B-Close, des p'tits Belges qui se sont élevés en se rachetant à une multinationale

©Tim Dirven

Appelé au secours de l’entreprise comme manager de crise en 2010, Eric Maertens ne s’est pas contenté de redresser la filiale belge de Barloworld, il l’a aussi rachetée. En cinq ans d’autonomie, la société a fait croître ses revenus de 50% et son profit de 100%. Le marché des chariots élévateurs est en plein boom.

Les entrepreneurs belges ne sont pas condamnés, heureusement, à revendre leurs sociétés à des multinationales. Il arrive en effet que l’inverse se produise et qu’un "petit Belge" rachète une activité à un géant mondial. C’est ce qui est arrivé il y a cinq ans dans la distribution de chariots élévateurs. Ou comment un manager de crise a fini par reprendre la filiale belge d’un groupe sud-africain à l’empreinte mondiale…

La multinationale s’appelle Barloworld depuis la levée de l’embargo sur ce pays dans les années 1990. Auparavant, Barlow, tout simplement, distribuait les chariots élévateurs de la marque américaine Hyster dans son pays d’origine ainsi que dans quelques autres, dont la Belgique depuis 1972. Barlow était un conglomérat qui exploitait aussi des cimenteries, des télévisions, des concessions automobiles, etc. Sous la nouvelle enseigne Barloworld, le groupe n’opère plus que dans trois marchés: le génie civil, la distribution automobile et la manutention, soit pour l’essentiel la distribution des engins tels que les chariots élévateurs et de magasinage.

Ce dernier secteur se porte bien jusqu’à la crise financière de 2008-2009. à ce moment-là, le chiffre d’affaires du groupe chute de 50%, y compris en Belgique où la filiale clôture pour la première fois ses comptes dans le rouge. Il faut réagir… "Je suis arrivé chez Barloworld Belgique comme manager de crise, se remémore Eric Maertens. Au départ pour une mission temporaire de redressement de l’entreprise. Ils m’ont demandé de rester plus longtemps pour rendre la société plus commerciale et plus axée vers le leadership."

"La Belgique est devenue de plus en plus logistique et ce secteur a besoin d’équipements."
Eric Maertens
Directeur général de B-Close

Eric Maertens réussit un coup de maître en 2010 en décrochant quelques gros contrats, dont Katoen Natie, le groupe de logistique portuaire bien établi à Anvers. Dès 2011, sous sa houlette, la filiale a regagné le terrain perdu lors de la crise.

L’occasion

En 2012, à la surprise générale, Barloworld revend son activité de manutention aux Etats-Unis. "Je me suis dit alors qu’ils n’allaient pas conserver leurs marchés plus étroits", note Eric Maertens. À l’été, le groupe sud-africain enchaîne en cédant sa filiale spécialisée au Royaume-Uni. "J’ai jugé que désormais, la porte était grande ouverte", ajoute le manager belge. Il prend contact avec ses actionnaires et leur propose tout de go de racheter la société belge. La négociation aboutira, le 8 mai 2013, à un accord de vente en bonne et due forme. Eric Maertens et ses quatre directeurs opérationnels investissent leurs billes pour reprendre l’activité de distribution d’engins de manutention en Belgique, qu’ils rebaptisent B-Close, "avec B comme Belgique, pour souligner qu’on est redevenu belge". Eric mise plus gros que ses associés et conserve son poste de CEO, tandis que les quatre autres investissent à parité. Ils complètent leurs mises par un financement bancaire.

L’équipe redéfinit la stratégie. Comme B-Close est un distributeur indépendant, il ne peut faire la différence sur les prix face à des concurrents qui, pour la plupart, sont des divisions d’usines fabricant des chariots. Il la fera dès lors en mettant le paquet sur le service et la maintenance, d’une part, et en développant d’autre part une offre multimarque et multiproduit. "Les industriels manquent souvent de compétences au niveau de leurs services de maintenance et recherchent des partenaires, dit le CEO. C’est le cas de sociétés comme Katoen Natie, Unilin, ArcelorMittal, Aleris ou Industeel. On propose de prendre en charge la maintenance de leur parc de manutention entier, y compris de leurs parcs de voitures et de vélos."

©Tim Dirven

Le résultat

La formule fonctionne et B-Close déploie un réseau de techniciens d’intervention sur toute la Belgique. "Il faut pouvoir dépanner un client dans les quatre heures, voire deux pour les plus exigeants, d’où l’importance de la proximité." La PME opère avec Hyster ainsi qu’avec des fabricants spécialisés, comme l’autrichien Balmor pour les chargeurs latéraux, l’italien Carer pour les chariots électriques, le français Charlatte pour les tracteurs industriels ou encore le chinois Utilev pour les chariots bon marché.

En cinq ans d’autonomie, B-Close s’est plutôt bien débrouillé, à voir ses chiffres. Son chiffre d’affaires a crû de 50% depuis le rachat en 2013, passant de 40 à 61 millions d’euros (2017). Son profit avant impôt a plus que doublé pour atteindre 1,5 million l’an dernier. L’emprunt bancaire contracté pour financer la reprise a été remboursé. Et la société emploie aujourd’hui 176 personnes, contre 148 en 2013, dont 115 affectées aux activités de services aux clients.

"Nous bénéficions de la haute conjoncture du secteur logistique qui se répercute sur celle du marché des chariots élévateurs, conclut Eric Maertens. Le secteur logistique a besoin d’équipements et l’industrie traditionnelle qui reste en place doit continuer d’accroître sa productivité pour concurrencer les pays à bas salaires." Un fournisseur comme B-Close surfe sur cette vague aux allures de tsunami.

REcords de ventes de chariots en 2016 et 2017

La Belgique est un pays de logistique et de distribution. La vigueur de l’économie se reflète dans ces secteurs et, à travers eux, elle déteint naturellement sur le marché des chariots élévateurs. L’an dernier, il s’en est vendu plus de 12.500 dans le pays, selon les premières indications recueillies dans le secteur. Ce sera un deuxième record d’affilée, après celui (officiel, celui-là) de 2017 où, selon les données publiées par l’association professionnelle Sigma, 10.716 nouveaux chariots avaient été écoulés en Belgique. Le précédent plus haut remontait à 2007, soit avant la crise financière, et s’était établi à 9.846. "Et cela continue,souligne Eric Maertens. Sur la base des chiffres actuels, on estime qu’on va dépasser les 13.000 ventes cette année." Cette progression est d’autant plus remarquable que, parallèlement, les clients industriels se montrent de plus en plus exigeants: comme ils font tourner leurs équipes et leurs usines 24 heures sur 24 et parfois sept jours sur sept, ils veulent des chariots en mesure de fonctionner 2.000 heures par an, alors que naguère la norme était la moitié…

Autre évolution notable: le basculement des moteurs thermiques (diesel, LPG) vers des électriques. En 2016, les chariots électriques représentaient déjà 60% du marché, et cette tendance se sera encore renforcée l’an dernier. "Il y a plusieurs raisons à cela, note Eric Maertens. Les entreprises veulent réduire leurs émissions de CO2 à l’intérieur des bâtiments et, d’une manière générale, rendre leurs processus plus écologiques; la qualité des batteries électriques devient de plus en plus performante et les progrès de la technologie permettent d’élargir leur temps d’utilisation; bien que l’investissement initial soit plus lourd que les chariots thermiques, les électriques s’avèrent plus intéressants en termes de durée de vie et moins coûteux en maintenance; le coût de l’électricité est inférieur à celui du diesel." Il ajoute qu’on aura cependant toujours besoin aussi de chariots thermiques, ne serait-ce que pour travailler à l’extérieur dans des conditions météo (pluies…) difficiles.

Reste une troisième voie, celle des chariots automatisés ou robotisés. Ils existent, mais on y recourt encore peu. "Il faut disposer d’un processus très constant: le même chemin, le même poids de charge, la même composition des palettes, ce qui est rare", explique le CEO de B-Close. Ils coûtent également beaucoup plus cher. Bref, l’emploi humain a encore tout son sens ici.

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