Airbus promet l'avion à hydrogène pour 2035

Airbus a dévoilé trois concepts d'avion commercial zéro émission, désignés sous le nom de code "ZEROe". ©AFP

Le géant européen a dans ses cartons trois projets d'avion utilisant l'hydrogène. Le patron d'Airbus estime possible une entrée en service pour 2035. Une révolution dans le transport aérien.

Il y a encore un an, les experts aéronautiques estimaient peu probable l’utilisation massive de l’hydrogène avant 2050 dans l'aviation commerciale. La crise du coronavirus et les préoccupations climatiques viennent de bouleverser ces prévisions: le constructeur européen Airbus, confronté comme son rival Boeing à une baisse drastique des commandes de nouveaux appareils, a dévoilé lundi trois concepts d'avions propulsés à l'hydrogène, en affirmant que l'un de ces appareils entrerait en service en 2035.

L'avionneur planche sur trois concepts d'appareils, tous propulsés à l'hydrogène et désignés sous le nom de code "ZEROe" pour "zéro émission". Le moteur à hydrogène n'émet pas de pollution puisqu'il ne produit que de la vapeur d'eau. En revanche, cela suppose que l'hydrogène soit elle-même propre, c'est-à-dire produite par électrolyse de l'eau en utilisant une électricité issue de sources renouvelables ou à tout le moins faiblement carbonées. Pour de nombreux spécialistes, une augmentation importante de la production d'énergie propre sera donc nécessaire pour développer cette filière, d'autant qu'à l'heure actuelle, l'hydrogène "verte" est plus chère que l’hydrogène d’origine fossile.

Réduire les volumes

Le premier projet d'Airbus est un turboréacteur de configuration classique transportant de 120 à 200 passagers – soit l'équivalent d'un A220 ou d'un A320 – et doté d'une autonomie de plus de 3.500 kilomètres. Il sera alimenté par une turbine à gaz modifiée fonctionnant à l'hydrogène, qui sera stocké dans des réservoirs situés dans la partie arrière du fuselage. Les réservoirs actuels des avions, qui contiennent le kérosène, sont situés dans les ailes et l'architecture des avions devra donc être repensée. La raison de ce futur changement? L’hydrogène est un gaz extrêmement léger qui occupe un volume important dans les conditions de pression standard. Pour le stocker et le transporter efficacement, il faut fortement réduire ce volume en le comprimant, voire en le liquéfiant. Les futurs avions devront donc être équipés de très grands réservoirs à haute pression et très légers.

200
places
Le premier projet d'Airbus est un turboréacteur de configuration classique transportant de 120 à 200 passagers.

Le second concept est un avion régional turbopropulseur (à hélices) pouvant embarquer jusqu'à 100 passagers sur 1.800 kilomètres. Le moteur sera également alimenté par la combustion d’hydrogène dans des turbines à gaz modifiées.

Un démonstrateur d'aile volante

Enfin, le troisième projet, le plus disruptif, est une aile volante d'une capacité et autonomie semblable au concept de turboréacteur. Le fuselage exceptionnellement large offre de multiples possibilités pour le stockage et la distribution d’hydrogène, ainsi que pour l’aménagement de la cabine. Airbus avait déjà dévoilé au début de l'année au Salon aéronautique de Singapour un modèle réduit d'aile volante, appelé "Maveric", destiné à étudier de nouvelles architectures pour les avions de ligne. L'avionneur européen n'avait toutefois pas précisé le mode de propulsion. Cette maquette de démonstrateur technologique a déjà volé à plusieurs reprises.

"Notre ambition est d'être le premier constructeur à mettre en service un tel appareil en 2035".
Guillaume Faury
CEO d'Airbus

Le choix et la maturation des technologies prendront cinq ans, puis deux pour celui des fournisseurs et sites industriels, a fait valoir le CEO d'Airbus, Guillaume Faury. "Donc, la mise en programme est prévue aux environs de 2028. Notre ambition est d'être le premier constructeur à mettre en service un tel appareil en 2035". Il faudra consacrer à ce programme "plusieurs dizaines de milliards d'euros", selon lui.

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