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La prison de Haren, un ingénieux concentré d'innovation verte

La facture de la prison de Haren est salée: un milliard d'euros au total, soit 40 millions par an durant 25 ans. ©BELGA

La prison de Haren accueillera ses premiers détenus en septembre 2022. Sa conception en fait déjà un modèle en matière de respect de l'environnement.

Surveiller et punir... et recycler: faudra-t-il ajouter une troisième proposition à la maxime du philosophe Michel Foucault? C'est en tout cas le projet de la prison de Haren, visitée en grande pompe cette semaine et qui doit accueillir ses premiers détenus en septembre 2022.

Cet établissement pénitentiaire établi sur un site de 15 hectares et dont la construction fut décidée en 2008, déjà, est quasiment terminé. Il doit remplacer les vétustes - et montrées du doigt par la justice européenne et les ONG depuis des années - enceintes de Saint-Gilles, Forest et Berkendael. Et il offre des innovations technologiques jamais vues en Belgique, principalement dans le domaine du respect de l'environnement et de l'efficacité énergétique.

"Le bâtiment encourage la durabilité, avec des exigences de performance énergétique plus strictes que la réglementation en vigueur."
Vincent Van Quickenborne
Ministre de la Justice (Open Vld)

Le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open Vld) relève ainsi: "Une attention particulière a été donnée à l’intégration de mesures environnementales dans la construction du futur village pénitentiaire de Haren.

Le bâtiment encourage la durabilité, avec des exigences de performance énergétique plus strictes que la réglementation en vigueur. En outre, il est prévu de construire une centrale de cogénération qui servira à produire de l'électricité. La chaleur résiduelle dégagée par le processus sera utilisée pour produire de l'eau chaude pour la prison. Des choix de construction durables pour un établissement moins énergivore et tourné vers l’avenir."

Hydrophore et potagers

Partons pour une visite guidée, donc, tant que c'est encore possible! La récupération des eaux de pluie est un élément majeur. Selon les estimations recueillies par l'administration pénitentiaire, la consommation totale d'eau non potable prévue pour un an de fonctionnement de la prison est de 9,424 millions de mètres cubes. Les études réalisées considèrent que 5,522 millions de mètres cubes seront obtenus par la récupération des eaux de pluie, via un hydrophore.

450.000
euros/an
Selon les calculs de l'administration pénitentiaire, les 135 panneaux solaires disposés sur les toits de la prison de Haren pourraient permettre d'économiser 450.000 euros d'électricité par an, en moyenne.

La prison accueille également une petite station d'épuration des eaux usées issues des douches, bains et cuisines. Chaque année, 3,9 millions de mètres cubes d'eaux grises seront ainsi purifiés par ce biais et réutilisés dans les toilettes, ou même pour arroser les jardins et plantes de l'enceinte. Car oui, il y aura des jardins et des plantes à Haren: deux potagers seront entretenus par les détenus, un dans l'annexe psychiatrique, l'autre dans la maison de peine, où la piste d'une installation de ruches est aussi envisagée.

Ces installations devraient permettre, toujours selon l'administration pénitentiaire, d'économiser 9,4 millions de mètres cubes d'eau par an, soit, au prix de 5 euros/m3, 47.000 euros chaque année.

Les réserves d'énergie devraient permettre de faire des économies nettement plus substantielles. 135 panneaux solaires ont été montés sur le toit de "l'hôtel de ville" - le nom du bâtiment administratif principal -, pour une capacité totale de 50.625 Wp, l'équivalent de 40.500 KWh annuels. Le prix du kilowattheure étant actuellement compris entre 11,85 et 17,7 euros à Haren (selon energielevanciers.be), l'administration pénitentiaire y voit une source d'économie qui tournerait autour de 450.000 euros, chaque année.

Géothermie et cogénération

Mais là où la prison de Haren déploie son innovation la plus prometteuse, c'est dans le domaine de la géothermie. 250 forages ont été menés à bien pour faire appel à la géothermie profonde: un système de pompe à chaleur sur champ de sondes. Il s'agit tout simplement de l'un des plus grands champs géothermiques jamais réalisés dans le pays.

Le principe? Pomper la chaleur ou le froid dans les entrailles de la terre pour chauffer ou refroidir le complexe pénitentiaire. Enfin, l'établissement pénitentiaire utilisera la cogénération, technique qui capte l'énergie rejetée dans l'environnement pour la réutiliser, ici pour produire de l'eau chaude.

2.000
tonnes de co2/an
Les innovations technologiques de la prison de Haren devraient permettre, selon l'administration, de réduire de 2.000 tonnes par an les émissions de CO2.

Si la Régie des bâtiments et l'administration pénitentiaire ne peuvent donner une estimation des économies que permettront les ajouts de la géothermie et de la cogénération, ils considèrent que leur apport permettra de réduire les émissions de CO2 de 2.000 tonnes par an par rapport à un établissement traditionnel.

Partenariat public-privé

La prison de Haren a été bâtie sur base d'un partenariat public-privé (DBFM: "design, build, finance and maintain") par le consortium Cafasso, comprenant le Belge Denys NV, le groupe espagnol FCC et la banque d'investissement australienne Macquarie. La facture s'élève à 40 millions par an durant 25 ans. De ce total d'un milliard d'euros, 382 millions sont destinés à la construction.

"Le partenariat public privé a permis la réalisation de ce projet complexe, de gérer les risques associés et d’en maîtriser le coût. Il est trop tôt à ce stade pour évaluer l’efficacité de ce DBFM. Néanmoins, un audit est en cours pour identifier l’efficacité des DBFM futurs", convient-on au cabinet du secrétaire d'État Mathieu Michel, tutelle de la Régie des bâtiments, qui voit derrière ce projet un "fonctionnement innovant (qui) devrait contribuer à une meilleure réinsertion des détenus".

Le résumé

  • La prison de Haren, en cours de finition, est prévue pour accueillir 1.190 détenus dès septembre 2022.
  • Sa conception fait la part belle aux innovations technologiques "vertes", avec le recours à la géothermie, la cogénération, au photovoltaïque et à un important recyclage des eaux usées.
  • Elle est le fruit d'un partenariat public-privé entre l'État et le consortium Cafasso, pour le prix de 40 millions par an durant 25 ans. De ce milliard, 382 millions sont alloués à la construction.

Les chiffrés clés

  • 250 forages ont été menés à bien pour faire appel à la géothermie profonde: un système de pompe à chaleur sur champ de sondes.
  • 135 panneaux solaires ont été montés sur les toits de la prison pour une capacité totale de 50.625 Wp, l'équivalent de 40.500 KWh annuels.
  • 1 milliard: le prix total de la prison, soit 40 millions d'euros par an durant 25 ans (382 millions pour la construction).

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