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Des satellites belges au chevet de la Terre

Les satellites de ScanWorld devraient être mis en orbite à 600km d’altitude d’ici à trois ans et demi. ©Debby Termonia

La société spatiale Spacebel crée, avec la SRIW, ScanWorld, un projet de constellation de satellites hyperspectraux destinés à l'observation des ressources naturelles de la Terre.

Mettre en place une petite constellation de satellites d’observation, dotés de caméras nouvelle génération, capables de fournir des données cruciales sur les ressources naturelles: c’est l’ambition de la société spatiale Spacebel qui vient de créer une filiale pour mener à bien ce projet, sans précédent en Belgique.

Ledit projet s’appelle ScanWorld. La nouvelle société est une filiale à 60% de Spacebel, un des fleurons de l’industrie spatiale belge spécialisé dans le développement de systèmes IT appliqués au domaine spatial. Les 40% restants ont été déposés par l’invest régional wallon SRIW.

Un nouvel opérateur

ScanWorld sera le propriétaire et l’opérateur de la constellation, ainsi que des données générées, dont elle assurera la commercialisation. Ces images et informations seront fournies par une petite constellation de 5 à 10 satellites d’observation dits "hyperspectraux", une technologie qui offre de nouvelles perspectives en matière de gestion de l’agriculture, des forêts ou de la pollution. L’hyperspectral permet la représentation d’une scène suivant un grand nombre de bandes spectrales. Une technologie qui correspond en quelque sorte à notre scanner dans l’imagerie médicale. 

Une image par mois

"Avec une constellation, on pourra avoir une image tous les 3 à 4 jours, en fonction de la latitude, afin de constater rapidement des changements", explique Guerric de Crombrugghe, responsable du projet ScanWorld. "Aujourd’hui, en terme de satellites hyperspectraux, il n’y a que des démonstrateurs. Leurs données ne sont pas réellement utilisables dans des produits commerciaux. Le premier satellite hyperspectral opérationnel sera CHIME, dont le lancement n’est pas prévu avant 2025. Il aura un temps de revisite de l’ordre de dix jours. Dix jours, sur un pays avec des nuages comme la Belgique, cela veut dire que l’on a une image utilisable par mois. C‘est bien pour faire de l’analyse macro, mais ce n‘est pas utilisable pour la gestion d’une parcelle. On viendra en complément de satellites permettant. Nos données seront utilisables pour des applications comme des alertes sécheresse, des maladies de la végétation, des problèmes d’irrigation. Avec l’hyperspectral et une revisite très courte, on voit des informations invisibles à l’œil humain avant que le fermier ne puisse les voir".

"Avec l’hyperspectral et une revisite très courte, on voit des informations invisibles à l’œil humain avant que le fermier ne puisse les voir."
Guerric de Crombrugghe
Responsable du projet ScanWorld

Autre élément différenciant, précise encore Guerric de Crombrugghe: "on compte aller dans le proche infrarouge, ce qui n’est pas le cas d’autres projets de ce type. Cela permet de détecter tout ce qui a trait à l’eau et à la matière sèche. Ce qui est capital pour la végétation". 

Un prototype

La première phase du projet va durer de 12 à 18 mois et a pour but d’arrêter l’architecture technique de la constellation et de consolider le plan d’affaires. Ensuite, il s’agira de procéder à un appel de fonds auprès des actionnaires de base, mais aussi auprès d’investisseurs privés, afin d’assurer la construction d’un prototype du premier satellite. Un engin d’une centaine de kilos qui devrait être mis en orbite à 600km d’altitude d’ici à trois ans et demi.  Dans un troisième temps, un nouveau tour de table devra soutenir la fabrication et le lancement de tous les satellites de la constellation, qui devrait être opérationnelle d’ici 6 ans.

500.000
euros
Le premier tour a permis de lever 500.000 euros.

"Le premier tour a permis de lever 500.000 euros, pour le deuxième, on parle d’une dizaine de millions et pour le troisième, de 30 à 40 millions", indique Thierry du Pré-Werson, le CEO de Spacebel.

Une belle carte de visite

L’entreprise d'origine liégeoise, qui possède une belle carte de visite – elle participe aux grands programmes  de l’Agence spatiale européenne (ESA) comme Euclid et HERA – sera l’intégrateur des systèmes. ScanWorld pourrait sous-traiter l’achat de la constellation à Spacebel, qui fera fabriquer la plateforme par un constructeur, assurera l’intégration et s’occupera du lancement. Un modèle similaire à ce que fait l’opérateur de satellites de communication SES au Luxembourg, mais dans le domaine de l’observation de la terre. 

Guerric de Crombrugghe, responsable du projet ScanWorld. ©Debby Termonia

Le projet ScanWorld est en effet une initiative privée, qui devra apporter de la rentabilité aux investisseurs. Ce n’est pas un programme institutionnel belge et il n’a pas de lien avec la récente hausse de la contribution belge à l’ESA. Rien à voir non plus avec les projets de mega-constellation type OneWeb, qui comprennent des milliers de satellites. "Cela fait 5 ou 6 ans que l’on réfléchit au projet", poursuit Thierry du Pré-Werson. "On a fait toute une analyse de marché et de modèle économique".

"Une constellation de satellites sera compétitive."
Thierry du Pré-Werson
CEO de Spacebel

Jusqu’il y a peu, la technologie ne rendait pas rentable un tel programme, car les coûts des satellites et des lancements étaient vraiment prohibitifs. Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, l’avènement du new space et en se limitant à la notion de détection de changements, on arrive à ce que cela soit tout-à-fait rentable. Une série des clients que l’on vise utilisent actuellement de la photo aérienne, qui est très chère. Une constellation de satellites sera compétitive". 

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