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analyse

Le gouvernement wallon veut accélérer le "Stop béton"

Les récentes inondations peuvent changer la donne du plan de développement territorial en Wallonie. ©Photo News

Le "Stop béton", déjà prévu en Wallonie, devra-t-il être revu en fonction de l'adaptation des zones inondables, alors que la surface résidentielle a progressé de 50% en 35 ans?

Le principe est inscrit en lettres d'or dans la déclaration de politique générale du gouvernement wallon: il faudra freiner l’étalement urbain et y mettre fin à l'horizon 2050.

Et parmi les objectifs à remplir pour y parvenir, il convient de plafonner, dès 2025, la consommation des terres non artificialisées, de préserver au maximum les surfaces agricoles, de maintenir, de réutiliser ou de rénover le bâti existant et enfin de localiser au maximum les bâtiments à construire dans les tissus bâtis existants. En d'autres termes, il faut densifier les zones urbaines plutôt que de les étendre à tout-va.

11,2
km²/an
Le rythme de la bétonisation de la Wallonie s'est ralenti depuis les années 1990, avec une artificialisation moyenne de 11,2 km²/an.

Mais les inondations à répétition de ces derniers jours apportent une dimension supplémentaire à cette perspective. Pourra-t-on encore développer le bâti aux abords des cours d'eau? Faut-il revoir en profondeur la carte des zones inondables et quelles en seront les conséquences pour l'urbanisation de ces zones?

Certaines voix se font déjà entendre pour modifier les plans de secteur de manière à mieux intégrer le risque d'inondations. Les urbanistes ou les autorités locales particulièrement.

Artificialisation

Béton, bâtiments, zones résidentielles, infrastructures,… L’artificialisation du territoire wallon se poursuit, et avec elle, des surfaces sont retirées de leur état naturel. En 2020, les terrains artificialisés couvraient entre 1.812 et 2.693 km², soit 11 à 16 % du territoire wallon.

Un rapide plongeon dans les chiffres permet de se rendre compte de l’évolution du phénomène. Selon l’Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique (Iweps), dont la dernière étude sur le sujet date de juin 2021, l’emprise sur les terres naturelles a augmenté de 15,8 km² par an, en moyenne, entre 1985 et 2020, soit 552 km² sur les 35 dernières années.

"Depuis 1985, l’artificialisation du territoire est essentiellement due à l’expansion du résidentiel, dont la superficie est passée de 723 km² à 1.098 km²."
Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique

"Cette artificialisation s’est faite principalement au détriment des terres agricoles, avec, d’après des chiffres issus du cadastre, une perte de superficie de 596 km² entre 1985 et 2020 (soit -6,4 % en 35 ans)", explique l’Iweps.

À l’évidence, une des causes majeure de cette poussée du béton sur le territoire wallon vient du bâti résidentiel. Les terrains résidentiels sont, sans surprise, les terrains artificialisés les plus étendus avec 1.098 km², soit 6,5% du territoire wallon, en 2020. "Depuis 1985, l’artificialisation du territoire est essentiellement due à l’expansion du résidentiel, dont la superficie est passée de 723 km² à 1.098 km² (soit plus de 50%)", détaille l’étude.

Étalement urbain

Selon un rapport de la Conférence permanente du développement territorial de la Région wallonne établi en 2019, la dynamique immobilière résidentielle "s'explique par le besoin d'espace des jeunes ménages avec enfants et par la pression foncière qui décroît en fonction de l'éloignement par rapport à la ville." Il poursuit: "depuis 1990, continue le rapport, c'est principalement dans le Brabant wallon et autour de l'agglomération liégeoise (particulièrement autour de l'axe Liège-Verviers) que la croissance de logements par étalement urbain se poursuit."

Si le rythme de cette bétonisation de la Wallonie a été intense entre la fin des années 1980 et la fin des années 1990, avec une artificialisation moyenne de plus de 18 km²/an, "durant les années 2000, l’artificialisation est tombée à 16 km²/an et elle baisse encore sur la période 2010-2014 à 12,7 km²/an et pour la dernière période de 5 ans (2015-2019) à 11,2 km²/an."

Accélérer le "Stop béton"?

Le cap de 2050 est évidemment symbolique et nécessitera des adaptations qui vont au-delà du stop béton face aux inondations, assure Willy Borsus (MR), le ministre en charge de l’Aménagement du territoire. "Je viendrai avec des propositions au gouvernement à la rentrée par rapport au stop béton en 2050 et l’adaptation du schéma de développement territorial. On pourrait revoir les étapes intermédiaires et accélérer le rythme de la courbe pour, enfin, arriver à ce qu’on ne consomme plus un seul mètre carré du territoire en 2050."

"Il faut certainement maintenir un frein à l'étalement urbain. Mais il faut garder un rythme compatible avec la demande de logement neuf."
Francis Carnoy
Directeur général de la Confédération Construction Wallonie

La Confédération Construction ne réclame évidemment pas un arrêt du bâti. "Les besoins sont réels et se chiffrent à plusieurs dizaines de milliers de logements neufs dans les années à venir, de tous types", estime Francis Carnoy, directeur général de la Confédération Construction Wallonie. Pour le secteur de la construction, le "nouveau" cadastre des zones inondables qui pourrait retirer du marché quelques pourcents de zones constructibles ne doit pas en rajouter une couche à la surchauffe du marché immobilier.

Construire plus grand et plus haut

"Il faut certainement maintenir un frein à l'étalement urbain. Mais il faut garder un rythme compatible avec la demande de logement neuf. Sans quoi on risque d'ajouter un facteur à l'échauffement des prix du marché. En corollaire, il faut permettre la densification urbaine notamment en augmentant les gabarits de construction", plaide encore le secteur.

Et donc plutôt que d'interdire à la construction des zones potentiellement inondables, la Confédération prône une adaptation du cahier des charges pour intégrer ce risque. Avec des constructions surélevées ou dont les points sensibles sont placés aux étages et la constitution d'espaces perméables.

Et le secteur lorgne aussi sur les (nombreuses) friches industrielles, souvent propriétés régionales et en zones périurbaines. "Il y a là un réservoir important de terrains déjà artificialisés qui peuvent être réaffectés au logement ou à l'activité économique."

Le résumé

  • Le "stop béton" décrété en 2050 en Wallonie est-il compatible avec les besoins de logements?
  • La révision du cadastre des zones inondables modifie-t-elle cet objectif et son timing?
  • L'articialisation des terres se poursuit mais à un rythme moins soutenu que dans les années 80 ou 90.
  • Le secteur de la construction approuve la tendance mais réclame des mesures pour favoriser la densification urbaine.

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