Le soldat "Construction" sera-t-il sauvé trop tard?

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Le secteur de la construction réclamait une attention particulière du gouvernement dans le cadre du tax shift. Il a été partiellement entendu. Une enveloppe de 605 millions lui sera dédiée... en 2020.

Parfois, la date à laquelle on reçoit une aide financière revêt autant d’importance que le montant de ladite aide. Prenez le secteur de la construction. Après des années d’or, le voilà qui tire la langue; le tournant s’est opéré lors du dernier trimestre 2011. Fin août, l’administrateur délégué de la Confédération Construction tirait, dans ces colonnes, la sonnette d’alarme. Depuis la fin 2011, le secteur a perdu 20.000 emplois salariés, alors qu’il en créait auparavant, chiffrait alors Robert de Mûelenaere. "Et, à ce rythme-là, d’ici la fin de la législature, en 2019, il en disparaîtra au minimum 20.000 de plus. Je dis au minimum, parce que le phénomène s’accélère."

32 vs 22 €
Le salarié belge coûte, au total, 32,26 euros de l’heure, contre 22,69 en Pologne.

Ce qui inquiète le plus le secteur, c’est la concurrence exercée par les travailleurs détachés, assujettis à la sécurité sociale de leur pays d’origine. On vous résume: le salarié belge coûte, au total, 32,26 euros de l’heure, contre 22,69 en Pologne, 27,44 au Portugal et 27,37 en Roumanie. Mais au fait, réduire le coût du travail, n’était-ce justement pas l’un des objectifs du tax shift mis en place par le gouvernement? Mesure la plus marquante: la baisse progressive du taux facial des cotisations patronales, de 32,4% à 25%. Sauf que dans la construction, le taux effectivement payé par les employeurs est déjà très proche de ces 25%. "L’effet du tax shift sur nos coûts salariaux sera de l’ordre de 2% d’ici 2019, ce qui représente une réduction de 50 à 60 eurocents par heure", chiffre Robert de Mûelenaere.

"Les entreprises ne peuvent attendre"

Insuffisant pour renverser la vapeur, vous l’aurez compris. Et loin de la réduction de coût salarial de 6 euros que la Confédération appelait de ses voeux. "Une baisse de six euros ne résorbe pas l’entièreté du différentiel salarial, explique Robert de Mûelenaere. C’est par contre suffisant pour faire valoir les atouts de nos entreprises, comme la proximité, la productivité ou la connaissance de la langue."

"Si cette mesure n’entre pas en vigueur en 2016, elle ne permettra pas d’activer le basculement."
Robert de Mûelenaere
Confédération construction

Eh bien, miracle!, le secteur a été entendu. Dans les enveloppes libérées au fur et à mesure par Michel afin d’abaisser les charges patronales, il en est une, de 604,9 millions, destinée à la construction. "Nous avons été entendus", se réjouit le patron de la Confédération. Au-delà même de ses attentes, puisque le secteur avait présenté au gouvernement un plan à 550 millions. "Si cet effort est libéré en une fois afin d’appliquer un choc de compétitivité, il sera suffisant pour stopper la destruction d’emplois, et contient même une marge suffisante pour créer à nouveau de l’emploi et de l’activité. Nous avons effectué les calculs de manière pluriannuelle. Avec les retombées qui s’installent au fur et à mesure, ce plan arrive à l’équilibre dès la deuxième année et générera en 2019 1,3 milliard d’effets retours. Ce qui laisse un solde positif de 700 millions!" À la condition expresse que ce choc se produise immédiatement. "Si cette mesure n’entre pas en vigueur en 2016, elle ne permettra pas d’activer le basculement de tendance. Les entreprises ne peuvent plus attendre."

Confiant, Robert de Mûelenaere se base sur une notification émanant du conseil des ministres. Datée du 11 octobre 2015, elle stipule que les ministres concernés "examineront la possibilité" de faire entrer en vigueur ce tax shift "spécial construction" en janvier 2016. Le hic, c’est que la Confédération risque de solidement déchanter. Parce que le projet de loi traduisant la réforme fiscale est formel: ce n’est que la dernière tranche, libérée en 2020, qui accordera "une attention particulière au secteur de la construction". Les cabinets du Premier, de Kris Peeters (CD&V, Économie) et de Maggie De Block (Open VLD, Affaires sociales) confirment: 2020. "Après, nous sommes ouverts à la discussion pour que cela soit activé plus tôt", glisse-t-on chez De Block.

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