Deux milliards de retombées potentielles pour le contrat des chasseurs de mines

L'identification et la destruction des mines seront assurées par des drones sous-marins lancés par des drones de surface. ©ECA GROUP

Le consortium regroupant Naval Group et ECA promet 2,1 milliards de retombées et 350 emplois à l’industrie belge s’il décroche le marché du remplacement des chasseurs de mines.

Le consortium Belgium Naval & Robotics, qui réunit les deux sociétés françaises Naval Group et ECA-Robotics, s’engage à fournir des retombées économiques pour 2,1 milliards d’euros sur vingt ans s’il obtient le remplacement des chasseurs de mines en Belgique et aux Pays-Bas, ont indiqué cette semaine des responsables des deux groupes lors d’une visite de journalistes belges.

Le géant étatique Naval Group (ex-DCN), constructeur notamment du porte-avions Charles de Gaule, est associé à son compatriote ECA-Robotics, filiale du groupe Gorgé, pour participer à la compétition visant à fournir douze navires de lutte contre les mines aux marines belge et néerlandaise (six pour chaque pays). Un contrat global de deux milliards d’euros.

Une stratégie ambitieuse

Le volet économique de l’offre présentée par les deux entreprises françaises prévoit une stratégie d’investissement ambitieuse du consortium en Belgique, qui deviendrait un centre d’excellence industrielle dans la guerre des mines, déjà une spécialité des militaires belges. Ce plan repose sur la création en Belgique de deux "labs", l’un consacré aux évolutions en matière de lutte contre les mines ("MCM lab"), l’autre dans le domaine de la cybersécurité maritime, tant civile que militaire.

©ECA GROUP

Le projet "MCM Lab" servira à préparer les futures versions des systèmes de lutte contre les mines en tenant compte du retour sur leur emploi opérationnel et en y injectant des nouvelles technologies matures.  Il associera des universités (ULB, VUB et ULiège), des industriels de renom (CMI et ABC), deux instituts de recherche (Institut royal des sciences naturelles et Flanders Marine Institute) et quatre PME (DotOcean, Space Applications, BATS et AKKA). "Nous avons déjà eu des contacts prometteurs avec les instituts de recherche, qui nous ont fait savoir par exemple qu'ils étaient capables de détecter des traces biologiques après une activité humaine sur un fond marin" a expliqué Eric Bujon, directeur de la stratégie chez Naval Group.

Nouvelle génération

Le consortium propose aussi de construire à Zeebrugge une unité de 5.000 m2 pour la production des drones de surface et sous-marins qui équiperont ces bâtiments de nouvelle génération. Une usine qui assurerait leur maintenance et la fabrication de versions pour l’exportation. Quelque 39 accords de partenariats ont par ailleurs été signés avec des entreprises belges, notamment pour la maintenance des navires, en l’occurrence avec Flanders Ship Repair. Les retombées économiques seraient réparties à hauteur de 50% en faveur de la Flandre, de 35% pour la Wallonie et le reste à Bruxelles. Preuve du sérieux de leur offre, les deux entreprises françaises ont d'ores et déjà chacune créé une filiale belge (Eca Robotics Belgium et Naval Group Belgium, respectivement). 

Une référence mondiale

L’ensemble de ce plan représente "2,1 milliards d’euros de valeur ajoutée sur 20 ans et la création de 350 emplois par an en moyenne", a assuré Jean-Michel Orozco, vice-président de la cybersécurité et des systèmes de Naval Group. "Il y a une volonté stratégique du consortium de s’installer en Belgique. Car il s’agit d’un programme de référence mondiale. Les spécialistes mondiaux de la chasse aux mines marines, ce sont les Pays-Bas et la Belgique. Il  n‘y a pas un opérationnel dans la guerre des mines qui ne soit pas passé par la Belgique. Si on l’emporte, on va adresser le marché export et on sera imbattables" a-t-il fait valoir en évoquant un marché "prévisible" de 6 milliards d'euros.  

"Il y a une volonté du consortium de s’installer en Belgique."
Jean-Michel Orozco
naval Group

Les deux autres candidats à ce marché belgo-néerlandais sont, d'une part, un consortium baptisé SeaNavalSolutions, rassemblant les chantiers navals STX France et Socarenam, Thales Belgium et la firme anversoise Engine Deck Repair (EDR), et, d'autre part, le chantier naval néerlandais Damen Schelde associé à la société IMTECH België. Le dernier délai pour le dépôt des offres finales auprès du ministère belge de la Défense a expiré il y a quelques semaines. Le contrat doit être attribué prochainement par le gouvernement sur base du choix de la Défense.

"Chacune des nouvelles unités sera plus performante que les chasseurs de mines actuels".
Eric Bujon
Directeur stratégie Naval Group

Les trois offres répondent à des exigences très élevées de la Défense belge, qui a appelé le programme MCM, pour "mine countermeasures". La proposition de Belgium Naval & Robotics est conçue autour d'un concept novateur, qui repose sur des  navires-mères assez volumineux, équipés de manière modulaire et en fonction des missions de drones aériens et de surface. Ces derniers seront capables de lancer et de récupérer automatiquement des engins plus petits d'identification et de destruction des mines sous-marines. 

Plus de performance

Ces nouvelles plateformes de lutte contre les mines remplaceront à partir de 2023 les vieux chasseurs de mines tripartites ainsi que le navire de commandement et de soutien Godetia. La Marine belge possède encore cinq exemplaires de ces navires construits en coopération par la France, la Belgique et les Pays-Bas. "Chacune des nouvelles unités sera plus performante que les chasseurs de mines actuels et sera capable de travailler plus rapidement et de façon plus sûre" , selon Eric Bujon. 


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