véhicules d’intervention d’urgence… En soi, ce n’est pas mauvais, mais ils réinventent l’eau chaude. Parce que ce type d’application existe déjà sur le marché!

Quel rôle doit donc jouer le politique?

Je pense que ce n’est le rôle du public de développer ce que doit être une smart city, mais de l’encadrer et de la stimuler. Et de vérifier aussi, lorsqu’on enseigne et que l’on forme nos jeunes, qu’ils soient déjà formés à ces techniques de smart city. Mais c’est l’investissement privé que va faire cette digitalisation.

Comment doit raisonner une ville intelligente?

CV EXPRESS

Né à Uccle en 1953, d’un père flamand et d’une mère francophone.

Ingénieur industriel en électromécanique (Ecam) et licencié en administration et gestion (Solvay).

CEO de Touring depuis 2001.

Président de BECI (Chambre de commerce et Union des Entreprises de Bruxelles) depuis 2013.

La smart city, c’est de se dire: il y a un Brexit, cela n’ouvre-t-il pas des possibilités pour rapatrier des activités? Des activités de la Commission européenne vont devoir être rapatriées sur le continent. L’arbitrage est une activité assez bien pratiquée à Bruxelles, c’est une expertise qui se développe chez nous. Bâtissons sur cette expertise pour inviter les grands bureaux d’avocats qui sont à Londres à revenir chez nous et à jouir de cette expertise, des gens qui sont déjà formés! ça c’est de la planification. Je m’écarte un peu de la smart city, mais je pense que c’est ce que ces gens-là cherchent aussi. Et je pense que s’ils veulent se relocaliser sur le continent, ils vont d’abord chercher une ville où il y a un transport en commun intelligent, où il y a de l’habitat, de la sécurité, où les gens semblent heureux, mais où il y a aussi de l’expertise.

Bruxelles aurait donc déjà raté le coche sur le Brexit?
Nous autres entreprises, nous avons assez souvent vu le ministre de l’Emploi, et les initiatives qui ont été prises à ce niveau pour Bruxelles. Nous disons aujourd’hui: on aimerait bien voir un peu le ministre de l’Economie. Et donc, pour le reste du mandat, il serait bon que ce gouvernement bruxellois fasse un peu plus de raisonnement économique…

Ce n’est pas un secret que la mobilité pose problème à Bruxelles. Comment la rendre plus intelligente?

On a beaucoup travaillé sur ce sujet avec les fédérations professionnelles du secteur et aussi avec le gouvernement pour voir ce qu’il accepterait. Au final, on revient toujours à la conclusion: il vaut mieux ne pas taxer la possession d’une auto, mais en taxer l’usage. Là aussi, la digitalisation permet de développer des outils qui pourraient également jouer sur la mobilité. Une taxe au kilomètre est donc quelque chose de tout à fait intelligent, que nous recommandons de mettre en place. Supprimer la taxe de roulage annuelle, supprimer la taxe de mise en circulation, pour la remplacer par une taxe au kilomètre. Maintenant, avec l’ancien et le nouveau systèmes, l’automobiliste moyen paiera grosso modo la même chose. Mais celui qui roule moins paie moins, celui qui roule plus paie plus.

Bruxelles, smart city en devenir?

2008, ce n’est pas que l’année de la crise. C’est aussi celle où, à l’échelle mondiale, la population des villes a dépassé la population rurale. C’est à ce nouveau défi que doit répondre une smart city. Concrètement, une ville intelligente doit pouvoir utiliser au mieux les technologies de l’information et de la communication (TIC) pour améliorer ses services publics, rendre plus efficace l’usage de ses ressources, et réduire son impact environnemental. Aujourd’hui, des villes comme Bilbao ou San Francisco sont déjà citées en exemple.

Pour tenter de faire monter Bruxelles dans le train, la secrétaire d’Etat bruxelloise à la Transition numérique Bianca Debaets (CD&V) a doté en 2015 le Centre d’Informatique pour la Région Bruxelloise (CIRB) d’un département Brussels Smart City. Concrètement, que s’est-il passé depuis sa création? L’un de ses premiers chantiers a été de créer une base de données publiques ouverte et disponible en ligne. Celle-ci doit fournir un lot d’informations libres et gratuites aux développeurs qui souhaitent créer de nouvelles applications de service à Bruxelles.

Selon la fédération de la technologie Agoria, l’open data pourrait ainsi créer jusqu’à 1.500 emplois à Bruxelles. Une plateforme de gestion des différents services de vidéosurveillance reprenant des images de la Stib, du Port de Bruxelles et des zones de police a également été mise sur pied. Du wi-fi gratuit a aussi été installé dans une septantaine de lieux publics, ainsi que dans les écoles de la capitale.

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