Choisir entre un budget "voiture de société" et un budget "construction"?

©Hollandse Hoogte / David Rozing

La Confédération Construction plaide pour qu'un budget destiné à la rénovation des bâtiments se retrouve dans le package salarial des travailleurs sur le même modèle que celui réservé aux voitures de société.

Le secteur de la construction, en plein préparatifs du salon Batibouw qui commence le 23 février, fourbit ses armes pour l'année à venir. La Confédération Construction propose ainsi plusieurs mesures en direction des pouvoirs publics. Celles-ci pourraient alléger la note des propriétaires désireux de rendre leurs biens moins énergivores. La confédération entend ainsi rattraper le retard pris par la construction belge en matière d'émission de CO2: la Belgique se situe 70% au-dessus de la moyenne européenne.

Voici les quatre mesures proposées par le secteur: 

1. Un budget "construction" dans le salaire 

Proposer au travailleur le choix entre une voiture de société ou la construction/rénovation d'un bâtiment. "Les travailleurs qui ont une voiture de société, ou devraient en avoir une dans leur package salarial, doivent pouvoir choisir entre un budget voiture et un budget construction", estime la fédération. L'idée serait de donner les mêmes avantages fiscaux pour les employeurs et les travailleurs que ceux en vigueur pour les voitures de société. Avec cette proposition, la confédération vise particulièrement les jeunes travailleurs, afin de leur permettre d'habiter plus près de leur lieu de travail. 

Les pouvoirs publics subsidient l'exode urbain
Robert de Mûlenaere
Président de la Confédération de la Construction

Pour son président Robert de Mûelenaere, "nous devrons nous montrer créatifs dans l'utilisation des moyens nécessaires à la transition énergétique". La période est donc propice à l'introduction de ce type de mesures. "La croissance économique attendue sur les dix années à venir est plutôt faible, le pouvoir d'achat n'augmentera donc lui aussi que de manière limitée". Selon la Commission européenne et le Bureau du plan, le budget consacré aux voitures de société tourne autour des 4,7 milliards d'euros. Ce qui fait dire au secteur de la construction que "les pouvoirs publics subsidient ainsi l'exode urbain, alors que la tendance à des habitats plus petits et à la densification urbaine gagnent justement en importance".

Mais quel succès pourrait rencontrer une telle proposition? "Il ne faut pas oublier que la voiture de société donne de la flexibilité que n'offre pas la rénovation", nous explique Oliver Marcq, juriste chez Acerta. "Ce budget construction ne fournirait aucun avantage pour l'employeur, à l'inverse de la voiture. Le risque est qu'un jeune qui construit opte pour la prime, mais que dans un même temps il achète une occasion qui pollue deux fois plus." A noter aussi qu'il existe déjà la possibilité d'utiliser le budget mobilité pour un loyer ou les intérêts hypothécaires, si l'habitation se trouve à moins de 5 kilomètres du lieu de travail.

2. La TVA à 6% sur la démolition-reconstruction 

Quelques chiffres

La Confédération Construction a présenté son bilan de 2008 et ses attentes pour 2019. 

L'Echo a sélectionné 5 chiffres à retenir :

  • 201.518: travailleurs dans la construction en 2018. 3000 de plus qu'en 2017
  • 1.815: faillites enregistrées. C'est 117 de plus qu'en 2017
  • 2,5%: actuellement, 0,6% du patrimoine résidentiel est rénové chaque année. La Confédération espère passer à 2,5%
  • 16.500: offres d'emploi au troisième trimestre 2018
  • 25%: de logements autorisés en moins à Bruxelles, suite à l'introduction des certificats PEB

 

La Confédération Construction défend aussi la généralisation à toute la Belgique du taux de 6% sur la démolition-reconstruction. Actuellement, seule la rénovation de logements de plus de 10 ans est soumise à un taux de TVA réduit de 6%. Dans certains cas, il est préférable de raser et reconstruire un logement pour des considérations d'ordre énergétique ou autres. "Malheureusement, la TVA sur la démolition-reconstruction est de 21%, sauf dans 32 zones urbaines, dans lesquelles un taux de TVA réduit de 6% est d'application à la démolition-reconstruction", déplore la Confédération Construction. 

3. Le prêt hypothécaire écologique 

Le secteur de la construction fait enfin un appel du pied aux banques qui ont, elles aussi, "un rôle important à jouer dans l'amélioration de l'efficacité énergétique de nos logements". La confédération appelle ainsi le secteur bancaire à mettre en place un prêt hypothécaire écologique. Le prêt pourrait ainsi "tenir compte de l'efficacité énergétique du bien dans le calcul du taux d'intérêt", soumet le représentant des entrepreneurs en précisant que "ce taux diminuerait en fonction de l'augmentation de l'efficacité énergétique." 

4. La digitalisation du secteur 

Enfin, la digitalisation devrait permettre de réduire les coûts, à raison de 5 milliards d'euros par an, estime la Confédération Construction. "Concrètement, le candidat devrait voir ses coûts de construction diminuer de 10 à 15%", grâce à l'utilisation, notamment, de maquettes numériques en 3D. "Les simulations permettent de diminuer les erreurs, les pertes de temps et les coûts de malfaçon. En réduisant les coûts de la construction, on peut répondre au défi de la payabilité de ce plan national de rénovation", a encore noté le patron de la coupole sectorielle. 

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect