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analyse

Les chantiers de Besix au Qatar, exemplaires ou "peut mieux faire"?

Inauguré en 2019, à 15 km de Doha, le stade Al-Wakra a été dessiné par Zaha Hadid et construit par Besix. Sa capacité avoisine 45.000 places, son toit est rétractable et son budget est estimé à 300 millions d'euros. ©BESIX

La Coupe du monde de foot qui se tiendra au Qatar a déjà fait couler beaucoup d'encre, notamment en raison des conditions de travail sur les chantiers de construction des stades. Visé par les critiques, le groupe Besix se défend.

Les lampions de l’Euro sont à peine éteints que se profilent déjà la prochaine Coupe du monde au Qatar et les polémiques autour de cette organisation. On pense, en premier lieu, à la construction des stades et les accusations qui ont fusé concernant les conditions de vie imposées aux dizaines de milliers de travailleurs migrants embauchés pour construire les infrastructures dans les délais impartis par la FIFA.

L'ex-patron de Besix, Rik Vandenberghe, a admis être régulièrement questionné par des collaborateurs inquiets, tout particulièrement les nouveaux engagés, sur les conditions de vie des ouvriers sur les chantiers du groupe au Qatar.

Certains médias évoquent des milliers de morts et d'accidents - 6.500 morts accidentelles selon The Guardian -, qui seraient liées aux grands chantiers de préparation au Mondial. Impossible pour le groupe belge de construction Besix, présent dans le Golfe Persique depuis 1965, de rester muet. Entre 2014 et 2019, Six Construct, filiale du groupe, a rénové au Qatar un stade existant et en a construit un neuf.

Interrogé il y a quelques semaines en marge des dernières accusations relayées par certains partis politiques belges, qui demandent officiellement au gouvernement fédéral de boycotter l’événement, le patron sortant du groupe Besix, Rik Vandenberghe, admettait, juste avant d'être remercié et d’être remplacé par Pierre Sironval, être régulièrement questionné sur ce point par des collaborateurs inquiets, tout particulièrement les nouveaux engagés. De là à considérer le sujet qui fâche comme un obstacle à de nouvelles embauches?

Séparer le bon grain de l’ivraie

Besix admet avoir déploré trois accidents fatals en cinq ans sur ses chantiers de construction ciblant les infrastructures sportives au Qatar. Des accidents mortels qui concernent deux travailleurs migrants et un travailleur non migrant, dont deux sous contrat pour des sous-traitants. "Notre entreprise n’a jamais nié ou esquivé ses responsabilités. Et même si Besix Group possède l'un des meilleurs bilans de sécurité sur les sites de construction au Moyen-Orient, aucun accident n’est pris à la légère."

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Besix admet avoir déploré trois accidents fatals en cinq ans sur ses chantiers de construction ciblant les infrastructures sportives au Qatar.

"D’ailleurs, dans de nombreux cas, notre bilan de sécurité local y est souvent meilleur que partout ailleurs dans le monde, y compris en Europe", précise la direction de Besix. Quant aux risques de rejeter la faute sur la sous-traitance, fréquents dans le secteur, Besix précise ne pas travailler avec des agences de recrutement qui imposent des paiements rétroactifs ou exigent des frais de recrutement aux travailleurs migrants.

Avant son départ, Rik Vandenberghe nous confiait avoir envoyé un courrier interne au sujet des conditions de travail dans le Golfe, pour couper court aux rumeurs. Pour étayer ses propos, il renvoyait vers plusieurs organisations et institutions internationales citant publiquement Besix Group ou Six Construct comme une possible référence en la matière. "Durant la session du Comité des Affaires étrangères du Parlement flamand, le Président du conseil d’administration de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) a insisté sur les différences de conditions de travail des travailleurs migrants au Qatar existant d’une entreprise à l’autre. Il a ajouté que les pratiques de Besix figuraient parmi les meilleures dans ce domaine, rejoint en cela par le directeur d’Amnesty International en Belgique ou l’ONG Business & Human Rights Resource Centre (Royaume-Uni) pointant tous deux Besix comme un exemple à suivre dans la zone du Golfe", indiquait-il.

Un accord-cadre à grande échelle

Dès 2017, un accord-cadre a été signé entre les représentants du Conseil d’entreprise européen de Besix et l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB), une fédération internationale qui représente à elle seule près de 12 millions de travailleurs et regroupe 351 syndicats à travers 127 pays (dont la CSC et la FGTB pour la Belgique). L’accord en question a pour but de promouvoir le bien-être des personnes employées par Besix Group, mais aussi par ses partenaires.

"Il nous reste un an avant la Coupe du monde pour faire bouger durablement les lignes."
Pierre Cuppens
Sécrétaire général de la CSC Bâtiment

Questionné à ce propos, Gianni De Vlaminck, secrétaire fédéral de la Centrale Générale FGTB, valide les accords mis en place. Même s’il indique immédiatement que ceux-ci n’ont pas de valeur juridique et doivent encore améliorer leurs effets contraignants sur le terrain, le représentant des travailleurs applaudit les démarches entreprises par Besix dans un secteur où il est bien difficile de contrôler à l’impromptu, qui plus est au bout du monde.

De son côté, Pierre Cuppens, le secrétaire général de la CSC Bâtiment, se montre plus nuancé et assure qu'il y a encore beaucoup de choses à mettre en place en matière de sécurité sur les chantiers dans cette zone du monde. "J’ai eu une réunion avec l'Union belge de football où la décision a été  prise, suite aux allégations récentes relayées dans la presse, de créer dès le mois prochain une cellule spéciale de travail avec les ONG belges pour améliorer les choses. C'est un pas dans le bon sens et il nous reste un an avant la Coupe du monde pour faire bouger durablement les lignes", se réjouit le représentant des travailleurs.

Le résumé

  • Au lendemain de l'Euro 2020, se profile déjà la prochaine Coupe du monde au Qatar et les polémiques autour de la construction des stades.
  • Le groupe belge Besix, qui a construit un stade et en a rénové un autre, n'échappe pas aux critiques sur les conditions de vie des travailleurs migrants.
  • L'entreprise de construction se défend et assure posséder l'un des meilleurs bilans de sécurité sur les sites de construction au Moyen-Orient. Selon certaines ONG, Besix est un exemple à suivre dans la zone du Golfe.
  • Le sécrétaire général de la CSC Bâtiment, estime toutefois qu'il y a encore beaucoup de choses à mettre en place en matière de sécurité sur les chantiers dans cette zone du monde.

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