Alstom prêt à racheter la division ferroviaire de Bombardier

Pour certains experts, la vente de ses actifs ferroviaires pourraient permettre à Bombardier de garder la main sur ceux de l'aéronautique.

Très endetté, le conglomérat canadien envisage plusieurs cessions d'actifs pour se renflouer et verrait d'un bon œil la proposition du Français de racheter ses trains et métros.

Après l'échec de son rapprochement avec Siemens, le français Alstom jette son dévolu sur une nouvelle cible: Bombardier. Ou plus précisément sur les trains et métros de son rival québécois. Mercredi soir, le groupe hexagonal a d'ailleurs tenu un conseil d'administration pour examiner le rachat de la branche ferroviaire (8,3 milliards de dollars de chiffre d'affaires) de son concurrent.

Si l'on en croit le quotidien allemand Handelsblatt, le groupe français aurait fait une offre de 7 milliards d'euros sur cette division. Côté calendrier, rien de certain pourtant, si ce n'est qu'Alstom pourrait dévoiler sa proposition au groupe canadien dans les jours qui viennent, selon BFM Business. Avec le montage suivant: le français pourrait payer en cash son bloc d'actions, représentant 70% du capital, et en actions les 30% restants contrôlés par la Caisse des dépôts du Québec.

Feu vert européen

Ce futur mariage aurait d'ailleurs déjà recueilli l'assentiment de la Caisse des dépôts du Québec et de l’État français. Même si celui-ci ne suffira pas. En effet, cette union devra également, si elle s'officialise, obtenir l'accord de la Commission européenne. Un feu vert loin d'être automatique. L'Europe, on s'en souvient, s'était opposée l'an dernier à la fusion du français avec l'allemand Siemens Mobility au motif que cet "Airbus ferroviaire" aurait pu exercer une réelle domination dans son secteur.

Cette fois, le rapprochement d'Alstom avec Bombardier créerait un géant des technologies ferroviaires de 15 milliards d'euros. De fait, la branche Transports de Bombardier - dont la plupart des activités sont basées en France et en Allemagne - représente plus des deux tiers du carnet de commandes du constructeur Canadien. Pour l'heure, le groupe Bombardier est cependant resté discret quant à une telle issue. "Ce processus est toujours en cours, mais la société n'entend pas fournir davantage d'informations à ce stade", a seulement indiqué la multinationale dans un communiqué.

Une dette colossale

8,2 milliards
Un groupe criblé de dettes
Avec 8,2 milliards d'euros de dettes, le géant canadien Bombardier se voit dans l'obligation de céder une grande partie de ses actifs.

Criblé de dettes, à hauteur de 8,2 milliards d'euros, le géant canadien se voit dans l'obligation de céder une grande partie de ses actifs pour se maintenir à flot. Le groupe a d'ailleurs dévoilé jeudi matin qu'il était tombé dans le rouge en 2019, essuyant une perte nette de 1,6 milliard de dollars américains, contre un bénéfice de 318 millions en 2018. Son chiffre d'affaires a, quant à lui, baissé de 3% à 15,8 milliards de dollars. Un contexte difficile qui oblige la multinationale à envisager plusieurs "options lui permettant d'accélérer son désendettement" et de se "positionner pour assurer son succès à long terme".

Si pour certains experts, la vente de ses actifs ferroviaires pourraient lui permettre de garder la main sur ceux de l'aéronautique, d'autres évoquent aussi la piste d'une cession de ses activités d'aviation d'affaires qui emploient cependant davantage de personnes au Québec. Début février, Bombardier a entamé des discussions avec la compagnie américaine Textron, propriétaire des jets Cessna. Enfin, le groupe canadien doit également confirmer s'il envisage de garder ou non sa branche d'aviation régionale à laquelle s'intéresse le japonais Mitsubishi Heavy.

Fin de l'aventure A220

Cette transaction finalise notre retrait stratégique du secteur aéronautique commercial.
Alain Bellemare
président et chef de la direction de Bombardier

Pas plus tard que ce matin, Bombardier a d'ailleurs officialisé sa sortie de l'A220 en cédant à Airbus et au gouvernement du Québec le solde de sa participation (33,58%) dans la société en commandite Airbus Canada. L'avionneur européen et le gouvernement de la province canadienne sont donc les seuls actionnaires à bord de ce programme. Airbus détenant désormais 75% (contre 50% auparavant) du capital d'Airbus Canada tandis que le gouvernement du Québec s'octroie le solde (25% contre 16,36%).

En échange, Bombardier recevra 591 millions de dollars américains et se voit libéré de ses obligations de financement à l'égard d'Airbus Canada. "Cette transaction soutient nos efforts pour régler la question de notre structure de capital et finalise notre retrait stratégique du secteur aéronautique commercial", a souligné le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare. De quoi alléger un peu le fardeau de cette mauvaise passe. Marjorie Cessac

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