Des drones de la Sabca pour veiller sur les parcs d'éoliennes en mer du Nord

Un drone multicoptère a été utilisé pour une inspection autonome d'une éolienne, le transport de fret et le largage d'une bouée de sauvetage.

Sabca et Deme Offshore ont mené des tests dans les parcs d'éoliennes au large des côtes belges. Objectif: démontrer que les drones apportent des solutions pertinentes et sûres.

Plus de trois ans après avoir annoncé son intention de se diversifier vers le marché des véhicules sans pilotes, la Sabca touche au but: l’équipementier aéronautique belge a mené, ces derniers mois, en partenariat avec Deme Offshore, la filiale du groupe de dragage et d’ingénierie marine spécialisée dans l’éolien en mer, plusieurs opérations destinées à démontrer la maturité des solutions effectuées par des drones en offshore.

Un drone à voilure fixe de la Sabca a ainsi été le premier engin commercial à survoler la mer du Nord et à traverser la frontière avec les Pays-Bas pour se rendre jusqu'au parc éolien de Rentel, situé à 35 km des côtes belges, afin d'y effectuer diverses missions. Dans le même temps, un deuxième appareil de type multicoptère, qui avait décollé d'un navire, a lui aussi réalisé un certain nombre de tâches spécifiques dans le parc éolien.

"Nous sommes dans un secteur où on essaie de minimiser les interventions humaines."
Bart De Poorter
General Manager de Deme Offshore

Les deux drones ont opéré en mode automatique complet - ils avaient été programmés et n'étaient pas pilotés -, à une distance au-delà de la ligne de mire.  Une série d'opérations qui n'avaient rien de simple, selon Steven Wille, directeur de la business unit "unmanned systems" chez Sabca: "nous avons dû convaincre deux autorités nationales du transport aérien de laisser voler nos drones de façon automatique, sans visibilité et sans risque d’accident avec des éoliennes qui valent des millions."

Quelles missions?

Les inspections par drones sont déjà offertes par d’autres entreprises, mais en général pour des missions plus simples et plus réduites, avec des appareils télécommandés à courte distance. Ici, la Sabca et Deme ont mis la barre plus haut.

Le drone à longue portée a démontré sa capacité à détecter à la fois des mammifères - le travail dans les parcs éoliens doit être arrêté si des baleines se trouvent à proximité - ainsi que des navires, qui doivent être avertis lorsqu'ils s'approchent de la ferme ou lorsque leurs émissions sont trop élevées. L'appareil est aussi capable de détecter un homme à la mer et de coordonner le sauvetage avec un autre drone. Le drone multicoptère, pour sa part, a été utilisé pour une inspection autonome de l'éolienne, l'exécution de transport de fret entre navires et le largage d'une bouée de sauvetage.

"On veut fournir, aux industriels qui ne sont pas dans l’aéronautique des solutions de niveau aéronautique."
Thibauld Jongen
CEO de la Sabca

"Il y a une large palette de possibilités. Nous sommes dans un secteur où on essaie de minimiser les interventions humaines. Nous cherchons également à remplacer les missions qui sont onéreuses" explique de son côté Bart De Poorter, le Manager General de Deme Offshore, qui souligne que l'entreprise avait déjà utilisé des drones achetés dans le commerce pour surveiller les volumes de dragages utilisés pour la création de sites.

"Des solutions de niveau aéronautique"

"Mais ces drones tombaient souvent en panne, à cause de l’environnement salin, qui est corrosif" se rappelle Bart De Poorter. C’est comme cela que le contact s'est fait avec la Sabca, à qui Deme avait demandé de trouver où se situait le problème. Le constructeur aéronautique a alors proposé d’autres solutions à explorer.

"Notre vision aujourd’hui est très claire" précise pour sa part Thibauld Jongen, le CEO de la Sabca: "on veut fournir aux industriels qui ne sont pas dans l’aéronautique, des solutions de niveau aéronautique, pour mieux réaliser leurs opérations et mieux servir leurs propres clients. On vole au-dessus de villes. On transporte du matériel médical. On survole des actifs très onéreux, des centrales nucléaires, des éoliennes off-shore. Mais il doit s’agir de solutions abordables et utiles" fait valoir le patron.

Une approche industrielle

Selon lui, son entreprise est bien placée, car elle a la bonne taille. "On ne peut pas être confondu avec une petite start-up qui fait juste des démonstrations. On propose une véritable approche industrielle. Ce que nous essayons d’apporter en plus, c’est l’aspect autonomie. Notre but est d’arriver à des solutions complètement automatisées" indique-t-il encore.

La Sabca avait déjà réalisé un exercice au-dessus d’Anvers, entre deux hôpitaux.

"En même temps, nous sommes assez petits pour être flexibles et écouter nos clients, sans leur imposer une solution, comme pourraient le faire de gros acteurs de l'aéronautique." La Sabca ne veut par ailleurs pas se positionner comme un fabricant de drones, mais comme un intégrateur de solutions. Avec deux options: "soit construire une solution complète qui intègre tous les aspects: maintenance, assurance, inspections, formation du personnel, stations de contrôle, plans de vol, sécurité… Soit opérer nous-mêmes cette solution. Nous avons toutes les compétences historiques pour cela et cela nous permet d’utiliser tout ce que nous avons dans notre core business, par exemple au niveau spatial".

L'obstacle de la réglementation

Reste un dernier obstacle à franchir avant la commercialisation: la réglementation. "Nous devons démontrer que nous sommes capables de voler de façon sécurisée avec le trafic civil. On doit éduquer les autorités et les clients. C'est pour cela qu'on doit accumuler les heures de vol. C’est un élément de différenciation" conclut Thibauld Jongen.

La Sabca avait déjà réalisé un exercice au-dessus d’Anvers, entre deux hôpitaux. Mais ce type de vols reste pour l'instant toujours interdit. Par contre, elle vient de recevoir une autorisation pour faire autant de vols qu’elle le souhaite à partir de l’aéroport d’Ostende.

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