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Affaibli, Boeing reprend la production du 737 MAX

Boeing a déjà annoncé la suppression de 16.000 emplois dans sa branche aviation civile. ©Photo News

Boeing a relancé la production du 737 MAX "à un rythme faible". Mais la remise en service de l'appareil n'est pas imminente, la certification des modifications effectuées n'ayant pas encore eu lieu.

Bonne nouvelle pour les sous-traitants de Boeing: l'avionneur américain a annoncé mercredi avoir repris la production du 737 MAX, avion cloué au sol depuis plus d'un an après deux accidents rapprochés ayant fait 346 morts. La remise en service de cet avion vedette n'est toutefois pas imminente, car Boeing doit encore obtenir le feu vert des autorités de l'aviation civile sur les modifications effectuées, notamment sur le logiciel anti-décrochage MCAS mis en cause dans les deux accidents.

Un vol test supervisé par les régulateurs est en effet nécessaire. Des sources réglementaires ont indiqué, la semaine dernière à l'AFP, que cet essai en vol n'aurait pas lieu avant juin, ce qui est de nature à bousculer le calendrier de Boeing, qui espère un retour dans le ciel du 737 MAX "mi-2020".

Le 737 MAX représente plus de deux tiers du carnet de commandes de Boeing.

De fortes tensions

"Le programme 737 a recommencé à assembler des appareils à un rythme faible, tout en mettant en place plus d'une dizaine d'initiatives destinées à améliorer la sécurité de l'environnement de travail et la qualité des produits", a indiqué le géant de Seattle mercredi dans un communiqué. Le groupe avait suspendu la production du 737 MAX en janvier, pour tenter d'aplanir de fortes tensions entre son ancien PDG Dennis Muilenburg et les autorités de l'aviation civile et les compagnies aériennes clientes.

1%
du PIB américain
Boeing représente environ 1% du PIB de la première économie du monde.

Avant cette décision, Boeing était parvenu à produire quelque 400 appareils entre l'accident d'Ethiopian Airlines le 10 mars 2019 et le 31 décembre. Cet avion représente plus de deux tiers du carnet de commandes et est central dans la survie à moyen terme du constructeur aéronautique qui, comme l'ensemble du transport aérien, souffre de la crise sanitaire.

Un mastodonte à la réputation ternie

Boeing a déjà annoncé la suppression de 16.000 emplois, soit 10% de ses effectifs dans les avions civils, alors que les annulations de commandes s'accumulent pour le 737 MAX. Le géant aéronautique représente environ 1% du PIB de la première économie du monde. Il revendique 17.000 fournisseurs aux États-Unis, 2,5 millions d'emplois directs et indirects et est un des plus importants fournisseurs du Pentagone.

Pour Boeing, le chemin vers le redressement s'annonce tortueux.

L'avionneur est confronté à une nouvelle ère en 103 ans d'histoire: à cause de la crise du MAX et de la pandémie, il n'est plus le mastodonte infaillible qui a dominé l'aéronautique pendant des décennies. Il a réussi à se faire prêter 25 milliards de dollars par des investisseurs privés pour assurer sa survie, mais il lui faut reconstruire sa réputation, ternie par une succession de révélations assassines sur sa culture interne, qui a conduit à des dysfonctionnements lors du développement du 737 MAX.

Airbus a creusé son avantage

Le chemin vers le redressement s'annonce tortueux car la crise sanitaire provoquée par le nouveau coronavirus a quasiment détruit le marché des gros avions, déjà en souffrance. Le géant de Seattle ne produira plus que 10 appareils 787 par mois jusqu'en 2021, contre 14 en début d'année, et descendra à sept unités en 2022.

Son rival Airbus a creusé son avantage dans les monocouloirs, avance que devrait conforter la pandémie, car les compagnies aériennes entendent recourir davantage à ces avions plus faciles à remplir et consommant moins de carburant. 

Globalement, la ligne de produits de Boeing est aujourd'hui inférieure à Airbus, malgré l'arrêt de la production de l'avion géant A380 par le constructeur européen. Le 787 est un appareil novateur, mais sa demande est faible. Le 777X est un bon avion mais il n'a plus de marché et la famille MAX est inférieure au programme A320neo. Enfin, Boeing n'a pas d'avion rival à l'A220, hérité de Bombardier. Le nouveau CEO David Calhoun a averti qu'il n'y aurait sans doute pas de lancement d'un avion entièrement neuf dans les dix ans, alors qu'une décennie vient déjà de passer sans que Boeing ne conçoive un nouveau produit. 

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