interview

"Velux verse 90% de ses dividendes à des fondations" (David Briggs, CEO de Velux)

©VELUX

Comme Lego ou Carlsberg, Velux figure parmi les fleurons de l’économie danoise. Nommé en 2018 à la tête du célèbre fabricant de fenêtres de toit, le Britannique David Briggs a entrepris de positionner la firme davantage dans le secteur commercial alors qu’elle était jusqu’ici cantonnée dans le résidentiel. De passage en Belgique, il explique à L’Echo l’évolution de cette société au modèle d’affaires particulier, créée durant la Seconde Guerre mondiale.

Où en est Velux aujourd’hui?

Velux est détenue par le holding VKR. Celui-ci est actif dans trois secteurs de la construction: les fenêtres de toit avec Velux, marque premium qui représente la grande majorité des revenus, et Alta Terra qui est une marque de distributeurs; il y a aussi Dovista qui fabrique des fenêtres de façades et on a une activité dans les installations solaires thermiques dans les villes. On est présents dans 40 pays dans le monde avec des usines dans 10 pays. L’ensemble réalisait en 2018 2,6 milliards de chiffre d’affaires, en hausse de 5% et 239 millions de bénéfices.

"Il a été un moment question de mettre le mot Velux dans le dictionnaire français. On s’est battus pour l’éviter!"

Votre prédécesseur privilégiait la croissance interne mais vous avez lancé une politique d’acquisitions. Pourquoi?

80 à 90% de nos ventes viennent du marché résidentiel. Le secteur commercial – entrepôts, hôpitaux, bureaux, centres commerciaux, bâtiments publics, écoles… – représente donc un relais de croissance. Velux veut améliorer l’environnement de la maison car nous passons 90% de notre temps à l’intérieur. Pourquoi dès lors ne pas avoir la même ambition pour le lieu de travail où on passe 40 heures par semaine? D’où les trois acquisitions dans ce secteur: Wasco aux Etats-Unis, Jet en Allemagne et Vitrac au Danemark.

Quels sont vos principaux marchés et quelle est la place de la Belgique?

L’Allemagne, devant la France et la Grande-Bretagne. En Belgique, nous réalisons 92 millions de chiffre d’affaires et employons 87 personnes. Nous y sommes depuis 1972. Un moment, ce fut même notre marché le plus rentable.

"80% des maisons dans lesquelles on habitera en 2050 sont déjà construites. La rénovation reste notre principal marché."

Aujourd’hui, quand on observe les maisons contemporaines, de moins en moins ont un toit en pente. Ce n’est pas bon pour vous…

C’est ennuyeux, d’autant que ce n’est pas propre à la Belgique. Voilà pourquoi on a investi massivement dans le lancement d’une gamme de fenêtres de toit pour toits plats. Cela dit, 80% des maisons dans lesquelles on habitera en 2050 sont déjà construites. La rénovation reste donc notre principal marché. Notamment en Belgique, où tout le parc immobilier résidentiel existant va devoir être rénové d’ici 2050.

Quel est le rôle de Velux dans ce contexte?

On va bientôt annoncer notre stratégie en matière de développement durable. On a un rôle de leader à jouer car nos produits isolent mieux et notre empreinte carbone est faible. On a ainsi lancé une fenêtre connectée avec des capteurs mesurant l’humidité, le taux de CO2, la température, etc. le tout en fonction de la météo. Sur base de ça, un algorithme permet de baisser stores et volets au bon moment, d’ouvrir et fermer la fenêtre pour que le climat soit idéal. Ceci pour dire que cette problématique est une énorme opportunité à condition que les gouvernements et les investisseurs comprennent que si on doit améliorer la performance énergétique des immeubles, cela ne peut pas se faire au détriment du bien-être et de la santé des gens. Aujourd’hui, nous gagnons de l’argent, on peut donc investir, d’autant que nos actionnaires ont une vision à très long terme visant le bien-être de la société.

"Un moment, la Belgique fut notre pays le plus rentable."

C’est un discours assez marketing. Que voulez-vous dire par là?

VKR est contrôlé à 90% par trois fondations – un système courant dans les pays nordiques – et à 10% par la famille fondatrice. 90% de nos dividendes sont versés à ces fondations qui les réinvestissent dans la société pour des projets culturels, la recherche scientifique ou le bien-être de nos employés. 168 millions d’euros ont ainsi été distribués en 2018. Quant au reste de nos profits, il est affecté aux investissements.

"Le Brexit? C’est désolant. On n’investit plus au Royaume-Uni. Comme nous n’avons pas d’usine sur place, on sera obligés d’y augmenter nos prix."

Velux est devenu un nom commun comme Bic ou Post-it. Problème ou opportunité?

Tout le monde connaît le nom, cela nous aide beaucoup. Mais cela peut devenir un gros désavantage si on ne protège pas la marque. Si le client en magasin dit "je veux un Velux", la marque ne nous appartient plus. Il a même été question de mettre le nom dans le dictionnaire français. On s’est battus pour l’éviter car quand cela rentre dans un dictionnaire, ce n’est plus une marque, tout le monde peut s’en servir.

Vous êtes Britannique et la Grande-Bretagne est votre 3e marché. Quel sera l’impact du Brexit pour Velux?

Si vous avez un passeport belge, je suis preneur! À titre personnel, je trouve le Brexit désolant. Nous payons le fait que depuis 30 ans, on a laissé certains se présenter comme victimes de l’Europe, mais on n’a jamais su expliquer ses bénéfices. Je ne pardonnerai jamais à David Cameron d’avoir fait un référendum pour régler des problèmes internes à son parti. Il a transféré ses divisions à la population. Quant à Velux, on est comme toutes les entreprises, on n’aime pas l’incertitude. Donc on n’investit plus au Royaume-Uni. Comme nous n’avons pas d’usine sur place, on sera obligés d’augmenter nos prix. Le problème, c’est que cela aura un effet sur la demande. J’espère donc qu’on trouvera un accord afin de rester le plus étroitement possible lié au marché européen.

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