Des Belges au cœur d'un projet spatial novateur low cost

Les CubeSats du projet QB50 ont été déployés depuis la Station spatiale internationale. ©NASA

L’Institut von Karman, à Rhode-Saint-Genèse, a orchestré un projet de constellation de satellites miniaturisés (CubeSats) qui vont étudier une zone quasi inexplorée de l’atmosphère, la thermosphère.

Ils ont pour noms Havelsat, Columbia, Phœnix… Ce sont des nanosatellites (ou CubeSats, dans le jargon spatial) qui font à la base 10 centimètres de côté et pèsent moins de 1,33 kg. Le déploiement de 28 de ces petits engins bon marché, fabriqués à partir de composants électroniques banalisés, vient d’être achevé depuis la Station spatiale internationale (ISS), où ils avaient été acheminés il y a quelques semaines par un module de réapprovisionnement Cygnus.

L’objectif de cette constellation, qui sera complétée en juin par 8 autres CubeSats à lancer par une fusée indienne, est de prendre des mesures dans une zone quasi inexplorée de l’atmosphère, la thermosphère.

9 millions €
Quelque 9 millions d’euros, sur les 11 millions que le projet a coûtés, ont été apportés par la Commission européenne.

Baptisé QB50, le projet est issu d’une collaboration entre universités et instituts de recherche de 23 pays, le tout coordonné par l’Institut von Karman et financé par l’Union européenne à hauteur de 9 millions d’euros. Situé à Rhode-Saint-Genèse, l’Institut von Karman (VKI) est un centre de recherche et de formation dans le domaine de la dynamique des fluides et de l’aérodynamique. Sa réputation est internationale, bien qu’il soit peu connu du grand public en Belgique.

Uberisation de l’espace

Sur le plan scientifique, les 36 CubeSats vont donc étudier les couches supérieures de l’atmosphère, la thermosphère, située entre 200 et 400 km d’altitude. Cette zone est la moins explorée car difficile à atteindre. Elle est en effet trop haute pour les radars ou petites fusées et trop basse pour les satellites. "On ne fait généralement qu’y passer lors de la rentrée dans l’atmosphère. On n’y reste pas", explique Olivier Chazot, responsable du département Aeronautics and Aerospace du VKI. " Il s’agit de la toute première étude coordonnée à l’échelle mondiale des facteurs qui régissent la thermosphère", précise de son côté Davide Masutti, chef de projet QB50 au VKI.

©NASA

Les 36 CubeSats vont mesurer les molécules gazeuses et les propriétés électriques de la thermosphère. Les données seront centralisées par le VKI et serviront à mieux comprendre la relation entre l’atmosphère terrestre et les radiations solaires. Les résultats seront utilisés dans le domaine des prévisions météo notamment. Cette zone est également importante pour comprendre avec précision la trajectoire de rentrée de tout véhicule spatial. Les nanosatellites évolueront en orbite pendant un an ou deux puis se consumeront dans l’atmosphère.

Mais ce n’est pas tout. Outre son aspect purement scientifique, QB50 a également pour objectif de faciliter l’accès à l’espace pour les universités et centres de recherche, de faire la démonstration de nouvelles technologies dans l’espace et de contribuer à la collaboration spatiale et à la formation scientifique.

"Nous entrons dans l’ère de l’uberisation de l’espace."
Olivier Chazot
Responsable du département Aeronautics and Aerospace du VKI

Malgré son caractère novateur, le projet affiche en effet un coût ridiculement bas: de l’ordre de 11 millions d’euros. Soit une petite partie des coûts d’une mission conventionnelle. "Nous entrons dans l’ère de l’uberisation de l’espace, relève encore Olivier Chazot. L’accès à l’espace devient de plus en plus facile. Un kg à satelliser, avec les Indiens, c’est 8.000 euros. Bien sûr, vous ne pouvez pas choisir l’orbite ou le calendrier." Les prix "cassés" des Indiens ou d’autres nouveaux compétiteurs n’expliquent pas tout. Le système de déploiement de CubeSats à partir de l’ISS par la firme américaine Nanoracks a lui aussi permis de faire baisser les prix.

Le "launcher sharing" qui se dessine dans le domaine spatial permettra d’ailleurs à l’Institut von Karman d’envoyer dans quelques mois son propre CubeSat vers les étoiles, en même temps que d’autres mini-satellites qui n’ont pas pu être achevés dans le cadre du projet QB50.

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