"Caterpillar Belgium doit rebondir d'ici 2015"

Nicolas Polutnik, managing director de Caterpillar Belgique - Credit photo Belga / Nicolas Lambert ©BELGA

Vingt-quatre heures après l’annonce du plan de restructuration de Caterpillar Belgium qui condamne près de 1.600 personnes à Gosselies (Charleroi), Nicolas Polutnik, CEO de la filiale belge, nous a expliqué les raisons qui justifient cette douloureuse option. Il précise également le défi que doit relever l’entreprise: retrouver la compétitivité d’ici 2015.

  • Que répondez-vous à ceux qui accusent Caterpillar d’avoir un agenda caché?

Je suis perplexe devant ces propos qui ne reflètent pas la réalité. Si c’était le cas, nous aurions, de façon cynique, laisser la situation se détériorer davantage et décréter une fermeture pure et simple du site. Au contraire, des investissements sont maintenus et le plan que nous proposons donne une réelle chance à l’entreprise d’assurer son avenir.

  • Pouvez-vous garantir aux travailleurs qu’il n’y aura plus un nouveau tour de vis à l’avenir?

Aucun médecin ne peut vous garantir que vous en serez en bonne santé dans 5 ans. La seule garantie pour l’emploi est la compétitivité. Caterpillar Belgium a la chance d’appartenir à un groupe qui la protège et y réalise des investissements, mais on nous demande de travailler sur notre structure de coûts pour fournir le marché européen en étant compétitif. La procédure Renault vient de commencer, mais nous n’avons malheureusement pas beaucoup de temps. Gosselies doit retrouver la compétitivité d’ici 2015. Nous avons, chez Caterpillar à Gosselies, une longue histoire de concertation avec les représentants du personnel et j’espère que la procédure Renault ne va pas durer trop longtemps. Nous avons beaucoup de travail à faire pour appliquer le plan. Je comprends l’émotion que suscite l’annonce d’un plan d’une aussi grande ampleur qui est une première chez Caterpillar à Gosselies.

  • Quelles sont les grandes lignes de ce plan industriel?

Il prévoit notamment une nouvelle organisation du travail et l’arrêt de la fabrication de certains composants pour lesquels le site de Gosselies n’est plus compétitif. Il y a notamment les composants hydrauliques et soudés ou encore les essieux. Ce sont des composants que nous achèterons à l’avenir ou qui seront fabriqués par d’autres usines du groupe. Nous allons aussi travailler sur une logistique intégrée plus performante, de façon à réduire encore nos délais de livraison. Nous allons aussi poursuivre les investissements qui vont nous soutenir en matière de compétitivité, comme la modernisation de nos lignes d’assemblage. Nous sommes dans une stratégie défensive qui peut fonctionner.

  • Quelles sont les raisons qui justifient un plan aussi douloureux au niveau social?

Il y a, d’une part, notre structure de coûts de fonctionnement qui fait que Gosselies est l’usine la plus chère du groupe au niveau mondial. Or, 97% de nos machines sont vendues en dehors de la Belgique. Face à la concurrence, nous sommes en position de faiblesse à cause de ces coûts de fonctionnement trop élevés. D’autre part, il y a la situation économique européenne qui n’est pas favorable et qui nous pénalise.

  • Quel est l’impact de la crise sur les activités de Gosselies?

Nous avons enregistré, en 2012, une chute de notre production de machines de près de 30% par rapport à 2011 et, pour 2013, nous risquons encore d’enregistrer une baisse d’environ 20%.

Le problème est que nous avons peu de lisibilité sur l’avenir et que noter marché est déjà mature. Nous avons réalisé un chiffre d’affaires d’environ 370 millions d’euros en 2011 et les chiffres de 2012 devraient, sans doute, être inférieurs à ce montant.

  • Que répondez-vous à ceux qui reprochent à Caterpillar Belgium un manque de transparence?

Nous avons communiqué les informations en temps voulu et en priorité aux représentants des travailleurs. Le plan est le fruit d’une analyse et d’une réflexion approfondies avec quelques cadres-clé de l’entreprise et quelques experts. Nous ne pouvons plus faire le gros dos et attendre que la crise passe. Nous avions déjà pris des mesures temporaires (crédit-temps, chômage économique) et la non-reconduction de contrats à durée déterminée, mais elles ne suffisent plus.

  • Les responsables politiques vous demandent de trouver des solutions pour éviter les licenciements secs...

Nous sommes entrés dans la phase d’information et de consultation, nos premiers interlocuteurs sont les représentants des travailleurs. Lorsque nous aurons trouvé des solutions et que nous aurons besoin d’aide pour les mettre en place, à ce moment-là, toutes les bonnes intentions sont les bienvenues. Ce qu’il faut dire aujourd’hui, c’est qu’une économie uniquement basée sur les services est une mauvaise option. Il nous faut en Europe une industrie forte et compétitive. Pour cela, il faut une réflexion de fond à tous les niveaux de pouvoir (local, régional, fédéral, européen) pour créer les conditions d’infrastructures et de coûts pour permettre aux entreprises d’évoluer. En ce qui concerne Caterpillar Belgium, on n’en serait pas là aujourd’hui si ces conditions avaient été créées.

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