Matexi mise sur le micro-logement neuf à 100.000 euros et cible le Hainaut

Complexe d’appartements neufs à La Louvière, dans le quartier Tivoli. Le permis d’urbanisme (128 logements) est purgé de tout recours. Le chantier phasé a débuté. ©Matexi

L’état de délabrement avancé de l’habitat historique wallon le rend coûteux en énergie et en rénovation. Matexi préconise la construction de micro-logements neufs de nouvelle génération avec un prix plancher proposé permettant l’accès à la propriété des moins fortunés. Mais les décideurs locaux et les administrations restent peu réceptifs pour l’instant.

Le leader belge de la promotion immobilière résidentielle voit petit… mais "maousse costo": il veut produire des logements neufs et ergonomiques à la portée de toutes les bourses, en ciblant d’abord le Hainaut. Patrick Joly n’en démord pas et veut en faire son cheval de bataille dès l’an prochain: la Wallonie a besoin dès demain de logements accessibles à prix démocratiques et économes en énergie. "Et on veut aller beaucoup plus loin que les typologies de logement actuellement mises sur le marché. Avec mon équipe, on a développé des appartements 1 chambre de 40 m². L’appartement 2 chambres que nous allons développer fait 55 m². Tous avec balcon et clé sur porte, en apportant énormément d’attention aux aménagements intérieurs et extérieurs de ces micro-logements de nouvelle génération", détaille le responsable de projets pour les provinces de Namur et du Hainaut, qui milite aujourd’hui pour que les décideurs locaux ne restent pas braqués sur le tabou de la superficie – d’ailleurs déverrouillé par le nouveau CoDT (Code wallon de Développement territorial) –, mais viennent se convaincre en trois dimensions des fonctionnalités d’un espace de vie intelligemment repensé.

Décideurs locaux réticents

Pour les initiateurs de ce projet, le plus difficile, au stade actuel, est de pouvoir concrétiser le concept sur le terrain. "Nous avons trouvé récemment un accord avec la Ville de Quaregnon pour lancer un premier projet basé sur ce concept novateur chez nous. On va leur acheter deux terrains communaux et y construire deux maisons de rangée modèles de 90 m² une reproduction des corons revisités par Matexi avec un terrain d’un are, 1,5 are et 8 appartements. On pourra ainsi démontrer notre expertise et expliquer grandeur nature aux bourgmestres du coin qu’il y a moyen de faire petit, démocratique sans être un marchand de sommeil ni manquer de respect à l’occupant final", insiste Patrick Joly, convaincu d’avoir inventé le fil à couper le prix de la brique en deux: l’appartement 1 chambre sera commercialisé à partir de 100.000 euros hors TVA; la maison mitoyenne, à 150.000 euros.

Son espoir, à aboutir d’ici deux ans: faire boule de neige dans les communes voisines avec des produits similaires. Mais ce n’est pas gagné, même si l’état de délabrement avancé de l’habitat historique dans la zone en a urgemment besoin. "Il est grand temps de songer à éliminer les passoires qui tapissent la plupart du territoire wallon urbain habitable!", milite-t-il à l’attention des édiles communaux.

A Quaregnon, par exemple, Matexi s’inscrit dans un plan de revitalisation urbaine. Elle salue d’ailleurs l’ouverture d’esprit du bourgmestre Jean-Pierre Lepine (PS), qui a osé croire au concept. Patrick Joly espère encore signer le compromis pour l’acquisition des terrains avant 2018 et déposer les demandes de permis pour l’été, histoire de commencer les travaux dès septembre.

A Boussu aussi, la société de promotion ambitionne de faire la preuve par l’exemple. Mais l’architecte locale ne l’entend pas de cette oreille: "Elle ne veut pas descendre sous la barre des 100 m2 pour un 2 chambres. Or, le pouvoir d’achat local est un des plus bas de Belgique… C’est un non-sens économique, car on condamne les jeunes à rester locataires, sans pouvoir investir dans leur habitat", pose Joly.

Selon ce dernier, certains bourgmestres du Borinage affichent d’ailleurs clairement leurs prétentions à attirer dans leurs communes des habitants avec un pouvoir d’achat revu à la hausse; ce qui, pour lui, est contre-nature quand on connaît le niveau de vie moyen de la population locale. "Nos bureaux hainuyers sont situés à côté de Farciennes. Donc, nous avions logiquement dans l’idée de lancer un projet sur la commune. Mais le bourgmestre ne semble pas impatient de soutenir un projet de logements neufs à bas prix. Je suis allé trouver son bras droit il y a deux mois pour disposer d’un terrain à acheter; j’attends toujours sa réponse…", soupire Joly.

A moins d’un an de l’échéance électorale communale, il fait le tour des chapelles et des terrils. Il compte d’ailleurs aller prochainement voir, avec deux gros projets qu’il aimerait initier à Charleroi, de quel bois se chauffe Paul Magnette maintenant qu’il est pleinement revenu aux affaires locales. Une demande de permis déposée à Marcinelle en 2014 pour construire 12 maisons et 50 appartements neufs à Val au Bois y reste désespérément en rade. Un projet résidentiel sur l’ex-site industriel de Verlipack à Jumet reste également en attente. "Il va falloir que Paul Magnette se mouille pour faire bouger les choses. Je pense sincèrement qu’il ne maîtrise pas toute son administration. Et nous, il faut bien qu’on passe par là… Si vous envoyez des courriels, vous n’avez pas même d’accusé de réception. Le cheminement à suivre est lourd, complexe et long", soupire le patron.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés