BC Materials transforme les terres de déblai en matériaux

Les briques peuvent être fabriquées sur place à l'aide de machines mobiles. ©Thomas Noceto

La jeune pousse bruxelloise BC Materials transforme les terres de déblai en briques en terre comprimée, en enduits ou en pisé. Elle est distinguée comme start-up à impact environnemental par le fonds SE’nSE. Face à la nécessité de réduire ses émissions de CO2, le secteur de la construction est très demandeur.

Modestement, la jeune pousse bruxelloise BC Materials est en train de réaliser une première européenne. Cette spin-off du bureau BC Architects & Studies donne une seconde vie aux terres de déblai de chantiers en les transformant en briques de terre comprimée, en enduits ou en pisé. Ce faisant, elle transforme des déchets en matière première et en matériau. Personne d’autre ne fait cela en Europe; seul le projet "cycle-terre.eu", en France, commence à voir le jour.

Et pourtant, cela paraît d’une simplicité enfantine. Le bilan environnemental s’avère excellent: l’activité permet d’économiser des transports et d’épargner des espaces de stockage tout en offrant des produits de construction au bilan carbone (émissions de CO2) neutre. Last but not least, ses promoteurs ont inscrit leur business dans une logique d’économie circulaire: ils réceptionnent les terres, les transforment et commercialisent les matériaux localement: soit en Région bruxelloise au départ de leur siège à Tour & Taxis, soit en transportant leurs machines mobiles sur le site du client…

"L’idée est née de projets que notre bureau d’architecture spécialisé dans la construction circulaire a menés à bien en Afrique."
Ken De Cooman
Co-fondateur de BC Materials

Le "bébé" créé en octobre 2018 par Ken De Cooman et Nicolas Coeckelberghs, deux architectes à la barre de BC Architects & Studies, a tapé dans l’œil des membres du jury de SE’nSE: le fonds mis sur pied par la Fondation pour les générations futures a élu BC Materials lauréate 2019 pour son impact environnemental élevé. Comme les deux autres gagnantes, Entusia et Little Green Box, elle a hérité d’un prêt subordonné convertible de 50.000 euros. Montant qu’elle utilisera pour stimuler la commercialisation de ses briques.

"L’idée est née de projets que notre bureau d’architecture spécialisé dans la construction circulaire a menés à bien en Afrique, explique Ken De Cooman: au Rwanda, au Burundi, en Ethiopie, au Maroc, au Nigeria et au Bénin, nous avons emmagasiné de l’expérience dans la construction à base de limon en édifiant des habitations avec les matériaux que l’on pouvait trouver sur place sans toucher au bois, pour éviter de déforester: on les a trouvés dans le sol." Avec ses collaborateurs, il a ensuite appliqué le même modèle sous nos latitudes.

Potentiel, 16 millions de tonnes

"En, Belgique, 36 millions de tonnes de terres sont excavées chaque année, dont quelque 70% sont exemptes de pollution, poursuit De Cooman: 40% de ces dernières sont mélangées avec de la chaux ou du ciment et réutilisées pour la construction de routes, le solde est jeté: on en enfouit une partie dans les anciennes mines et carrières du pays, on exporte le reste aux Pays-Bas, en France ou en Allemagne. Cela signifie que 16,5 millions de tonnes de terres qui sont des matières premières issues de la construction sont considérées et traitées comme des déchets. Nous avons pris le parti de les valoriser et de les requalifier en matières premières." L’administration flamande de gestion des sols et l’ASBL Leefmilieu Brussel ont signé un contrat avec BCM avalisant ce changement de statut.

Entusia et Little Green Box lauréats

Les deux autres jeunes pousses primées par le fonds SE’nSE pour leur impact positif sur l’environnement, leur fonctionnement durable et la solidité de leur projet sont Entusia et Little Green Box.

  • Entusia propose aux personnes souffrant de fuites urinaires des sous-vêtements élégants et réutilisables plutôt que des serviettes jetables.
  • Little Green Box offre des boîtes repas à base de produits locaux, bio et de saison, livrés en vrac ou en sac.

Concrètement, des terres de déblai arrivent chez BC Materials, qui en teste des échantillons avec l’aide d’un laboratoire tiers pour s’assurer de leur caractère non polluant. La firme les transforme ensuite via divers procédés tels que séchage, mélange et pressage, avant de proposer les briques et enduits en divers formats et teintes au secteur de la construction. Lequel est très demandeur, car confronté à la nécessité d’abaisser ses émissions de CO2.

BC Materials occupe cinq personnes, plus cinq collaborateurs supplémentaires pour faire tourner ses machines. Elle opère sur Bruxelles et la Flandre, et projette d’élargir son aire à la Wallonie. Elle compte lancer l’an prochain une levée de fonds par crowdfunding pour soutenir son déploiement.

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