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interview

Eric Trappier (Dassault): "Le remplacement des F-16 belges sera vu comme un test"

©BELGA

Alors que la France et l'Allemagne lancent des projets d'armement communs, le patron de Dassault Aviation pousse les Européens à acheter local. Un nouvel appel du pied à la Belgique.

Alors que l'on pensait que la France avait perdu toute chance de remporter le contrat du remplacement des F-16 belges, le Premier ministre Charles Michel a indiqué vendredi que le gouvernement étudierait la proposition de Paris de partenariat stratégique autour du Rafale. Une décision qui réjouit Eric Trappier, le P.-D.G de Dassault Aviation, pour qui le marché belge sera inévitablement perçu comme un test pour la relance de l’Europe de la Défense.

Pourquoi la France n’a-t-elle pas participé à l’appel d’offres du gouvernement belge? 

Il y a eu une concertation avec le gouvernement français, qui a estimé que la Belgique, en tant que voisin, et comme pays important de l’Union européenne et engagé dans la construction européenne, devait bénéficier d’une proposition beaucoup plus large que celle qui était demandée à travers l’appel d’offres.

Le but n’était pas de contourner l’appel d’offres. Le but était de proposer un partenariat qui répondait plus à ce que la France peut offrir à la Belgique. Ce n’était pas une quelconque défiance.

Il y a parfois eu des propos un peu aigres de votre part…

Ce n’était pas dirigé contre la Belgique. Ce que j’ai déjà dit, c’est qu’il est intéressant que des pays européens considèrent des offres européennes et qu’il n’y ait pas une volonté d’acheter systématiquement américain, alors qu’on ne peut pas dire qu’un avion comme le Rafale ne soit pas opérationnel.

L’appel d’offres de la Belgique serait-il dépassé à cause de la guerre commerciale déclenchée par les USA?

Je ne veux pas rentrer dans le sujet d’une guerre commerciale. Il faut faire du positif. Depuis le début, la France se propose de faire une offre complète, qui prend en compte un certain nombre d’aspects opérationnels du programme, tout en étant prête à intégrer les autorités belges et les industriels dans le programme.

Les Américains jouent d’autres cartes. Ils sont puissants. Ils veulent à la fois faire de la défense et de l’économie. On ne peut pas leur reprocher de soutenir leurs industriels. Ce qu’on aimerait, c’est que les Européens soutiennent les leurs.

Le projet franco-allemand de Système de combat aérien futur (Scaf) pourrait-il faire réfléchir les États européens?

Je pense qu’on est toujours à un moment critique de la construction européenne. Les USA, la Chine, pèsent dans le monde, je ne vois pas pourquoi l’Europe ne pèserait pas. La question est: comment devrait-elle faire? Elle a un savoir-faire et la technologie, dans un certain nombre de domaines. Ce qu’il faut, c’est un moteur européen. Peut-être que le programme Scaf en est un exemple. Cela pourrait être un programme structurant pour l’Europe de la défense.

Le marché belge est-il symbolique?

La réponse est oui. Il est symbolique pour le GIE Rafale, mais aussi pour la France. Ce sera vu comme un test, à un moment particulier de l’Europe, par les Français, mais aussi par les Belges.

"Je suis comme Trump, à l’envers! L’Europe pour les Européens."

Il y a apparemment une vraie volonté politique de rentrer dans un certain nombre de projets où l’on favorise les Européens. Je suis pour. Je suis comme Trump, à l’envers! L’Europe pour les Européens.

La Belgique pourrait-elle participer au Scaf tout en achetant américain?

Dans un programme de coopération comme celui-là, il faut savoir mettre les chances de son côté. Donc, il y a des choix à faire. Ce n’est pas impossible, mais ce serait plus difficile.

Le chiffre de 20 milliards de retours économiques n’est-il pas gonflé en incluant les activités actuelles du GIE Rafale en Belgique?

On intègre tout. Avant, il y avait des offset, des contreparties industrielles. Quand on avait atteint le quota, on arrêtait. Maintenant, le sujet est complètement différent. Avec notre projet, on pourra investir en Belgique dans un certain nombre de domaines critiques. Ce qui donnera des développements, de la fabrication et du soutien pendant très longtemps.

On crée une dynamique. Dans le domaine de l’aviation de combat, mais aussi dans le civil, la cybersécurité… Évidemment que cela va donc dépasser, et de loin, le montant du contrat puisque c’est une dynamique.

Dans l’aéronautique militaire, y a-t-il plus d’appels d’offres que d’accords d’État à État?

Il y a de tout. Mais j’ai une conviction: lorsqu’un pays lance un appel d’offres, il sait déjà quel avion il va acheter! Mais cela n’a rien à voir avec l’appel d’offres belge.

La Belgique doit-elle craindre des recours juridiques si elle arrête l’appel d’offres?

Dans chaque appel d’offres, il y a une petite clause qui dit que cela n’engage pas le gouvernement. Et c’est normal: un pays est souverain pour acheter un matériel stratégique.

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